Il faut renouer le dialogue franco-allemand, selon Jacques Delors
Président de la Commission européenne de 1985 à 1994, Jacques Delors est le père du marché unique et de l’euro. Dans une interview accordée à EURACTIV.com, il revient sur la nécessité d’aller au-delà des divergences franco-allemandes afin d’éviter le déclin de l’Europe.
Président de la Commission européenne de 1985 à 1994, Jacques Delors est le père du marché unique et de l’euro. Dans une interview accordée à EURACTIV.com, il revient sur la nécessité d’aller au-delà des divergences franco-allemandes afin d’éviter le déclin de l’Europe.
« Le climat n’est pas très bon », affirme Jacques Delors, 86 ans, ancien président de la Commission européenne de 1985 à 1994.
Selon lui, deux éléments caractérisent la crise actuelle en Europe. D’une part, il y a des tensions entre le global et le local, qui s’expliquent par la mondialisation. Celle-ci suscite l’« effroi » des citoyens et favorise le repli nationaliste.
D’autre part, un écart inquiétant se creuse entre « ceux qui ont le pouvoir » et les « gens de la base », ce qui ne favorise ni la compréhension du projet européen, ni le rapprochement des points de vue.
Des droits et des devoirs
En ce qui concerne la crise traversée par la zone euro, le père de la monnaie unique défend avoir développé une réflexion tant sur le plan économique que sur le plan monétaire, lors de l’exercice de ses mandats. « [Mais] c’est en vain que j’ai rappelé ce nécessaire équilibre », déplore-t-il. « Avoir une monnaie commune (…), c’est à la fois avoir des droits et des devoirs.»
Jacques Delors reconnaît néanmoins qu’entre 1999 et 2008, les résultats de l’euro ont été relativement satisfaisants. L’Union européenne a connu un taux de croissance de 2,1% du PIB, avec 14 millions d’emplois créés, et un taux de productivité en moyenne égal à celui des États-Unis.
L’unité dans la diversité
L’alliance entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy est superficielle, regrette l’ancien président de la Commission. De Gaulle et Adenauer, Giscard d’Estaing et Schmidt, Mitterrand et Kohl ont tous marqué l’Histoire « parce qu’à un moment donné, (…) ils ont dépassé leurs intérêts les plus proches pour une vision de l’Europe. Mais, depuis Chirac et Schroeder, « le cœur n’y est plus ».
Concrètement, une meilleure entente entre les deux pays passera par une pratique accrue des deux langues de chaque côté des frontières, ainsi qu’un accroissement des jumelages entre les écoles, les universités, les communes ou les régions. « [Cela] implique un langage franc, mettant les choses sur la table », explique-t-il.
Selon Delors, les différences font la richesse de l’Europe. « On accepte de les surmonter, de les intégrer, pour un bien meilleur » ajoute-t-il.
Seuls des « réflexes positifs » peuvent amener l’Europe à jouer un rôle important dans le monde, face à l’émergence des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). En revanche, si l’Europe continue comme à l’heure actuelle elle n’aura plus le choix que du déclin : « dans 25 ans nous n’existerons plus dans le monde », avertit l’ancien président de la Commission.
Jacques Delors s’est montré très critique sur la stratégie Europe 2020. Selon lui, ce qui fait défaut, c’est la portée trop générale du texte, plutôt que le manque de moyens.