Hu Jintao visite le Danemark et s’intéresse aux minéraux du Groenland
La visite de trois jours du président chinois au Danemark lui a sans doute permis de signer des accords commerciaux de plusieurs milliards d’euros, mais l’enjeu le plus important demeure les énormes richesses minérales du Groenland.
La visite de trois jours du président chinois au Danemark lui a sans doute permis de signer des accords commerciaux de plusieurs milliards d’euros, mais l’enjeu le plus important demeure les énormes richesses minérales du Groenland.
Le Groenland, une province autonome du Danemark, recèle certaines des plus grandes réserves de terres rares, des métaux d'une importance stratégique pour lesquels la Chine détient presque le monopole. Cette île de l'Atlantique est également située à proximité des voies maritimes de plus en plus convoitées à mesure que la calotte glacière de l'Arctique fond. Washington dispose en outre d'une base aérienne au nord-ouest de son territoire.
Ces éléments expliquent peut-être pourquoi le dirigeant d'un des pays les plus peuplés au monde a décidé de prendre trois jours pour visiter le Danemark, une nation de tout juste 5,6 millions d'habitants.
« Il n'est pas venu juste pour regarder la Petite Sirène », a déclaré Damien Degeorges, chercheur à l'université du Groenland, en référence à la petite statue de bronze du conte de fée de l'auteur danois Hans Christian Andersen.
M. Hu et sa femme, Liu Yongqing, ont visité les sites touristiques incontournables de Copenhague lors d'une visite organisée vendredi qui les a également emmenés voir le château de Rosenborg du XVIIe siècle et sa chambre chinoise, ainsi que le yacht royal sur lequel ils ont embarqué avec la reine Margrethe II.
Des milliards d'euros d'investissements
Cette première visite officielle au Danemark depuis que les deux pays ont établi des liens diplomatiques il y a 62 ans est survenue moins de deux mois après que le premier ministre chinois, Wen Jiabao, s'est rendu en Islande, ce qui soulève des questions quant à ce que cherche la Chine dans le grand Nord.
Les entreprises danoises et chinoises ont signé des accords d'exportation et d'investissement pour une valeur d'environ 2,3 milliards d'euros. Il est notamment prévu que le brasseur danois Carlsberg construise une grande exploitation brassicole en Chine et que Maersk prenne part à l'expansion du port chinois de Ningbo.
Des fonctionnaires danois et chinois ont en outre signé 11 accords ce dimanche (16 juin) dans des domaines comme la santé, le climat, l'alimentation et la pêche.
« Cela montre le grand intérêt que nous portons à nos relations avec le Danemark », a déclaré M. Hu avant de s'entretenir avec la première ministre danoise, Helle Thorning-Schmidt, sur un large éventail de sujets allant de la crise économique en Europe à la position de la Chine sur la Syrie.
La base aérienne des Etats-Unis à Thulé est souvent considérée comme « les yeux et les oreilles de la défense américaine ». Alors que la Chine témoigne un intérêt croissant à l'Arctique et que ses entreprises minières explorent déjà le Groenland pour ses ressources en fer, en cuivre et en or, l'île pourrait bien se retrouver au confluent des intérêts chinois et américains.
Des fonctionnaires danois ont tenté de nier que la visite de M. Hu avait pour objectif de discuter des ressources du Groenland.
« L'Arctique n'est pas au programme de cette visite », a déclaré le porte-parole du ministère danois des affaires étrangères, Jean Ellermann-Kingombe.
Soif de ressources naturelles
Des bruits similaires avaient couru lorsque M. Wen avait entamé sa visite du nord de l'Europe par l'Islande il y a deux mois. Le fait qu'il choisisse comme première destination une île de tout juste 320 000 habitants avait éveillé des soupçons quant à la soif de Beijing pour la découverte de nouvelles ressources naturelles.
Un promoteur chinois conteste actuellement une décision du gouvernement islandais prise l'année dernière et qui l'empêche d'acheter des terres qui, selon certains, pourraient héberger une future base navale et faire partie d'une stratégie plus globale de s'établir dans la région.
M. Hu a choisi le Danemark comme seconde escale de son voyage vers le Mexique pour la réunion du G20. Est-ce parce que le pays exerce la présidence tournante du Conseil de l'UE ou parce qu'il soutient la candidature de la Chine pour l'obtention du statut d'observateur au Conseil de l'Arctique, l'organisme qui regroupe les huit Etats de l'Arctique ? Personne ne peut l'affirmer avec certitude.
Certains analystes avancent toutefois que d'autres éléments sont à prendre en considération.
« La plupart des experts s'accordent à dire que quand la Chine s'intéresse au Danemark, elle s'intéresse aussi au Groenland », a expliqué M. Degeorges.
Le Groenland, avec une population de 57 000 habitants, dépend des exportations de poissons et de crevettes et de la générosité du Danemark. L'île souhaiterait réduire sa dépendance en développant d'autres secteurs.
London Mining, une entreprise soutenue par les aciéristes chinois, cherche à obtenir la permission de construire une mine de fer au nord-est de Nuuk pour un coût de 1,85 milliard d'euros. Il s'agirait du plus grand développement industriel du Groenland si le projet était accepté.
Terres rares
Martin Breum, auteur d'un livre sur le rôle du Danemark dans l'Arctique et le potentiel pétrolier du Groenland, a expliqué que ce projet de mine de fer, bien que potentiellement énorme pour le Groenland, n'était pas ce qui inquiétait les gouvernements occidentaux, l'industrie et les agences de renseignement.
« Un contrôle potentiel de la Chine sur les terres rares au Groenland effraie bon nombre de gouvernements en Occident », a affirmé M. Breum. Pour rappel, les terres rares sont utilisées dans les téléphones, les télévisions et les voitures hybrides, les missiles de croisière et les lunettes de vision nocturne des militaires.
« Les terres rares sont cruciales pour l'industrie occidentale », a déclaré M. Breum, ajoutant que le monopole de facto de la Chine sur ces métaux n'était pas tolérable pour l'Occident sur le long terme.
Le 13 juin dernier, la veille de l'arrivée du président chinois au Danemark, les commissaires européens Antonio Tajani et Andris Piebalgs ont signé un accord à Nuuk pour s'assurer que les minéraux du Groenland resteraient disponibles pour les marchés libres à l'avenir.
Bien que les inquiétudes de l'Occident soient bien réelles, M. Breum a assuré qu'il n'était pas un adepte de la théorie de la conspiration et que la visite de M. Hu n'était pas un prétexte.
« Je ne crois pas à la théorie de la conspiration selon laquelle les gouvernements négocieraient en secret d'importants accords sur le Groenland et ses minéraux », a-t-il affirmé.