Günther Öttinger en faveur de tests de résistance sur les centrales nucléaires européennes

Le commissaire européen à l’énergie, Günther Öttinger, a convoqué les ministres à la hâte hier (15 mars) pour une réunion sur la mise en place de « tests de résistance » de sécurité sur les centrales nucléaires européennes. Il a salué les normes de sécurité actuellement en place dans les Etats européens, mais a parallèlement confié aux médias allemands que l’Europe devait envisager « la possibilité d’un avenir » sans énergie nucléaire.

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Le commissaire européen à l’énergie, Günther Öttinger, a convoqué les ministres à la hâte hier (15 mars) pour une réunion sur la mise en place de « tests de résistance » de sécurité sur les centrales nucléaires européennes. Il a salué les normes de sécurité actuellement en place dans les Etats européens, mais a parallèlement confié aux médias allemands que l’Europe devait envisager « la possibilité d’un avenir » sans énergie nucléaire.

Avec en arrière-plan la résilience japonaise face à ce qui apparaît comme la pire catastrophe nucléaire mondiale depuis Tchernobyl, il y a 25 ans (voir « Background »), l’Europe semble être prise de panique sans raison.

Günther Öttinger a présidé une réunion agitée qui rassemblait des ministres, des diplomates, des régulateurs et des représentants d’entreprises énergétiques exploitant des centrales nucléaires, qui s’est tenue à Bruxelles hier, et a été suivie d’un débat des eurodéputés au Parlement européen.

Malgré le manqué d’informations sur la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima, Günther Öttinger a rapidement évalué le niveau de la catastrophe japonaise à 6 sur une échelle internationale de 7 niveaux. Le désastre de Tchernobyl est le seul à avoir atteint un niveau de sept sur cette échelle mondiale, suivi de l’accident de Three Mile Island aux Etats-Unis en 1979, qui avait été évalué à 4 sur 7.

 « Je ne veux pas imaginer le pire mais cela est possible », a-t-il dit, laissant supposer la possibilité d’une détérioration de la situation au Japon.

Par mesure de sécurité, les ministres et les experts ont décidé de mettre en place des « tests de résistance » sur les 195 centrales nucléaires en Europe. L’UE compte 134 centrales dans quatorze pays.

Une proposition anti-nucléaire

Des heures après la fin de la réunion, les porte-parole de la Commission n’avaient aucune idée de la nature de ces « tests de résistance ». On a plutôt conseillé aux journalistes de poser la question aux autorités autrichiennes.

Le ministre de l’environnement, Nikolaus Berlakovich a demandé ces tests de résistance dimanche (13 mars) pour s’assurer que les centrales nucléaires étaient capables de résister aux séismes, suite au tremblement de terre et au tsunami qui ont frappé le Japon de plein fouet. L’Autriche, un pays montagneux riche en énergie géothermale, ne possède aucune centrale nucléaire et n’a pas l’intention de développer cette forme d’énergie.

Günther Öttinger est sorti de la réunion en annonçant que la décision de mettre en place des tests de résistance avait été adoptée sans aucune opposition. Les détails de ces tests de résistance seront déterminés lors d’une autre réunion en avril, a-t-il déclaré.

D’ici le mois de juillet de cette année, les tests de résistance auront été adoptés et ils seront mis en place au cours du second semestre, a-t-il insisté, expliquant que leur application serait volontaire, car dans le cadre de la législation européenne, la sécurité nucléaire est un domaine de compétences partagées entre l’UE et ses Etats membres.

La cible des tests de résistance diffèrera en fonction des conditions locales, prenant en compte la situation sismique et les risques d’inondation. Les critères utilisés seront les critères les plus stricts appliqués dans chaque Etat membre, a-t-il expliqué.

Günther Öttinger a également déclaré que l’on attendrait des pays qui ne font pas partie de l’UE, comme la Suisse ou la Russie, qu’ils conduisent aussi de tels tests selon les normes européennes. Il a également laissé entendre que ces pays pourraient participer à l’élaboration des critères pour ces tests.

 « Nous devons mettre en commun ces tests de résistance et la Russie constitue ici un partenaire. Il est important d’exporter ces tests de résistance et au vu de notre relation avec la Russie, nous devrions voir si cela est possible », a déclaré Günther Öttinger aux eurodéputés.

La sécurité nucléaire sera naturellement un des sujets du sommet européen des 24 et 25 mars, a prévu Günther Öttinger.

Contexte d’élections

La chancelière allemande, Angela Merkel, a annoncé lundi la fermeture de sept des centrales nucléaires déjà anciennes du pays, une décision perçue comme une tentative désespérée d’éviter une défaite aux élections régionales.

Cette décision a étonné les Allemands car elle annonce la suspension d’une décision impopulaire de la coalition à l’automne dernier, selon laquelle la durée d’exploitation des 17 centrales nucléaires allemandes était prolongée de plusieurs années.

Günther Öttinger, un proche allié de Mme Merkel, a confié aux médias allemands que l’Europe devait se demander si elle pourrait se passer de l’énergie nucléaire un jour.

« Nous devons également savoir si, en Europe, dans un avenir proche, nous serons capables d’assurer les besoins en énergie sans le nucléaire », a-t-il déclaré à la radio ARD.

Dans un autre entretien accordé à EURACTIV, Günther Öttinger a adopté une approche complètement différente. A la question de savoir si les Etats européens avaient prêté suffisamment d'attention à la sécurité nucléaire récemment, il a répondu : « c’est un sujet très sensible actuellement et je pense que l’Europe possède un très haut niveau de sécurité dans tous ses Etats membres, oui ».

Les centrales nucléaires bulgares incriminées

Lors d’un entretien pour les médias allemands, Günther Öttinger a déclaré que les projets bulgares de construction d’une centrale à Belene, sur le Danube, devraient être réévalués. Il a ajouté qu’il existait des problèmes concernant le financement du projet.

La porte-parole de Günther Öttinger, Marlene Holzner a déclaré à EURACTIV que Belene était « dans les limbes », non pas à cause de la Commission mais parce que le projet de l’entreprise russe Rosatom n’avait pas trouvé d’investisseur européen.

« Une fois qu'il y aura un investisseur et que nous aurons accès au projet, nous l'évaluerons et rendrons notre avis », a déclaré Mme Holzner.

Le ministre de l’énergie bulgare, Traicho Traikov, qui a assisté à la réunion présidée par Günther Öttinger, a rapidement fait machine arrière, déclarant que le réacteur prévu pour Belene pourrait plutôt être utilisé à la centrale de Kozloduy.

Belene est situé dans une zone plus sismique que Kozloduy, a-t-il expliqué.

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