Ingérences étrangères : le « Triangle de Weimar » passe en mode attaque

Les ministres chargés de l’Europe français, allemand et polonais, réunis lundi, ont appelé à une plus grande coordination européenne pour faire face à la propagande russe en ligne, et une plus grande prise de conscience de la part des Etats membres.

Euractiv France
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Le ministre délégué français chargé de l'Europe Jean-Noël Barrot [LUDOVIC MARIN/EPA-EFE]

Les ministres chargés de l’Europe français, allemand et polonais, réunis lundi (29 avril) en format « Triangle de Weimar », ont appelé à une plus grande coordination européenne et une plus grande prise de conscience de la part des Etats membres pour faire face à la propagande russe en ligne.

En outre, le ministre français Jean-Noël Barrot a annoncé lors d’une conférence de presse dans les jardins de la Maison Jean Monnet, à Bazoches-sur-Guyonne (Yvelines), que l’agence de vigilance et de protection des ingérences numériques étrangères, VIGINUM, avait fait état de 31 nouveaux sites reliés au réseau pro-Russe « Portal Kombat » créés à partir d’un serveur basé en Russie.

« Portal Kombat », dont l’existence avait été révélée au grand public par le ministre des Affaires étrangères Stéphane Séjourné en février 2024, recense aujourd’hui plus de 220 sites dont l’objectif est de pousser au travers des réseaux sociaux des discours pro-Russe et anti-Ukraine. Ils auraient déjà touché 25 pays membres de l’UE, ainsi que certains pays des Balkans occidentaux, de l’Afrique et de l’Asie.

Ces révélations, fruit du travail d’enquête de VIGINUM, instance publique unique en son genre en Europe, servent à « dévitaliser [les efforts de propagande] et contribuent à élever le niveau de vigilance de nos concitoyens face à des informations qui n’ont comme vocation que de déstabiliser nos opinions publiques dans une période fondamentale pour la démocratie européenne », a souligné M. Barrot.

En mars, les autorités polonaises et tchèques révélaient l’existence d’une opération d’envergure de désinformation pro-russe par le biais du site web Voice of Europe, bloqué depuis. De nombreux responsables publics européens, dont des eurodéputés, auraient été rémunérés pour participer à des conférences en soutien au régime du Kremlin.

Face à l’explosion des efforts de désinformation à quelques semaines des Européennes de juin, le Parlement européen a en outre adopté une résolution la semaine dernière appelant l’UE à intensifier sa riposte « fondée sur une approche politique transversale, globale et à long terme ».

« Le Parlement est consterné par les allégations crédibles selon lesquelles certains eurodéputés auraient été payés pour relayer la propagande russe », souligne le texte.

Avancer « de manière décidée »

Si l’urgence d’une réponse à la hauteur des attaques est établie depuis longtemps, elle n’est pas forcément comprise par tous les Etats membres, pour lesquels la mise en œuvre peut être lente et timide.

« Nous devons avancer de manière décidée, [avec un] régime de sanction supplémentaire. Les outils en place pas assez suffisants », a martelé la ministre allemande chargée de l’UE, Anna Lührmann.

« Nous sommes matraqués par la propagande russe dans des dimensions qu’il était encore dur d’imaginer il y a quelques années », affirme le ministre français, qui se contente de dire que la « prise de conscience » des Etats membres a été, au mieux, « progressive ».

Dès le mois de février, les ministres des Affaires étrangères français, allemands et polonais, réunis en format « Triangle de Weimar », s’étaient accordés pour mettre au point une coordination plus étroite sur les ingérences numériques.

Il faut aujourd’hui aller plus loin, et inclure dans la démarche de nouveaux Etats membres, a ajouté lundi Mme Lührmann.

Les grandes plateformes de réseaux sociaux, tels Meta ou X (ex-Twitter), qui servent parfois de caisses de résonance pour les discours pro-Russes, se sont aussi vues imposer de nouvelles règles de vérification de contenus, dans le cadre du Règlement sur les services numériques (Digital Services Act, DSA).

M. Barrot a annoncé la semaine dernière qu’il rencontrerait les représentants de toutes ces plateformes – en très large majorité américaines – afin de s’assurer que des mesures sont prises pour éviter toute ingérence étrangère à quelques semaines seulement du scrutin.

La France a aussi fait savoir qu’elle souhaitait intégrer dans le 14ème paquet européen des sanctions contre la Russie des personnes ou entités responsables de participer à la désinformation en ligne.

L’initiative française aurait, selon Bloomberg, déjà obtenu le soutien des pays baltes, des Pays-Bas, de la Pologne et, plus récemment, de l’Allemagne.