Hydrogène naturel : la France entraine l’Europe dans son sillon

Des capacités massives d’hydrogène naturellement présent dans le sol ont été découvertes en France l’année dernière. Depuis, toute l’Europe est aux aguets du gisement du siècle  et les chercheurs insistent pour un soutien accru des autorités publiques.

Euractiv.com
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Image satellite de groupes de cercles de fées près de la ville de Moora, en Australie, acquise le 27 juin 2023 par l’Operational Land Imager-2 (OLI-2) sur Landsat 9.

Des capacités massives d’hydrogène naturellement présent dans le sol ont été découvertes en France l’année dernière. Depuis, toute l’Europe est aux aguets du gisement du siècle et les chercheurs insistent pour un soutien accru des autorités publiques.

Tout un paradoxe. La Cour européenne des auditeurs critique violemment les objectifs « irréalistes » et « dictés par une volonté politique » que se fixe l’UE en matière d’hydrogène décarboné, alors même que le continent manque cruellement de la molécule pour stocker de l’électricité, produire des carburants alternatifs ou encore remplacer le gaz dans les usages industriels. En somme, pour assurer sa transition énergétique vers la neutralité carbone.

Dans ce cadre, l’hydrogène naturel, issu de réactions chimiques souterraines, suscite de plus en plus d’intérêts. D’autant qu’il serait, selon les dernières études, abondant, moins cher et moins carboné que l’hydrogène produit grâce aux renouvelables ou le nucléaire.

Pour toutes ces raisons, cet hydrogène, que l’on dit aussi « blanc », « natif » ou « géologique », a connu un boum médiatique en juin 2023 quand fut découvert en Lorraine un gisement de plus de 45 millions de tonnes d’hydrogène, soit deux fois la consommation attendue chaque année dans l’UE en 2030.

Depuis, recherches, découvertes et permis se multiplient dans toute l’Europe. En France, le président de la République a même annoncé fin 2023 des « investissements massifs » à venir, preuve de l’engouement que suscite cette ressource.

Dernières avancées françaises

Cinq mois après la découverte en Lorraine, un premier permis d’exploration a été délivré en novembre dans les Pyrénées-Atlantiques, avec des forages prévus dans les trois ans.

Cinq autres permis sont en cours d’instruction à travers le pays, mais confidentialité industrielle oblige, difficile d’en savoir plus sur d’autres projets en cours, explique à Euractiv Christophe Rigollet, géologue au sein du cabinet de consulting CVA group.

Côté recherche géologique, après la Nouvelle-Aquitaine et la Bretagne, le géologue affirme que la Bourgogne Franche-Comté devrait bientôt se lancer dans une revue de son sous-sol.

Cet intérêt des régions pour l’hydrogène naturel motive les pouvoirs publics nationaux, en témoigne le soutien direct du président de la République, le financement début juillet du projet DENHYMS d’amélioration des méthodes d’identification de la ressource, et plus largement, le lancement en avril dernier d’une étude nationale d’identification des zones à fort potentiel.

Un livrable est prévu pour fin 2024-début 2025, affirme auprès d’Euractiv Nicolas Gonthier, responsable d’earth2, pôle fédérant la filière de l’hydrogène naturel au niveau européen.

En Europe

Si la France est motrice, le reste de l’Europe n’est pas en reste, avec plus d’une dizaine de projets disséminés.

À l’est de l’Allemagne, un permis d’exploration est en cours d’instruction. Dans les Pyrénées espagnoles, les forages du premier permis accordé dans le pays devraient commencer avant la fin de l’année.

En Europe de l’Est, un minier britannique a annoncé en novembre avoir décroché un contrat d’exploration, sans préciser la localisation exacte. En Albanie, des chercheurs français ont découvert en février un gisement immense. Dans le même temps, les autorités finlandaises ont publié une carte montrant les concentrations d’hydrogène naturel dans plusieurs forages gaziers du pays.

En Pologne, les autorités ont mis en place en septembre dernier le cadre juridique pour l’exploration de l’hydrogène naturel, sans que des projets soient encore identifiés.

D’autres initiatives sont également en développement en Islande, en Serbie, en Suède, en Norvège, en Ukraine ou encore au Kosovo.

Cartographier, accompagner

Avant toute chose, c’est d’une cartographie des ressources dont a besoin la filière.

Le Clean Hydrogen Partnership, partenariat public-privé piloté par l’UE en soutien des activités hydrogène en Europe, prévoit de financer une étude d’estimation du potentiel européen. Nicolas Gonthier, comme d’autres, souhaiterait que l’étude soit actée avant la fin de l’année.

Christophe Rigollet propose également que les autorités européennes demandent aux pétro-gaziers de mettre à disposition leurs données géologiques et géophysiques « là où ils n’ont plus d’intérêts stratégiques ».

Actuellement, la communauté scientifique n’est donc pas encore capable de définir complètement la méthodologie adéquate pour évaluer le potentiel d’hydrogène naturel en Europe, consent le géologue. C’est pourtant indispensable avant d’imaginer, comme le demande la filière, une « labellisation » de l’hydrogène naturel dans la taxonomie verte de l’UE, qui facilite les investissements dans les activités durables.

« Il n’existe pas encore de données crédibles » pour ce faire, confirme un représentant de la Commission européenne à Euractiv. Mais déjà, la définition de l’hydrogène bas carbone, en mesure de participer aux objectifs de décarbonation de l’UE, « pourrait inclure l’hydrogène naturel », estimait la Commission en février.

Accélérer les processus administratifs, comme la délivrance de permis, et augmenter les aides publiques, pourrait aussi participer au développement du secteur. Quoiqu’il en soit, il faudra s’armer de patience avant les premiers forages, attendu au mieux fin 2027 en Espagne, fin 2028 en France.