IA et deepfakes : une menace pour les prochaines élections, selon les citoyens de l’UE

Un sondage publié mardi révèle que 71 % des citoyens allemands et 57 % des citoyens français sont préoccupés par les menaces que l’IA et les deepfakes font peser sur les élections.

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« Les résultats de Luminate montrent que les utilisateurs comprennent très bien l’impact des médias sociaux sur la démocratie. Il semble que les utilisateurs ne soient plus aussi naïfs qu’auparavant », a expliqué Daniel Barredo, chercheur sur l’opinion publique et les médias à l’université de Malaga, en Espagne. [SHUTTERSTOCK/Skorzewiak]

Un sondage publié mardi (19 septembre) révèle que 71 % des citoyens allemands et 57 % des citoyens français sont préoccupés par les menaces que l’intelligence artificielle (IA) et les deepfakes font peser sur les élections.

Le sondage effectué par Luminate, une organisation philanthropique fondée par Pam Omidyar et son mari Pierre, l’ancien président du conseil d’administration de la plateforme de vente en ligne eBay, révèle que plus de la moitié des citoyens allemands et français s’inquiètent des menaces que l’IA et les deepfakes font peser sur les résultats des élections.

Les personnes sondées — 1 008 Français, 2 067 Allemands et 2 156 Britanniques — sont représentatives des différents horizons politiques et des différentes régions de leurs pays. La représentative en termes de sexe et du groupe d’âge des répondants a également été considérée.

En ce qui concerne la protection des données personnelles, les résultats révèlent que 81 % des citoyens français et 75 % des citoyens allemands considèrent que leur droit de s’opposer au traitement de leurs données personnelles par les plateformes de réseaux sociaux à des fins publicitaires est important.

« Les résultats [du sondage] de Luminate montrent que les utilisateurs comprennent très bien l’impact des réseaux sociaux sur la démocratie. Il semble que les utilisateurs ne soient plus aussi naïfs qu’auparavant », a expliqué Daniel Barredo, chercheur sur l’opinion publique et les médias à l’Université de Malaga, en Espagne.

« Il y a maintenant une demande claire pour la protection des droits individuels », a indiqué M. Barredo à Euractiv.

Conséquences

Alors que 33 % des Allemands interrogés et 44 % des Français pensent que les entreprises de réseaux sociaux ont un impact négatif sur la démocratie, seuls 18 % et 14 % d’entre eux considèrent que leur impact est positif.

« Les utilisateurs sont de plus en plus conscients des acteurs et des pratiques néfastes, comme la façon dont [certains] groupes tentent d’orchestrer des campagnes de diffamation par le biais de réseaux organisés de bots et de trolls, entre autres», a déclaré M. Barredo.

« L’adoption généralisée de l’IA élargit encore davantage l’accès à la création et à la diffusion de contenus, ce qui risque d’amplifier la prolifération de la désinformation », a-t-il averti.

Alaphia Zoyab, directrice de campagnes et médias chez Luminate, a déclaré : « Chaque dollar que ces riches entreprises technologiques dépensent en panneaux publicitaires pour nous dire qu’elles protègent les élections est un dollar gaspillé pour ne pas le faire réellement ».

Selon l’enquête, 64 % des Français et 63 % des Allemands estiment ne pas avoir le contrôle de leurs données personnelles et de leur utilisation par les plateformes de médias sociaux.

« Au cours de la dernière décennie, les grandes entreprises technologiques ont lancé un raid à grande échelle sur nos données personnelles qui alimentent le boom de l’IA générative d’aujourd’hui. Elles n’ont jamais vraiment eu notre consentement parce qu’elles ne nous ont jamais donné de choix significatif ou de contrôle réel » sur nos données, a ajouté Mme Zoyab.

Dans de nombreux cas, la désinformation a des origines institutionnelles ou organisationnelles, les acteurs malveillants propageant activement des contenus favorables à une cause nationale ou politique.

D’autre part, les problèmes de ressources liés à la modération de contenu peuvent conduire les sociétés de réseaux sociaux à ne pas identifier et supprimer suffisamment ces contenus, ce qui entraîne la prolifération d’informations erronées et limite la diffusion d’annonces publicitaires.

Élections européennes et mesures préventives

Pour contrer la menace et le pouvoir des plateformes de réseaux sociaux, l’UE a introduit sa législation numérique phare, le règlement sur les services numériques (Digital Service Act, DSA).

Cette loi vise à obliger les plateformes de réseaux sociaux à lutter contre la désinformation à caractère politique, les discours haineux et les tactiques de manipulation visant à fausser les résultats des élections, afin de protéger les droits individuels et les groupes vulnérables, tels que les mineurs.

L’un des changements majeurs du DSA interviendra le 30 octobre, date à laquelle les très grandes plateformes en ligne (Very Large Online Platforms, VLOP) seront tenues de publier les indicateurs publics utilisés dans leurs algorithmiques pour détecter les discours haineux et le nombre de modérateurs (fact-checkers) par langue nationale des États membres de l’UE, y compris leurs compétences linguistiques et leurs qualifications académiques.

Les chercheurs et les organisations de la société civile demandent depuis longtemps ces données internes afin de mieux comprendre comment la modération est abordée au sein de ces grandes plateformes en ligne.

En cas de non-respect du DSA, les sanctions peuvent aller jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires annuel global du prestataire de services intermédiaires concerné, suivi d’une interdiction d’accès au marché unique de l’Union en cas de récidive.

En amont des prochaines élections européennes, l’UE sera mise au défi d’appliquer certaines des règles du DSA, qui aujourd’hui sont encore en période transitoire, a estimé M. Barredo.

La désinformation étant souvent liée à des campagnes transnationales et locales, « je pense que l’UE devrait établir un réseau d’observatoires en collaboration avec la société civile et le monde universitaire afin d’analyser la prévalence des contenus faux ou offensants sur les réseaux sociaux », a recommandé M. Barredo.

« Les résultats coordonnés de ces observatoires pourraient être un outil crucial pour évaluer la mise en œuvre effective du DSA et la transformation des plateformes de réseaux sociaux en entités plus responsables », a-t-il conclu.

[Édité Anne-Sophie Gayet]