Immigration : la route des Balkans met l’Italie sous pression
L’Italie fait face à une forte augmentation des arrivées de migrants, notamment via la route des Balkans. Alors que le gouvernement est favorable aux expulsions de migrants, les associations appellent à une meilleure redistribution de ceux-ci sur le territoire national.
L’Italie fait actuellement face à une forte augmentation des arrivées de migrants, notamment à Trieste, où les arrivées — effectuées via la route des Balkans — ont été multipliées par cinq entre 2021 et 2022. Alors que le gouvernement est favorable aux expulsions de migrants, les associations appellent à une meilleure redistribution de ceux-ci sur le territoire national.
Vendredi dernier (3 janvier), le préfet de Trieste, Annunziato Vardè, a souligné que le nombre de migrants entrés en Italie par la frontière entre Trieste et la Slovénie en 2022 avait été multiplié par cinq par rapport à l’année précédente.
Ainsi, 5 690 migrants sont entrés en octobre-décembre 2022, contre 1 194 migrants pour la même période en 2021. Ces chiffres tiennent compte des migrants entrés illégalement en Italie et retrouvés par les autorités et de ceux qui se sont présentés spontanément à la police une fois entrés dans le pays.
« Le Frioul-Vénétie Julienne est sous pression depuis de trop nombreuses années en raison des flux migratoires provenant de la route des Balkans », a confié le sénateur Marco Dreosto, membre du parti Lega (groupe Identité et démocratie au Parlement européen, ID) à EURACTIV Italie.
« Grâce au changement de rythme du ministre [de l’Intérieur] Matteo Piantedosi, nous sommes enfin de nouveau en train de parler des réadmissions, qui — je tiens à le souligner — sont un outil légitime qui doit être réactivé et renforcé », a-t-il ajouté.
Cependant, Gianfranco Schiavone, président du Consortium de solidarité italien — Bureau des réfugiés (ICS), une association qui coordonne le système d’accueil à Trieste, ne partage pas cet avis.
Les réadmissions informelles « sont un mécanisme visant à empêcher les gens de demander une protection internationale à la frontière slovène et à réadmettre les étrangers qui se sont vus refuser l’accès », a confié M. Schiavone à EURACTIV Italie. Il estime en outre qu’elles enfreignent le principe de l’État de droit, conformément à un arrêt de la Cour de Rome de janvier 2021.
M. Schiavone nie que la situation critique liée aux migrants soit due au nombre trop élevé d’entrées et pointe plutôt du doigt le gouvernement, qu’il accuse de ne pas avoir prévu un plan adéquat permettant de redistribuer efficacement les personnes arrivant sur le territoire national.
« Les transferts depuis Trieste vers le reste du territoire, plutôt que d’augmenter en même temps que la hausse des arrivées, ont diminué par rapport aux années précédentes », a-t-il dénoncé.
« Il y a une très grande responsabilité politique du côté italien […] le gouvernement italien ne publie pas les données d’entrée de la route des Balkans et [M. Piantedosi] a dit tout et son contraire au cours des derniers mois », a-t-il poursuivi, démentant ainsi les conclusions du préfet de Trieste.
La conséquence directe de cette situation, selon M. Schiavone, est que des centaines de personnes se retrouvent à la rue.
« Les Italiens ont voté, ils demandent plus de sécurité dans les villes et des contrôles plus stricts des phénomènes migratoires. L’Italie est un pays sérieux où nous voulons rétablir la légalité, en bonne entente avec l’ICS et toutes les autres ONG fanatiques de l’accueil à tout prix », a expliqué le sénateur Marco Dreosto (Lega) à EURACTIV Italie en réponse aux déclarations de M. Schiavone.
M. Piantedosi s’est récemment rendu dans la région du Frioul-Vénétie Julienne, dont le gouverneur, Massimiliano Fedriga (Lega), a déclaré que l’objectif commun convenu avec le ministère est de « limiter au maximum la présence des migrants sur le territoire régional ».
En ce qui concerne les « réadmissions informelles » de migrants traversant l’Italie de manière irrégulière via la Slovénie, M. Piatedosi a réaffirmé la légitimité de ces procédures et a souligné la volonté du gouvernement de renforcer la coopération entre les forces de police italiennes et slovènes.
« La Slovénie est un pays européen avec de profondes racines démocratiques et un système d’ordre interne conforme aux autres nations de l’UE, parfaitement capable de protéger les droits civils, il n’y a donc aucune raison de s’opposer aux réadmissions dans la république voisine », a ajouté M. Fedriga.
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« La stabilité de la région des Balkans occidentaux est essentielle, notamment parce que les flux migratoires en provenance de Turquie passent par cette zone et qu’il est important d’éviter l’immigration clandestine », a déclaré M. Tajani en marge de la conférence.
Le gouvernement de Giorgia Meloni cherche à se rapprocher des Balkans, espérant y trouver des opportunités d’investissement. Il cherche également à conclure des accords bilatéraux avec les pays d’origine des migrants ainsi que les pays de transit tels que la Slovénie.
M. Dreosto a également expliqué à EURACTIV que l’Italie essayait, avec son nouveau rôle dans les Balkans occidentaux, « d’endiguer les flux migratoires illégaux en dehors des frontières de l’UE ».
« Il s’agit à la fois de revenir à un système de légalité et à une plus grande sécurité dans nos villes ainsi que de lutter contre toutes ces organisations de trafic d’êtres humains qui s’enrichissent sur le dos des individus », a-t-il ajouté.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]