Incompétence, poids du FMI, démocratie : quelques analyses de la crise chypriote
Un nouveau compromis a été conclu, dimanche 24 mars, après une semaine de tergiversations. Économistes et experts dressent un bilan critique de ce cinquième plan de sauvetage européen en trois ans.
Un nouveau compromis a été conclu, dimanche 24 mars, après une semaine de tergiversations. Économistes et experts dressent un bilan critique de ce cinquième plan de sauvetage européen en trois ans.
A la faveur de la crise chypriote, les analyses critiques des décisions prises ces dernières semaines par la zone euro fleurissent.
Le think tank bruxellois Bruegel détaille tout d’abord dans une étude la répartition des emplois dans l’économie de l’île. Le secteur financier ne représente que 5,1% des employés en 2012 (contre 5,3% en 2000), mais produit 9,2% de la « valeur ajoutée ».
Des chiffres bien plus faibles que ce à quoi « on aurait pu s’attendre » étant données les nombreuses déclarations sur l’hypertrophie du secteur bancaire de Chypre, constate Bruegel.
A titre de comparaison, la fonction publique emploie 20,9% de la population active et représente 22,2% de la création de richesse.
Incompétence de l’Eurogroupe
Dans une analyse mise en ligne sur Voxeu.org, l’économiste de Bruegel, Nicolas Véron, rappelle également que la première décision de l’Eurogroupe du 16 mars, de taxer les dépôts inférieurs à 100 000 euros était une erreur qui aurait pu être évitée.
Selon le Français, la gestion de la crise chypriote donne une impression « d’incompétence » des ministres des Finances de la zone euro.
Manque de démocratie
A la suite de ces épisodes à huis clos, le professeur à l’Ecole d’économie de Paris et proche du Parti socialiste, Thomas Piketty se prononce dans le quotidien Libération en faveur d’une plus grande transparence de la zone euro et appelle de ses vœux la création d’un « parlement budgétaire » pour les Dix-Sept.
Influence du FMI
De son côté, Jérôme Creel de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) s’interroge sur le poids du Fonds monétaire international (FMI) dans les négociations qui ont amené au plan de sauvetage de Chypre (« Le cas chypri-hot »).
« Le FMI a-[t-il] un pouvoir de négociation bien supérieur à ceux de la Banque centrale européenne et de la Commission européenne, qui est le leader de cette troïka ? » demande l’économiste.
Une situation qui pourrait être inquiétante pour la défense des intérêts européens. D’autant plus que ce sont les pays de l’UE qui, en 2009, ont renforcé les fonds de l’organisation internationale pour financer les plans d’aide sous forme de prêts.
« Se voir dicter par le FMI des conditions drastiques pour bénéficier de plans de sauvetage […] fragilise le processus d’intégration européenne », estime le directeur adjoint de l’OFCE.
Pour le président de l’OFCE, Henri Sterdyniak les décisions de l’Eurogroupe sont « bonnes » mais que Chypre va maintenant devoir reconvertir son économie, ce qui sera douloureux.
A ce sujet, nos confrères de Presseurop publient la traduction d’une tribune d’Emmanuel Lioudakis, universitaire chypriote, qui exhorte ses compatriotes à faire preuve de patriotisme et à retrousser leurs manches pour se sauver eux-mêmes.
« La crise que l’on aurait pu éviter »
Contributeur régulier de Slate.fr, Gérard Horny, journaliste spécialiste des questions financières, tempère le cri de soulagement des Européens qui pensent la crise chypriote résolue.
« Avec une économie qui perd son principal moteur, la banque, il est probable que Chypre devra être maintenue sous perfusion pendant plusieurs années, écrit-il. De toute façon, l’Europe paiera. Mais ce sera après les élections allemandes. »