Ingérence étrangère : Ursula von der Leyen promet un « bouclier de défense européen » si elle est réélue
La présidente de la Commission a promis de mettre en place de nouvelles capacités et « structures » au niveau de l’UE pour lutter contre l’ingérence étrangère si elle devait être reélue à la tête de l’exécutif européen, alors que les États membres cherchent à optimiser les outils existants.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a promis de mettre en place de nouvelles capacités et « structures » au niveau de l’Union pour lutter contre l’ingérence étrangère si elle devait être reconduite à la tête de l’exécutif de l’UE, alors que les États membres cherchent pour leur part à optimiser les outils existants.
Lors du sommet de Copenhague sur la démocratie mardi (14 mai), elle a annoncé que si elle dirigeait la prochaine Commission, elle s’engageait à mettre en place un « Bouclier européen de la démocratie » et à faire de la création de nouvelles capacités communes au niveau européen une priorité, à l’instar de l’agence française de lutte contre l’ingérence numérique étrangère VIGINUM.
L’initiative devrait être « un projet européen ambitieux qui se concentre sur les plus grandes menaces d’ingérence et de manipulation étrangères », a-t-elle expliqué.
Cette annonce intervient alors que les institutions européennes sont soumises à une pression accrue pour protéger contre l’ingérence étrangère et l’espionnage, notamment russe et chinois, les élections qui se déroulent un peu partout dans le bloc, dont les Européennes de juin. L’inquiétude augmente sur le continent, car certains scandales d’espionnage et d’ingérence tels que le Qatargate ou le Chinagate impliquaient des responsables politiques de l’UE ou leurs assistants.
« Je pense que l’Europe a désormais besoin de sa propre structure dédiée à la lutte contre l’ingérence étrangère. Elle regroupera l’expertise nécessaire et assurera la liaison et la coordination avec les agences nationales existantes », a ajouté Mme von der Leyen.
Elle souhaite entre autres renforcer les capacités de détection et de suppression des contenus étrangers malveillants au niveau de l’UE.
L’actuelle présidente de la Commission envisage également de s’appuyer sur les cadres législatifs existants, tels que le règlement sur les services numériques (Digital Services Act, DSA) — le code de conduite des plateformes en ligne de l’UE — et la législation sur l’IA (AI Act), pour lutter contre la désinformation et les « deep fakes » qui, selon Mme von der Leyen, « peuvent jouer un rôle très déstabilisant dans les campagnes électorales ».
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Évaluer les outils existants
À ce stade, il est impossible de dire quelles formes prendront ces nouvelles « structures » ou la mesure dans laquelle les Vingt-Sept seront prêts à déléguer les capacités de renseignement et d’action, qui relèvent actuellement de leurs compétences, à Bruxelles.
Cependant, pressés de réagir aux récentes allégations d’ingérence étrangère, les dirigeants européens ont déjà mis en place à la mi-avril une task force de crise temporaire afin de centraliser le suivi et le partage des informations sur les tentatives d’ingérence russe dans les élections européennes qui auront lieu le mois prochain.
Un système permanent sera ensuite envisagé, a précisé le Premier ministre belge Alexander De Croo, dont le pays assure actuellement la présidence du Conseil de l’UE.
Il souhaite également étendre les compétences du procureur général de l’UE aux menaces d’ingérence étrangère.
Selon le projet final des conclusions du Conseil sur la résilience démocratique, consulté par Euractiv, il semblerait toutefois que les chefs d’État et de gouvernement du bloc désirent adopter une approche plus pragmatique que celle de Mme von der Leyen, en se concentrant plutôt sur les instruments existants.
Ces conclusions devraient être formellement adoptées dans les prochains jours.
Après les élections européennes, le Conseil devrait demander au chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, et à la Commission d’évaluer l’efficacité des mécanismes et des outils existants et de « signaler les problèmes et les lacunes identifiés […] afin qu’ils puissent être corrigés ».
Concrètement, les États membres prévoient de leur demander de « procéder rapidement à la mise en place » des équipes d’intervention rapide hybride de l’UE qui lutteraient contre les « menaces hybrides », y compris les activités de manipulation de l’information et d’ingérence menées depuis l’étranger (FIMI).
Par ailleurs, le projet de texte encourage les États membres et les institutions de l’UE à « utiliser rapidement et de manière exhaustive » le large éventail d’outils dont dispose le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) afin d’identifier et de prévenir ce type de menaces.
Le service diplomatique de l’UE rassemble et fournit des évaluations de la menace basées sur ses propres contributions afin de les partager avec les États membres et de fournir un cadre de coordination au sein du Conseil.
Les boîtes à outils de l’UE sur les armes hybrides, les FIMI et la cyberdiplomatie — entre autres — reprennent tous les moyens dont disposent les États membres et les institutions de l’UE pour lutter contre les menaces d’ingérence et de manipulation de l’information par des acteurs étrangers.
Toutefois, dans les faits, prendre des mesures ciblées s’avère complexe, l’identification de la personne ou du groupe à l’origine de la menace pouvant être difficile, ce qui complique l’application de sanctions.
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[Édité par Anna Martino]