Inflation : au Secours populaire de Montreuil, « difficile de s’en sortir » pour les familles
Si la crise de la Covid a déjà fragilisé les populations les plus pauvres, la récente inflation des prix ne fait qu’accroître la précarité des familles. Reportage au Secours populaire de Montreuil où la queue ne cesse de s’allonger.
Si la crise de la Covid a déjà fragilisé les populations les plus pauvres, la récente inflation des prix ne fait qu’accroître la précarité des familles. Reportage au Secours populaire de Montreuil où la queue pour la distribution alimentaire ne cesse de s’allonger.
Diara, la trentaine, est venue avec ses deux jumeaux de deux ans. Elle est enceinte de son troisième enfant. Depuis bientôt un an, elle vient tous les mardis à la distribution alimentaire du Comité du Secours populaire de Montreuil, en Seine-Saint-Denis (93).
« Le lait et les couches coûtent très cher. C’est difficile de s’en sortir », confie la mère de famille qui voit régulièrement de nouvelles personnes arriver.
Comme beaucoup d’autres bénéficiaires du Secours populaire, Diara est obligée de compléter ses provisions avec des dons des Restos du cœur.
« Il y a demande très forte », souligne Catherine Deger, secrétaire générale du Comité de Montreuil. Sur huit personnes qui se présentent à l’entretien pour espérer bénéficier de l’aide alimentaire, plus de la moitié se verra refuser l’accès au motif que leur « reste à vivre » n’est pas assez bas.
Pour savoir si une personne peut être accompagnée par le Secours populaire, un rendez-vous permet de déterminer le montant du « reste à vivre », une fois déduits des revenus les dépenses fixes.
« Ce reste à vivre est assez bas », indique Catherine. « Nous avons décidé, début juillet, de le rehausser d’un euro pour absorber l’impact de la hausse des prix, que prennent de plein fouet les personnes que nous recevons. »
« On compte à peu près 8 % de hausse de fréquentation des banques alimentaires dans les six derniers mois », confirme Aurélie Trouvé, députée NUPES de Seine-Saint-Denis.
Le département est le plus pauvre de France : le revenu médian par habitant est de 17 740 euros contre 22 000 en moyenne sur l’ensemble du territoire. En 2021, le taux de chômage avoisinait les 12 % selon l’INSEE, alors que la moyenne nationale se situe à 7,4%.
« L’inflation touche tous les bas revenus en France. Mais dès qu’il y a une situation qui appauvrit les gens les plus pauvres, la Seine-Saint-Denis est frappée en particulier », appuie la députée.
Augmenter le RSA et bloquer les prix
Devant le centre, une dizaine de femmes patientent avec leurs enfants. Elles sont moins que d’habitude en raison des congés, mais aussi car le ticket de bus pour venir jusqu’ici représente un coût et toutes ne peuvent pas se le permettre tous les mardis. En moyenne, un aller-retour coûte cinq euros.
Diara ressort du local un sac rempli de courses : lait, petits pots pour bébés, carottes, céréales, riz, pâtes… Les produits sont variés. Entre elles, les femmes se repartagent les aliments, en fonction des goûts et des besoins de chacune. Ici, une baguette de pain est échangée contre de la purée Mousline.
Pour aider ces populations défavorisées face à l’inflation des prix, Aurélie Trouvé établit deux grandes priorités : augmenter le RSA à 1 000 euros qui doit devenir un « droit automatique » et bloquer les prix à la baisse.
« Notamment pour les produits de première nécessité, comme les pâtes. Pour cela, il faut réguler bien plus fortement les marges au sein des filières agroalimentaires », détaille Mme Trouvé.
En un an, le prix du paquet de pâtes a augmenté de 17 %, rappelle la députée.
Au-delà de l’aide alimentaire, les familles trouvent ici du lien social, à l’image de Sibylline, venue avec ses quatre enfants. Elle est à la fois bénéficiaire et bénévole au Secours populaire.
« On partage nos problèmes, ça fait du bien. Souvent, on fait des repas ensemble. C’est comme une famille ici », sourit-elle.
« Venir au secours populaire c’est aussi une respiration en termes d’espace. De nombreux bénéficiaires vivent dans des foyers, parfois il y a juste une chambre pour toute une famille. Quand les mères viennent ici, elles soufflent un peu », ajoute Catherine.
« Je regarde les prix de tout. Je n’achète que des produits de première nécessité. Si je n’en ai pas besoin, alors je ne l’achète pas. C’est aussi ce que je dis à mes enfants », détaille Sibylline.
En août, la ville prend le relais
Au mois d’août, le Secours populaire de Montreuil va fermer ses portes. « On va galérer », soupire l’une des femmes venues avec sa petite fille de huit mois. La jeune mère est sans papiers et au chômage.
Au total, 120 familles n’auront pas accès à la distribution alimentaire. Alors les services de la ville vont prendre le relais pour les 20 familles qui sont le plus dans le besoin.
« C’est scandaleux d’en arriver là, à devoir sélectionner les 20 familles plus pauvres », déplore Aurélie Trouvé.
« À force de se reposer sur les bénévoles et d’avoir un Etat qui ne prend pas soin des gens les plus modestes, on en arrive à des situations catastrophiques comme celle-là avec des mairies qui font ce qu’elles peuvent », conclut-elle.