Helmut Schmidt fustige une Banque fédérale allemande "réactionnaire"
L’ancien chancelier allemand s’est exprimé sur la situation politique et économique de l’Union européenne lors d’une conférence organisée par un think tank britannique.
L’ancien chancelier allemand s’est exprimé sur la situation politique et économique de l’Union européenne lors d’une conférence organisée par un think tank britannique.
« L’Europe manque de dirigeants », affirme l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt le 7 décembre lors d’un entretien accordé au think tank britannique Official Monetary and Financial Institutions Forum (OMFIF), et publié par le journal Le Monde.
L’ancien dirigeant allemand dresse un portrait sans concession de l’Union européenne et de ses acteurs. Selon lui, la crise que traverse actuellement l’UE découle de son histoire mais aussi des personnalités qui la dirigent aujourd’hui.
« Beaucoup de choses se sont passées [depuis les années 90, ndlr] et, dans le même temps, les personnalités capables de jouer un rôle dirigeant se sont faites de plus en plus rares », affirme Helmut Schmidt.
« Jacques Delors était quelqu’un de très important. Il a été remplacé par des gens dont personne ne connaît vraiment le nom », ajoute-t-il. Pour l’ancien chancelier, « la seule personnalité qui émerge dans les institutions européennes (aujourd’hui) est Jean-Claude Trichet ».
Accueillir n’importe qui
« Au fond d’eux-mêmes, ces gens sont des réactionnaires. Ils sont hostiles à l’intégration européenne », souligne-t-il à propos des dirigeants de la Banque fédérale allemande (Bundesbank).
« L’erreur a été commise à l’époque de Maastricht, en 1991-1992 », a-t-il expliqué. L’élargissement et l’introduction de l’euro ont été mis en place « sans préalablement modifier ni clarifier les règles », estime l’ancien chancelier allemand. « Nous pâtissons aujourd’hui directement des conséquences de cette omission à fixer des règles », ajoute-t-il.
Pour Helmut Schmidt, les États membres auraient dû « définir plus précisément les règles de conduite économique des participants » et limiter le nombre de pays dans la zone euro.
« Jusqu’à présent je reste totalement favorable à l’idée d’une monnaie commune », affirme l’ancien chancelier. Même si selon lui, » les dirigeants européens ont échoué à fixer des règles et ont commis l’énorme erreur d’accueillir n’importe qui ».
Sur le plan politique, Helmut Schmidt parie sur l’émergence d’un nouveau groupe moteur. »Ce noyau comprendrait les Français, les Allemands, les Néerlandais, préconise-t-il. Pour ce qui est des Italiens, j’ai quelques doutes. Je suis pratiquement sûr que les Britanniques n’en feront pas partie, et la même chose pourrait être vraie des Polonais. »
« Ce noyau dur ne se limiterait sans doute pas au domaine des monnaies, mais interviendrait probablement sur le terrain de la politique étrangère » explique-t-il.