« Il faut agir vite » : la fourmi de feu, extrêmement invasive, est arrivée en Europe
Les scientifiques appellent les autorités nationales et européennes à agir rapidement contre la prolifération en Europe de la fourmi de feu, une espèce très invasive, pouvant entraîner d'importants dommages sanitaires et environnementaux.
Les scientifiques appellent les autorités nationales et européennes à agir rapidement contre la prolifération en Europe de la fourmi de feu, une espèce très invasive, pouvant entraîner d’importants dommages sanitaires et environnementaux.
Alerte rouge. La fourmi de feu (Solenopsis invicta), extrêmement invasive a été pour la première fois découverte en Europe. Une équipe de scientifiques de l’Institut de biologie évolutive de Barcelone affirme avoir découvert, en Sicile, 88 nids de cette espèce originaire d’Amérique du Sud, présente aujourd’hui aux quatre coins du globe.
« La fourmi de feu est classée parmi les pires espèces exotiques envahissantes et comme la cinquième au monde en termes de coûts, impactant les écosystèmes, l’agriculture et la santé humaine », expliquent les auteurs dans la revue Current biology le 11 septembre.
Dans les pays où elle est présente en abondance, comme en Australie, en Chine ou aux États-Unis, l’insecte provoque d’importants dégâts pour l’environnement, en s’en prenant aux espèces indigènes — dont les autres espèces de fourmis — mais provoque aussi des piqûres urticantes chez l’homme.
« Les habitants nous ont informés de piqûres de fourmis fréquentes dans la zone depuis au moins 2019, suggérant une présence prolongée » de la fourmi de feu, soulignent les scientifiques.
Si ces derniers doutent encore des causes de son arrivée en Europe, cela pourrait s’expliquer par les vents ou plutôt par les importations de terre et de plantes, la découverte se situant à proximité de l’un des principaux ports de fret de la Sicile, le port d’Augusta.
Contacté par Euractiv, le chercheur français Bernard Kaufmann, spécialiste des invasions biologiques à l’université de Lyon, précise que cette découverte était largement attendue : « Cela fait 30 ans que nous l’attendions, on se disait qu’un jour elle allait débarquer et que nous ne saurions pas quoi faire. Nous y sommes. »
Les espèces exotiques envahissantes sont aujourd’hui considérées comme l’une des principales menaces pour la biodiversité. Selon l’IPBES, le coût annuel dépasserait les 423 milliards de dollars par an dans le monde, quatre fois plus que dans les années 1970.
Du Portugal jusqu’à Bordeaux
D’après les scientifiques cette installation n’en serait qu’à son début. Les fourmis pourraient s’étendre rapidement à travers les régions connectées du sud de l’Europe, sur la côte méditerranéenne. Mais pas seulement. Une modélisation montre qu’en 2050 la plupart des pays européens seraient concernés, avec de fortes concentrations dans les régions urbanisées du fait des températures plus élevées.
« La moitié des zones urbaines en Europe sont déjà adaptées et […] le réchauffement climatique attendu dans les tendances actuelles favorisera l’expansion de cette fourmi invasive », prévoient-ils, avouant leur « inquiétude » pour le futur.
Bernard Kaufmann se montre plus prudent : « Les chercheurs n’ont pris en compte dans leur modélisation que les températures et l’occupation des sols, or les choses sont un peu plus complexes ».
« Malgré tout, il est certain que ces fourmis peuvent s’établir aujourd’hui dans toutes les régions chaudes de l’Europe, au Portugal, en Espagne jusqu’à Bordeaux, en France. Avec le réchauffement climatique, cela concernera des régions plus au Nord », reconnaît le spécialiste qui alerte également sur la forte capacité de colonisation de l’espèce.
Les risques ? Des dégâts écologiques, sanitaires, mais aussi agricoles. Les fourmis construisent des monticules de terre dans les champs qui endommagent les cultures. Elles s’insinuent également dans les installations électriques. Aux États-Unis, le coût annuel des dégâts causés par la fourmi de feu est estimé à 7 milliards de dollars.
Législation européenne
L’Union européenne a adopté des règles pour prévenir, réduire au minimum et atténuer les effets néfastes des espèces exotiques envahissantes (EEE), conformément au règlement de 2014.
Une liste a été établie avec plus de 80 d’espèces préoccupantes, interdites d’importation, de transport, de commercialisation, d’utilisation, de culture, d’introduction dans l’environnement. En cas d’invasion, la loi impose aux États la destruction immédiate de ces espèces dans les trois mois.
Par anticipation, les scientifiques sont parvenus à faire inscrire, en 2022, la fourmi de feu Solenopsis invicta dans la liste.
« Si la réglementation européenne est vite appliquée, il est encore possible de l’éradiquer et éviter qu’elle se propage en Europe. Mais il faut agir vite », confie Bernard Kaufmann. D’autant plus que la Sicile est une île, ce qui peut limiter la vitesse de progression.
D’après le journal italien Corriere della sera, « la planification des l’éradication est en cours » dans la botte. De leur côté les scientifiques espagnoles demandent « des efforts coordonnés de détection » et une surveillance qui « devraient être étendus à une plus grande échelle géographique ».
Ils appellent tout le monde, y compris les populations, à faire remonter les observations, l’espèce étant atypique sur plusieurs aspects (piqûre, monticules de terre). En France, un portail est prévu pour signaler les rencontres d’espèces exotiques envahissantes.
Pour Bernard Kaufmann, la question est de savoir si la fourmi est déjà présente ailleurs. Car « lorsqu’elle s’implante, c’est de façon massive et irréversible », prévient-il.