Implosion du débat sur le nucléaire à Bruxelles
La commissaire européenne chargée de l'action climatique, Connie Hedegaard, a signalé que les décisions de l'UE sur l'avenir de l'énergie seraient « très probablement influencées » par la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon.
La commissaire européenne chargée de l'action climatique, Connie Hedegaard, a signalé que les décisions de l'UE sur l'avenir de l'énergie seraient « très probablement influencées » par la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon.
Pour preuve du changement de perspective de la Commission européenne sur la question du nucléaire, elle a déclaré lors d’une conférence de l’Association européenne de l’énergie éolienne (EWEA), qui s’est tenue le 16 mars, que « nous avons encore une grande marge de manœuvre ».
« Pour pouvoir dire que nous ne voulons plus du nucléaire, nous devrions disposer de carburants fossiles encore moins chers pour le remplacer. Pourquoi ne pas utiliser cette opportunité pour répondre à la nécessité d’évoluer vers une société à faibles émissions de carbone ? », a déclaré Mme Hedegaard.
« Je pense que nous devrions faire cela », a-t-elle ajouté.
Mme Hedegaard s’est exprimée un jour après que le commissaire européen à l’énergie, Günther Öttinger, a qualifié la catastrophe de Fukushima d’ « apocalypse » et annoncé des « tests de résistance » pour évaluer les procédures de sécurité dans les centrales nucléaires européennes suite au désastre survenu au Japon.
« L’aspect le plus important [des tests] est d’aboutir à une compréhension et à une norme européenne communes pour la sécurité », a-t-il déclaré à EURACTIV.
Les décisions concernant les critères et les normes à adopter par la commission d'experts sur les tests de résistance seront déterminées « minutieusement et sans délai », a déclaré M. Öttinger.
Mais Michèle Rivasi, une eurodéputée verte et fondatrice de la Commission française de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD) , a confié à EURACTIV qu’elle craignait que les tests ne masquent les risques nucléaires et ne rétablissent le fonctionnement habituel.
« Il est très important que les scientifiques que nous consultons ne soient pas déjà rémunérés par le secteur de l’industrie nucléaire », a-t-elle déclaré. « S’ils viennent d’Euratom et des autorités nationales, comme cela se passe aujourd'hui, pourquoi devraient-ils avoir un avis différent ? »
Une échelle de problématiques nucléaires devrait également être établie lorsqu’une centrale ferme, a-t-elle continué, et des scénarios à risques multiples, dont la menace d’une attaque terroriste, devraient être pris en compte.
M. Öttinger a déclaré lors d’une réunion d’eurodéputés le 15 mars que les tests se concentreraient sur les questions comprenant la possibilité d’une activité sismique dans les zones de séisme telles que le Rhin, et celles menacées de tempêtes et d’inondations, car de nombreuses centrales sont situées près de la mer dans le but d’utiliser l’eau pour le refroidissement.
L’âge et le type de construction des centrales nucléaires seront également pris en compte, tout comme la capacité des centrales à garantir leur fonctionnement, grâce à des systèmes électriques de secours.
La Commission espère que les tests seront également conduits dans les pays voisins tels que la Suisse, la Turquie et la Russie. D’ici juillet 2011, une nouvelle directive nucléaire sera terminé et présentée aux Etats membres pour l’étape de la ratification.
Parallèlement, M. Öttinger a déclaré aux eurodéputés qu'accroître l’objectif européen existant (une augmentation de 20 % de la part d'énergies renouvelables dans le paquet énergétique) « semblait être une mesure urgente ».
La Commission prévoit de lancer une feuille de route sur l’énergie pour 2050 plus tard à l’automne et, M. Öttinger qui s’est confié à EURACTIV, a dit que celle-ci inclurait des objectifs plus ambitieux pour les énergies renouvelables.
« Nous aurons un débat et une proposition de la Commission pour fixer un objectif à long terme pour 2030, 2040 et 2050 et cela comprendra un objectif plus ambitieux pour les énergies renouvelables », a affirmé M. Öttinger.
Sa porte-parole, Marlene Holzner, a ensuite clarifié cette déclaration, affirmant que cela ne serait pas contraignant.
Mais « il y a une chose de sûre », a déclaré Mme Hedegaard aux délégués de la conférence de l’EWEA. L’enthousiasme de l’opinion publique pour le nucléaire que l’on a observé ces dernières années a disparu ».
« Il en sera ainsi, quoi qu’il arrive au Japon dans les prochaines heures et les jours qui viennent », a-t-elle affirmé.