Hannes Swoboda : Les « sauterelles » de la Troïka ne sauveront pas la Grèce
Les membres socialistes du Parlement européen ont créé une « autre Troïka » dans le but de trouver des solutions pour la Grèce au-delà des mesures d'austérité. Le leader du groupe va jusqu'à comparer l'actuel Troïka à des « sauterelles ». Les inquiétudes des socialistes à propos de la Grèce ont été largement relayées par d'autres chefs de groupes politiques au Parlement. Un reportage d'EURACTIV France depuis Strasbourg.
Les membres socialistes du Parlement européen ont créé une « autre Troïka » dans le but de trouver des solutions pour la Grèce au-delà des mesures d'austérité. Le leader du groupe va jusqu'à comparer l'actuel Troïka à des « sauterelles ». Les inquiétudes des socialistes à propos de la Grèce ont été largement relayées par d'autres chefs de groupes politiques au Parlement. Un reportage d'EURACTIV France depuis Strasbourg.
Il y a quelques mois, ceux contre un remède à base d'austérité uniquement pour la Grèce se faisaient rares au Parlement européen.
Les images des manifestations dans les rues d'Athènes en feu ont cependant choqué lors de leur diffusion dimanche dernier (12 février), date à laquelle le parlement grec a adopté le nouveau programme d'austérité exigé par la Troïka (voir « Contexte »)
Hannes Swoboda, eurodéputé autrichien récemment élu à la tête du groupe des Socialistes et des Démocrates (S&D) au Parlement européen, a déclaré hier (15 janvier) que son groupe créerait sa propre « Troïka » pour aller en Grèce et proposer un autre plan.
Les « sauterelles » de la Troïka
Le leader du second groupe au Parlement n'a pas mâché ses mots. « Nous avons vu ce que les sauterelles telles que les hedge funds peuvent faire dans le monde de la finance. Nous ne voulons pas d'une nouvelle invasion de sauterelles sous la forme d'une troïka […] qui descendraient sur le pays pour imposer leurs lois », a-t-il déclaré.
« Cela reviendrait à imposer la dictature au lieu d'établir des liens de coopération avec un des Etats membres de l'Union européenne. »
M. Swoboda préfèrerait une sorte de « plan Marshall » pour la Grèce. La Troïka socialiste sera composée des eurodéputés Elisa Ferreira du Portugal, Robert Goebbels du Luxembourg et Ivailo Kalfin de Bulgarie.
L'actuelle Troïka est composée des institutions qui supervisent l'aide à la Grèce, à savoir la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international.
Guy Verhofstadt, un eurodéputé belge qui dirige le groupe des libéraux au Parlement, avait présenté une autre alternative, le « Plan herculéen » en juin dernier.
Les Verts plaident pour le « pardon des pêchés »
Le discours des Verts au Parlement s'est également radicalisé. « Nous imposons une décroissance brutale à la Grèce avec laquelle personne ne pourrait survivre », a déclaré le coprésident du groupe et eurodéputé français Daniel Cohn-Bendit.
« Il faut aujourd'hui trouver un plan pour annuler la dette, réformer les institutions de l'Etat et faire un plan Marshall. »
M. Cohn-Bendit a ajouté que la Grèce avait participé à hauteur de 60 milliards d'euros pour effacer la dette de l'Allemagne, alors que le pays avait « détruit l'Europe ».
L'autre leader des Verts, l'eurodéputée allemande Rebecca Harms, a adopté un ton similaire. « Après la deuxième guerre mondiale, les Allemands ne pouvaient que réussir parce qu'on a pardonné leurs pêchés », a-t-elle déclaré.
La Grèce « va droit dans le mur »
Les inquiétudes sur les conséquences de l'austérité sont également palpables au sein du Parti populaire européen (PPE) de centre-droit, le plus grand groupe au Parlement.
« Nous ne pouvons pas réduire les salaires de 10 %. Nous devons penser différemment ou nous irons droit dans le mur », a déclaré l'eurodéputé français et leader du PPE Joseph Daul. « Le paquet présenté à ce stade n'est pas à la hauteur des enjeux. Il faut faire des propositions pour la croissance et l'emploi. »
Le pays ne peut toutefois pas compter sur de nombreuses sources de croissance. Interrogés par la presse, les eurodéputés français de gauche et de droite sont restés vagues dans leurs réponses.
« Il faut plus d'autorité sur le gouvernement grec et que l'Europe ne se borne pas à des conférences téléphoniques », a déclaré l'eurodéputé Jean-Paul Gauzès (PPE). Il a également conseillé au pays de miser sur le tourisme.
En tant que membre de la zone euro, la Grèce ne peut pas dévaluer sa monnaie pour rendre son pays économiquement plus attractif pour les vacanciers étrangers. De nombreux économistes affirment depuis longtemps qu'un retrait de la Grèce de la zone euro pourrait provoquer une crise financière à l'échelle du continent tout entier.
De son côté, Neelie Kroes, la commissaire européenne en charge de la stratégie numérique, a déclenché un buzz médiatique la semaine dernière lorsqu'elle a laissé entendre que la zone euro pourrait survivre au départ de la Grèce. Les autres fonctionnaires européens ont rapidement pris leurs distances vis-à-vis de ces déclarations.