Immigration : le socialiste Nicolas Schmit ouvert à l'externalisation des procédures d’accueil
Nicolas Schmit, tête de liste des socialistes européens, se dit « ouvert » a une possible externalisation des procédures d’immigration mais sous strict « contrôle européen ». Il a également regretté qu’Ursula von der Leyen n’ait pas impliqué tous les commissaires dans les discussions avec des pays tiers.
Lors d’un entretien accordé à Euractiv, Nicolas Schmit, tête de liste du Parti socialiste européen (PSE), a exprimé une possible ouverture à l’externalisation des procédures d’immigration en dehors de l’UE si celles-ci restent sous strict contrôle européen. Il a également critiqué la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour ne pas avoir impliqué tous les commissaires dans les discussions sur les accords migratoires avec des pays tiers.
En mai, 15 États membres de l’UE ont envoyé une lettre à la Commission européenne, demandant l’externalisation des procédures d’immigration vers les pays voisins pour gérer l’immigration irrégulière vers l’UE.
Parmi les leaders de cette initiative se trouve le gouvernement danois, dirigé par les socialistes, dont la position concernant l’immigration est plus stricte que celle d’autres membres du Parti socialiste européen.
Cela contraste en effet avec le manifeste du PSE qui rejette toute forme d’externalisation des frontières de l’UE.
À la question de savoir si une telle dichotomie est problématique pour la famille socialiste, M. Schmit, tête de liste du PSE pour les élections européennes de juin et actuel commissaire à l’Emploi et aux Droits sociaux, a répondu :
« Si l’externalisation signifie que l’on pourrait parfois organiser, mais sous notre contrôle, sous le contrôle européen, des procédures d’immigration avant que les migrants n’entrent dans l’Union européenne, cela pourrait être envisagé ».
Concrètement, l’UE pourrait créer un nouveau lieu pour les demandes et le traitement des procédures d’immigration. Cette idée fait suite à la remarque de M. Schmit selon laquelle les voies légales actuellement disponibles pour se rendre dans l’UE à partir de pays tiers restent insuffisantes, ce qui pousse les demandeurs d’asile à emprunter des voies illégales.
Il a souligné l’importance du respect des droits humains dans toute procédure qui serait mise en place.
L’agence européenne qui s’occupe actuellement des questions migratoires est Frontex, l’organisme de contrôle des frontières de l’UE, qui ne peut pas opérer en dehors du territoire de l’Union.
Le commissaire a toutefois réaffirmé son opposition aux accords avec les pays tiers, récemment signés entre la Commission et certains gouvernements africains.
En effet, outre le Pacte européen sur la migration et l’asile récemment approuvé, l’UE a conclu des accords individuels avec la Tunisie, la Mauritanie et l’Égypte afin de réduire le flux de migrants vers l’Europe, mais sans aller jusqu’à externaliser les procédures d’asile.
M. Schmit a fermement rejeté le modèle britannique, selon lequel les demandeurs d’asile entrant au Royaume-Uni seraient envoyés au Rwanda, où leur requête serait ensuite examinée.
Ces accords ont été fortement controversés, car les ONG et les socialistes européens eux-mêmes ont affirmé que ces pays ne garantissaient pas le respect des droits humains. M. Schmit a souligné que ces accords n’avaient pas fait l’objet d’un débat approfondi au sein du collège des commissaires, qui compte 27 membres.
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Implication « minimale » du collège des commissaires
Alors que le service du porte-parole de la Commission, Eric Mamer, a affirmé que les accords sur l’immigration ont été décidés « conformément aux procédures » , M. Schmit a rétorqué que les commissaires avaient été informés tardivement, un vendredi après-midi, « sans discussion préalable, même au niveau de certains fonctionnaires, et [qu’ils avaient] une heure pour accepter ou refuser ».
« Vous pouvez toujours utiliser la procédure comme vous le souhaitez, en la limitant au strict minimum, ce qui a été fait pour cette affaire », a-t-il ajouté.
M. Schmit estime que l’approche de Mme von der Leyen à l’égard du collège « n’est pas le style de gestion que j’approuverais et que je poursuivrais parce que nous sommes apparemment une Commission géopolitique, mais nous ne sommes pas une Commission politique ».
Il a ajouté que les sujets importants, tels que les accords migratoires, devraient être discutés en profondeur au niveau politique par le collège des commissaires.
« C’est ce que je changerais, j’impliquerais davantage le collège », a-t-il insisté.
M.Schmit a également expliqué à Euractiv que « tout est maintenant fait finalement au niveau des fonctionnaires », sans que les propositions politiques clés ne soient discutées en profondeur entre les 27 commissaires.
« Je suis un adulte. Je suis un politicien. Je ne suis pas là pour m’asseoir et dire »oui, oui, bravo, bien joué » ».
Le porte-parole en chef de la Commission a riposté le 27 mai, en affirmant qu’il « s’agissait d’une commission très collégiale », et soutenant que la présidente avait impliqué tous les commissaires dans le processus de prise de décision par le biais des procédures existantes.
En ce qui concerne les accords migratoires, il a indiqué que les membres du cabinet de tous les commissaires avaient été invités à de fréquentes réunions pour en discuter.
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[Édité par Anna Martino]