Haro sur les films machos en Suède

Le cinéma suédois lance une nouvelle classification pour alerter sur les préjugés sexistes. Qui abondent dans Pulp Fiction, Star Wars ou Harry Potter.

EURACTIV.fr
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Le cinéma suédois lance une nouvelle classification pour alerter sur les préjugés sexistes. Qui abondent dans Pulp Fiction, Star Wars ou Harry Potter.

La législation progressiste de la Suède sur l'égalité des sexes est reconnue depuis longtemps.  Stockholm élargit à présent le débat à la sphère culturelle en utilisant une notation qui détermine le degré de sexisme d'un film.

Les notations permettent généralement d'indiquer si un film est vulgaire ou contient des scènes de nudité, de sexe ou de violence.

Mais pour les nouvelles productions, les choses se corsent. Si elles veulent obtenir un « A », elles devront réussir le « test de Bechdel ».

Soit trois critères :

  • y a-t-il au moins deux personnages féminins portant un nom féminin ?
  • ces deux femmes se parlent-elles ?
  • si oui, parlent-elles d'autre chose que d'un homme ?

Le système de notation a déjà été introduit sur base volontaire en octobre dans le pays scandinave. Objectif : sensibiliser les cinéphiles à la représentation des femmes dans les films.

Propagation à la Scandinavie

Ellen Tejle, directrice du Bio Rio à Stockholm, l'un des cinémas à l'origine du label explique à l'Associated Press que la plupart des visiteurs ont réagi de manière positive. L'initiative a permis à de nombreux autres d'« ouvrir les yeux ».

« La trilogie Le Seigneur des Anneaux, la saga Star Wars, The Social Network, Pulp Fiction et tous les Harry Potter, sauf un, ont échoué à ce test », précise-t-elle.

Les spectateurs voient rarement « une femme superhéros, une femme professeure ou une personne confrontée à des défis et capable de les surmonter », ajoute la directrice de cinéma. Cette situation influence les croyances relatives aux rôles des femmes dans la société.

Katrina Schelin explique au journal Politiken qu'elle introduira « sans aucun doute » le système de notation dans son cinéma à Herlev (Danemark).

« Il met en évidence un problème dont peu de gens sont conscients : seuls quelques films montrent le monde d'un point de vue féminin », ajoute-t-elle.

« Après le test, cette notation indique que [dans ce film] les femmes ne sont pas seulement des objets. Nous estimons qu'il s'agit d'une bonne initiative pour lancer un débat. Elle attirera l'attention sur les stéréotypes dans les films. Les productions cinématographiques reflètent notre réalité et le test facilitera l'engagement d'une conversation », poursuit-elle.

D'Hollywood à l'Europe

L'Institut du film suédois de Stockholm a approuvé cette initiative. La chaîne de télévision Viasat Film l'a reprise et diffusera le 17 novembre des films ayant obtenu le label « A », comme The Hunger Games, La Dame de fer et Savages.

Selon des études américaines, les femmes sont sous-représentées à l'écran et la situation n'a pas beaucoup évolué ces 60 dernières années.

Dans le top 100 des films américains en 2011, les femmes représentaient 33 % des personnages et seulement 11 % des protagonistes, d'après une étude du Center for the Study of Women in Television and Film.

L'actrice américaine Jada Pinkett Smith a confié à l'Associated Press qu'elle était ravie de cette initiative.

« Un système de notation féministe ? C'est très intéressant ! Voyons si ça marche ! », s'est-elle exclamée.

Le critique de cinéma suédois Hynek Pallas désapprouve toutefois le test de Bechdel. Il estime que « beaucoup trop de films qui réussissent le test Bechdel n'aident pas à rendre la société plus égalitaire, tandis que beaucoup de films qui échouent sont fantastiques pour cela ».

Le test de Bechdel ne mesure nullement la qualité d'un film, mais l'objectif est de voir plus d'histoires et de perspectives féminines sur les écrans de cinéma, selon le critique.

EURACTIV a demandé à la commissaire en charge de la justice, Viviane Reding, si elle aimerait introduire ce système de notation à l'échelle européenne. La commissaire n'a pas mentionné le système suédois, mais a fait référence à d'anciennes déclarations sur le rôle des médias dans la promotion de l'égalité des sexes/