Il faut investir dans le capital humain, selon les chefs d’entreprise

  Les grands dirigeants d’entreprise qui se sont réunis hier (31 mai) à Bruxelles se sont plaints des inquiétudes constantes liées à l’austérité et aux réformes structurelles. Ils ont exhorté les décideurs politiques à se concentrer sur les domaines susceptibles de renforcer l’avantage concurrentiel de l’Europe contre le reste du monde et à investir dans le capital humain.

EURACTIV.com
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Les grands dirigeants d’entreprise qui se sont réunis hier (31 mai) à Bruxelles se sont plaints des inquiétudes constantes liées à l’austérité et aux réformes structurelles. Ils ont exhorté les décideurs politiques à se concentrer sur les domaines susceptibles de renforcer l’avantage concurrentiel de l’Europe contre le reste du monde et à investir dans le capital humain.

« Un arbre ne peut pas pousser sur un sol stérile, tout comme l'Europe ne peut pas retrouver le chemin de la croissance sans une structure solide », a déclaré Hendrik Bourgeois, le vice-président des affaires européennes chez General Electric, lors de la Conférence sur l’état de l’Union.

« La consolidation budgétaire ne suffira pas », a-t-il affirmé, critiquant le mouvement d'austérité implacable en Europe.

La crise qui frappe actuellement la zone euro présente l'opportunité rare de mener les réformes structurelles attendues depuis longtemps et même de remettre en question les structures politiques et économiques de l'UE, ont fait remarquer les chefs d'entreprise.

L'innovation et les technologies sont les ingrédients clés d'une relance solide qui encouragera la croissance sur le long terme, ont-ils poursuivi.

La main-d'œuvre est l'avantage concurrentiel de l'Europe

« En moyenne la zone euro se révèle plus novatrice que l'Amérique du Nord », a affirmé Bruno Lanvin de l'école de commerce INSEAD. Pour étayer ses propos, il a présenté un sondage réalisé à l'échelle mondiale. Les Etats-Unis sont cependant les meilleurs résultats lorsqu'il s'agit d'appliquer les trouvailles, a-t-il reconnu.

Le World Wide Web, par exemple, a été développé par le CERN en Suisse, mais c'est la Silicon Valley qui en le plus tiré profit.

Les hommes d'affaires ont martelé que l'Europe disposait toutefois d'un avantage concurrentiel, à savoir sa main-d'œuvre. Ils ont applaudi les investissements du vieux continent dans le « hardware ». Selon eux, l'UE a joué un rôle crucial en construisant des infrastructures énergétiques, de transport, de communication, mais les dirigeants européens manquent d'ambition lorsqu'il s'agit d'investir dans le capital humain et le « software ».

Sans un nombre suffisant de centres d'affaires et de pôles technologiques, sans politiques en faveur des PME et une réelle culture du capital-risque, l'Europe risque de perdre la course de la compétitivité, ont-ils expliqué.

« La Silicon Valley est un concept et ce type de culture se développe avec le temps, nous devons nous concentrer sur le développement de cet écosystème », a avancé David Parekh du United Technologies Research Centre.

Une grande partie de cet écosystème devra reposer sur de nouveaux talents en provenance d'Europe, mais aussi des marchés émergents.

Permettre à des travailleurs qualifiés de travailler et vivre en Europe est essentiel, a martelé Amur Lakshminarayanan, vice-président pour l'Europe de l'entreprise indienne TATA Consultancy Services. Il a déploré le retard qu'a pris la création d'une carte bleue européenne, l'équivalent de la carte verte américaine pour les émigrés.

Trouver les jeunes talents

Les jeunes européens doivent être persuadés que l'UE restera à la pointe et saura exploiter leur créativité et leurs ambitions pour créer un monde meilleur, ont expliqué les chefs d'entreprise.

« Il y a peu d'engagement émotionnel et sans émotion, rien ne bouge », a soutenu Ludo Van de Heyden de l'INSEAD, déplorant le manque de progrès et d'innovation en Europe.

Les étudiants de l'UE recherchent un emploi à l'étranger et la plupart des multinationales qui s'adressent à l'INSEAD recrutent pour des postes en dehors de l'Europe (Chine, Inde et Abu Dhabi), ce qui prouve bien que l'Europe a encore du pain sur la planche pour retenir ses talents, a poursuivi M. Van der Heyden.

« Nous devrions arrêter de rejeter la faute sur les entreprises et nous concentrer sur les aspects positifs pour restaurer la confiance », a-t-il ajouté. Il a précisé que, selon lui, se montrer plus ferme avec les étudiants ne minait pas forcément leur confiance.

Les chefs d'entreprise ont critiqué l'UE et les décideurs politiques nationaux pour s'être révélés inefficaces et indécis sur la manière de résoudre la crise dans la zone euro. Fait encore plus inquiétant, le processus de prise de décision de l'Union n'apparaît pas très solide, ce qui prouve que les intérêts nationaux continuent de dominer les efforts de l'Europe pour enrayer la crise.

L'Europe pourrait sortir de la tempête si elle se concentrait sur le marché unique et la transmission des meilleures pratiques entre les Etats membres, mais les entreprises ont le sentiment qu'aucun modèle social unique ne conviendrait à tous les pays de l'Union. Si l'intégration économique est considérée comme nécessaire, la flexibilité sociale est un élément important de l'avenir de l'UE, selon les hommes d'affaires.

Une zone euro restreinte ?

Un patron d'entreprise sur trois pense que la zone euro devrait être plus restreinte qu'aujourd'hui, un sentiment qui plaide en faveur d'une Europe à deux vitesses. Ils restent toutefois convaincus qu'une intégration renforcée est nécessaire entre les pays de l'union monétaire.

Ils ont adopté une approche pragmatique, affirmant qu'il était tout à fait sensé de se limiter à une alliance des pays les plus forts, dans la mesure où les membres plus faibles ne font que déstabiliser la zone.

« Cela ne veut pas dire qu'ils ne pourraient pas revenir plus tard, mais au moins, ils ne mettraient pas en péril le projet dans son ensemble », ont-ils argué.