Herman Van Rompuy, futur « M. Zone euro » ?
Mardi (16 août), les dirigeants de la France et de l'Allemagne ont dévoilé des projets visant à une meilleure intégration économique au sein de la zone euro. Il s'agit notamment de l'introduction de limites de déficit dans le droit national et de sommets biannuels présidés par Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen.
Mardi (16 août), les dirigeants de la France et de l'Allemagne ont dévoilé des projets visant à une meilleure intégration économique au sein de la zone euro. Il s'agit notamment de l'introduction de limites de déficit dans le droit national et de sommets biannuels présidés par Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen.
Le président français, Nicolas Sarkozy, et la chancelière allemande, Angela Merkel, ont promis de se tenir les coudes pour défendre la monnaie unique, alors qu'ils subissent de fortes pressions pour restaurer la confiance dans la zone euro après un effondrement des marchés début août.
Les deux dirigeants n'ont pas apporté leur soutien à l'introduction d'euro-obligations, considérée par beaucoup comme la solution aux problèmes de dette de la zone. Ils ont affirmé qu'ils ne l'envisageraient que comme une option à plus long terme. Ils n'ont pas non plus souhaité augmenter la capacité du FESF qui dispose aujourd'hui de 440 milliards d'euros.
Ils ont déclaré, dans ce qui apparaît comme une concession en faveur de Mme Merkel, que l'accent devrait être mis sur une meilleure intégration économique plutôt que sur des renflouements.
Nicolas Sarkozy a affirmé, lors d'une conférence de presse conjointe avec la chancelière après leur entretien, qu'ils étaient du même avis s'agissant de l'introduction d'euro-obligations. « Un jour, on pourra l'imaginer, mais à la fin d'un processus d'intégration européenne, pas au début du processus d'intégration », a-t-il dit.
Mme Merkel et M. Sarkozy ont également proposé de taxer les transactions financières, une manière de punir les acteurs du marché dont la vente panique a fait perdre quelque 4 mille milliards de dollars aux bourses mondiales et donné lieu à une interdiction temporaire des ventes à découvert en Europe.
La Commission européenne a soutenu cette proposition, affirmant qu'une taxe sur les transactions financières serait un instrument clé pour s'assurer que « le secteur financier contribue de façon plus juste aux comptes publics ».
L'exécutif européen a déclaré qu'il présenterait « bientôt » une proposition allant dans ce sens, probablement à l'automne.
Gouvernance de la zone euro
Dans une lettre commune adressée au président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, les deux dirigeants ont argué que leur proposition visait un réel gouvernement économique pour la zone euro, avec un président élu pour deux ans et demi.
Ils souhaiteraient que les leaders des 17 pays de la région se rencontrent deux fois par an afin d'établir les orientations politiques de la zone euro. Il s'agit d'une chose que la France demandait depuis longtemps et que Berlin refusait d'accepter, par peur d'empiéter sur l'indépendance de la Banque centrale européenne.
Ce rapprochement constitue une réponse aux nombreuses critiques exprimées par ceux qui pensent que la confiance des marchés dans la zone euro a été minée par des déclarations contradictoires, trop nombreuses ces derniers mois.
Julian Callow, éminent économiste européen chez Barclays Capital, a déclaré que même si les marchés avaient besoin de propositions plus élaborées, il était déjà significatif que les deux dirigeants aient interrompu leurs vacances d'été pour se rencontrer.
« Ils promettent un engagement pour la gouvernance économique, ce qui est un pas en avant, et ils s'engagent également à freiner les dettes, même s'il faudra attendre pour savoir ce qu'il en sera vraiment », a-t-il expliqué.
« Chaque partie cède un peu de sa souveraineté, ce qui pourrait à terme ouvrir la voie à une union politique plus étroite et ainsi préparer le terrain pour l'émission d'euro-obligations ».
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a également salué leurs propositions, les qualifiant d'importante étape politique. « Un format et une fréquence régulière des sommets de la zone euro, avec un président permanent, contribuent à un leadership politique stable et plus fort », a-t-il déclaré dans une déclaration conjointe avec Olli Rehn, le commissaire aux affaires économiques.
Frein sur les dettes
Dans ce qui apparaît comme une autre concession en faveur de l'Allemagne, M. Sarkozy a affirmé que si elle était adoptée, leur proposition visant à ce que les gouvernements de la zone euro introduisent des limites de déficit dans leur constitution serait obligatoire et non pas optionnelle.
Il a argué que l'euro avait permis de faire d'importants progrès économiques mais que la monnaie unique n'était pas uniquement un droit, qu'il s'agissait aussi d'un ensemble de règles à respecter, d'un devoir et d'une discipline. Par conséquent, a-t-il ajouté, si cette règle est adoptée par les 17 pays, elle ne sera pas optionnelle, elle sera obligatoire.
Cette proposition a été saluée par M. Barroso, qui l'a qualifiée d'« engagement politique encore plus ferme envers la soutenabilité des finances publiques ».
Le président français a déjà proposé d'introduire une « règle d'or » dans la constitution française, une proposition qui devra encore être votée au parlement et au sénat lors d'une réunion de « Congrès » ; l'opposition socialiste a d’ores et déjà affirmé qu’elle s’y opposerait.
Sommet d'octobre
Les propositions franco-allemandes seront examinées par M. Van Rompuy, qui est chargé d'élaborer un paquet sur la coordination économique pour le sommet de l'UE qui aura lieu au mois d'octobre.
Toutefois, de nombreux experts pensent que la seule manière d'assurer un financement abordable des pays les plus endettés de l'Union serait l'émission d'euro-obligations.
Des représentants de Paris et de Berlin ont déclaré, en amont de la réunion de mardi, que les euro-obligations ne seraient pas au programme, mais les marchés sont toutefois déçus.
« Plutôt que de nouveaux chèques de la part des principaux gouvernements européens, ce qu'attendaient certains marchés avec notamment l'émission d'euro-obligations, ils proposent une règle d'or sur la discipline budgétaire, une meilleure gouvernance économique et une nouvelle taxe sur les transactions financières », a expliqué Mohamed el-Erian, codirigeant du gérant obligataire Pacific Investment Management Co. en Californie.
Les Allemands sont dans l’ensemble opposés à l'attribution d'aides supplémentaires à leurs voisins plus faibles. Les données publiées mardi montrant que le PIB allemand avait à peine augmenté au second trimestre sont peut-être le signe d'un ralentissement de l'économie, ce qui rend le financement de la dette de la zone euro encore plus difficile à vendre politiquement.
M. Sarkozy et Mme Merkel avaient déjà prévu de se rencontrer cette semaine pour discuter de leurs propositions sur la gouvernance de la zone euro, mais les enjeux ont été plus importants que prévu, étant donné que la France a été malmenée par les marchés la semaine dernière.
Les investisseurs s'en sont pris aux actions des banques françaises, exposées à la dette italienne, suite à une rumeur selon laquelle la France pourrait perdre sa note AAA. Cette rumeur a été démentie par les agences de notation.
Cette vente massive a été la preuve que les marchés n'avaient pas été convaincus par l'accord du 21 juillet visant à attribuer de nouveaux pouvoirs au FESF et par les propositions à venir pour une meilleure gouvernance économique.
Certains pensent au contraire que les idées exprimées mardi seront bénéfiques pour l'euro.
« M. Sarkozy parle d'une gouvernance commune pour la zone euro, ce qui selon moi est un pas en avant vers une union budgétaire. C'est positif pour la zone euro dans son ensemble », a déclaré le stratège Richard Franulovich, de chez Westpac à New York.
EURACTIV avec Reuters – Article EURACTIV traduit de l'anglais par Amandine Gillet