Hydrogène bas-carbone : neuf États membre réclament son intégration dans les objectifs renouvelables de l’UE

Neuf États membres, dont la France, ont adressé mercredi soir (1er février) une lettre à la Commission européenne pour intégrer l’hydrogène bas-carbone dans les objectifs de développement d’hydrogène renouvelable au niveau européen.

Euractiv France
Special EU energy council on energy price crisis
Le ministre tchèque de l'industrie et du commerce, Jozef Sikela (à gauche), et la ministre française de la transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher (à droite), s'entretiennent lors d'un conseil spécial de l'UE sur la crise énergétique à Bruxelles, en Belgique, le 19 décembre 2022. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET ]

Neuf États membres, dont la France, ont adressé mercredi soir (1er février) une lettre à la Commission européenne plaidant pour l’intégration de l’hydrogène bas-carbone – produit notamment à partir d’électricité nucléaire – dans les objectifs d’hydrogène renouvelable de l’UE. 

Cette lettre fait suite à une première envoyée par les mêmes États membres — France, Roumanie, Bulgarie, Pologne, Slovénie, Croatie, Slovaquie, Hongrie, République tchèque — le 25 octobre dernier en amont d’une réunion du conseil Énergie de l’UE décisif pour le futur du marché européen de l’hydrogène

Aujourd’hui, la France et les autres co-signataires surfent sur la confirmation du principe européen de « neutralité technologique » des mix énergétiques tel que réaffirmé mi-janvier par le président de la République française, Emmanuel Macron, et le chancelier allemand, Olaf Scholz.

Ce faisant, l’Allemagne reconnaissait ainsi le rôle que peut jouer l’électricité bas-carbone française, produite à partir d’électricité nucléaire, dans l’atteinte des objectifs de réduction de gaz à effet de serre de l’UE. 

Les deux chefs d’état ont même annoncé une « feuille de route commune » pour l’hydrogène renouvelable et décarboné.

Le bas-carbone dans les renouvelables?

Dans cette nouvelle lettre, les co-signaitaires, ministres de l’Énergie et de l’Industrie de neufs États membres, appellent donc à traduire ces nouvelles avancées dans les textes européens en cours de négociation.

« Nous demandons instamment à la Commission de concevoir et de proposer une série d’amendements au projet de directive sur les énergies renouvelables (RED III) » et dans le « paquet gaz » relatif au transport d’hydrogène, pour y intégrer « aussi rapidement que possible », l’hydrogène bas-carbone, déclarent-ils.

Selon eux, des objectifs « exclusivement renouvelables » pourraient faire perdre de vue l’objectif principal de l’UE, à savoir de réduire ses émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone en 2050. 

Dans ce contexte, les États membres signataires plaident en faveur du développement de l’hydrogène bas-carbone « sans aucun retard ni aucune contrainte inutile » et défendent « d’ambitieux objectifs » de développement. 

Ces derniers sont d’ores et déjà prêt à créer « des incitations égales pour les énergies renouvelables et l’hydrogène à faible teneur en carbone ». 

Menace américaine 

D’autant que le danger guette. 

Laisser de côté l’hydrogène bas-carbone « limiterait la vitesse de déploiement de […] l’hydrogène », ce qui « entraînerait inévitablement une hausse des coûts de production » et réduirait la « compétitivité mondiale de l’industrie européenne », avancent les signataires. 

Ces derniers en veulent pour preuve que le recours seul à des énergies intermittentes, comme le solaire ou l’éolien « limite l’utilisation des électrolyseurs et augmente proportionnellement le cout de la production d’hydrogène ». 

En toile de fond, cela augmenterait les risques de délocalisation des industries européennes vers des pays tiers où les incitations au développement des énergies décarbonées sont plus importantes. C’est ainsi le cas des États-Unis, dont la charge protectionniste portée par son Inflation Réduction Act a obligé l’UE a réagir. 

Pour s’aligner quelque peu, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a présenté mercredi (1er février) un Plan industriel vert prévoyant d’accélérer le développement d’une industrie décarbonée dans l’UE.

Les États signataire de la lettre plaident ainsi que l’hydrogène bas-carbone permettrait de « décarboner les secteurs difficiles à décarboner », tels que l’industrie de l’acier, de l’aluminium, ou des fertilisants. 

Il pourrait également servir comme carburant, dont « des frictions ou des retards dans le déploiement […] mettrait en péril le programme de décarbonation de l’UE », notent-ils.

Importations, transport et sécurité juridique

Enfin, les co-signataires insistent sur le fait qu’une « stratégie s’appuyant essentiellement sur l’hydrogène renouvelable pourrait conduire à de nouvelles dépendances » et constituer un risque pour la « sécurité juridique » de l’UE. 

Cela réveillerait également les craintes de fuites technologiques que formulait la ministre de l’Énergie française, Agnès Pannier-Runacher, dans une lettre envoyée en septembre à Mme Simson qu’EURACTIV France s’était procurée.

Par conséquent, « un approvisionnement plus autosuffisant en hydrogène à faibles émissions à partir de sources nationales » serait d’un « pragmatisme élémentaire », avancent les signataires. Ne serait-ce que pour inciter au développement d’infrastructures « nécessaires » de transports trans-européennes, complètent-ils.

D’autant que le Portugal, l’Espagne, la France et l’Allemagne sont déjà tombés d’accord pour étendre le futur hydrogénoduc H2 Med vers l’Allemagne. 

Les co-signataires concluent ainsi que « tout compromis sur le ‘paquet gaz’ et la RED III doit donc intégrer la reconnaissance de la contribution de toutes les sources d’hydrogène à faible teneur en carbone à la décarbonation ».

Lisez la lettre adressée à la Commission européenne ci-dessous ou téléchargez-la ici.

Lettre-H2-bas-carbone-fevrier-2023