Homophobie : la France jugée "LGBT-friendly" en Europe, alors que les violences et discriminations progressent sur le territoire en 2021
Si en Europe la France est dans le top 10 des pays les plus LGBT-friendly, au niveau national les plaintes pour crimes et délits homophobes ont progressé en 2021, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur.
Si en Europe la France est dans le top 10 des pays les plus « LGBT-friendly », au niveau national les plaintes pour crimes et délits homophobes ont progressé en 2021, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur.
A l’occasion de la journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie mardi (17 mai), le constat est sans appel : en 2021, en pleine crise sanitaire, les autorités françaises ont recensé 3 790 plaintes dites anti-LGBT+, c’est-à-dire contre les gays, lesbiennes, bis, transsexuels. Plus précisément, 2 170 crimes et délits et 1 620 contraventions ont été enregistré dans les commissariats et gendarmeries.
Ces atteintes anti-LGBT+, « commises en raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre », sont en grande majorité des insultes ou des propos à caractère diffamatoire (59%).
L’année 2021 ne fait pas office d’exception. Sur la période 2016-2021, le nombre de crimes et délits par les services de police a doublé (+104%).
A noter que ces chiffres sont sûrement bien en deçà de la réalité lorsqu’on sait que seuls 20% des personnes ayant subi des menaces ou des violences à caractère homophobe ou transphobe portent plainte, selon les chiffres de 2012-2018 de l’enquête Cadre de vie et sécurité. Le chiffre est encore plus bas lorsqu’il s’agit d’insultes : 5% des victimes poussent la porte d’un commissariat.
Le rapport du ministère de l’Intérieur révèle également que les hommes sont plus touchés que les femmes : les attaques homophobes sont perpétrées envers des hommes dans 73% des cas et envers les jeunes de moins de 30 ans dans 31%.
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Droits des LGBTQI+ : l’UE fragmentée
A l’échelle européenne, la France est le septième pays le plus LGBT-friendly en Europe, selon la « Rainbow Map » de l’index Ilga-Europe, publiée le 12 mai dernier. Une nette progression pour le pays qui n’était que 13e en 2021. Malte, le Danemark, la Belgique, la Norvège et le Luxembourg constituent le top 5.
La « Rainbow Map » prend en compte plusieurs critères tels que le mariage entre deux personnes du même sexe, la PMA pour toutes, les discriminations vécues au quotidien… La Biélorussie, la Russie, l’Arménie, la Turquie et l’Azerbaïdjan arrivent en dernière position.
Malgré des avancées encourageantes, en 2020 un rapport de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA) révélait que dans les lieux publics, 47% des personnes LGBTQI+ ont été victimes de discriminations entre 2019 et 2020.
Deuxième constat : 11% des Européens affirmaient avoir subi des agressions ou des violences parce qu’ils ou elles étaient gays, lesbiennes, bis ou transsexuels. Pays par pays, la France affichait un taux élevé d’agressions homophobes (14%), ce qui la plaçait juste après la Pologne et la Roumanie qui culminaient à 15%.
La même année, en novembre 2020, la Commission présentait sa première stratégie en faveur de l’égalité des personnes LGBTQI+ dans l’UE.
« Nous sommes encore bien loin de l’inclusion et de l’acceptation pleines et entières des personnes LGBTIQ, telles qu’elles le méritent. […] À cet égard, la stratégie invite les États membres qui ne possèdent aucune stratégie nationale en faveur de l’égalité des personnes LGBTIQ à en adopter, en faisant en sorte de répondre aux besoins spécifiques de ces personnes en matière d’égalité dans leur pays », avait déclaré Helena Dalli, commissaire chargée de l’égalité.
Sous pression de l’UE, une région de Pologne renonce à être une « zone sans idéologie LGBT »
Sous pression de Bruxelles, la région polonaise de Kielce (sud) a renoncé mercredi (22 septembre)…
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Le cas de la Hongrie et de la Pologne
Malgré cette stratégie, la Commission a récemment lancé des procédures d’infractions contre la Hongrie et la Pologne pour violation des droits des personnes LGBTQI+. En Pologne, depuis 2019 plus d’une centaine de localités ont mis en place des zones anti-LGBT, appelées zones « libres d’idéologie LGBT ».
Lors d’une visite en Pologne en mars 2021, le secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes Clément Beaune a dû renoncer à se rendre dans l’une des localités appliquant la « charte anti-LGBT » après que les autorités polonaises lui ont fait savoir qu’il ne pourrait participer aux entretiens officiels prévus. M. Beaune avait fait son coming-out dans le magazine Têtu en décembre 2020.
De son côté la Hongrie a adopté une loi anti-LGBT en juin 2021 qui dispose que « la pornographie et les contenus qui représentent la sexualité ou promeuvent la déviation de l’identité de genre, le changement de sexe et l’homosexualité ne doivent pas être accessibles aux moins de 18 ans ».
En France, lors de son premier mandat Emmanuel Macron fut à l’origine d’avancées sociales pour les personnes LGBTQI+ comme l’arrêt des thérapies de conversion en janvier 2022 ou la PMA pour toutes. Mais pour les associations LGBT, il reste encore des combats à mener comme l’accès à la PMA aux personnes trans.
Reste à voir si le président et son nouveau gouvernement se saisiront du dossier dans les cinq ans à venir.