Guerre en Ukraine : Moscou cible délibérément l’approvisionnement alimentaire pour créer une famine

Selon le commissaire européen à l’Agriculture, la Russie s’en prendrait délibérément à l’approvisionnement alimentaire de l’Ukraine afin de créer la famine dans le pays. Il a établi un parallèle entre la situation actuelle et l’Holodomor.

EURACTIV.com
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Monument aux victimes de l'Holodomor à Kiev, en Ukraine, commémorant les millions de personnes qui ont perdu la vie à cause de la famine entre 1932 et 1933. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/kyiv-ukraine-nov-27-2021-monument-2083260634" target="_blank" rel="noopener">SHUTTERSTOCK</a>]

Selon le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, la Russie s’en prendrait délibérément à l’approvisionnement alimentaire de l’Ukraine afin de créer la famine dans le pays. Il a établi un parallèle entre la situation actuelle et la grande famine des années 1930, l’« Holodomor ».

Le commissaire européen a déclaré que les attaques délibérées de la Russie à l’encontre des infrastructures agricoles ukrainiennes lui avaient été confirmées à de multiples reprises par ses homologues ukrainiens, notamment lors de discussions cette semaine avec le ministre ukrainien de l’Agriculture, Roman Leshchenko.

« Il n’y a qu’une seule interprétation [des actions de la Russie], c’est qu’elle veut créer la famine et l’utiliser comme moyen d’agression », a affirmé le commissaire lors d’une conférence de presse marquant le dévoilement de la communication de l’exécutif européen sur la sécurité alimentaire, mercredi (23 mars).

M. Wojciechowski a déclaré que la Russie avait délibérément ciblé de grands élevages de volailles, ce qui a eu des « conséquences dramatiques » pour l’environnement.

Dans le même temps, le commissaire européen chargé du Commerce, Valdis Dombrovskis, a déclaré que la Russie « semble cibler et détruire délibérément les stocks et le stockage de nourriture de l’Ukraine ».

« L’agression incessante de la Russie ne signifie pas seulement davantage de pénuries alimentaires pour les Ukrainiens qui souffrent, elle signifie également des ruptures d’approvisionnement qui affectent le monde entier, en particulier les pays à faibles revenus qui doivent maintenant payer plus cher leurs importations de produits alimentaires de base », a-t-il averti.

Ce faisant, M. Wojciechowski a déclaré que la Russie utilisait les terres comme une « arme ».

« Ces terres sont utilisées comme une arme contre son propre peuple, elles sont utilisées comme une arme de famine contre les personnes les plus vulnérables du monde », a-t-il expliqué, ajoutant que ce n’est « pas la première fois » que la Russie utilise cette méthode consistant à s’attaquer au système alimentaire pour créer la famine.

Le commissaire a déclaré qu’il s’agissait là d’un phénomène similaire à la méthode utilisée dans les années 1930 par le régime soviétique contre l’Ukraine et le Kazakhstan : l’Holodomor

L’Holodomor, combinaison des mots ukrainiens « famine » et « causer la mort », fait référence à la famine intentionnellement provoquée en Ukraine soviétique de 1932 à 1933.

La combinaison du rejet de l’aide extérieure, de la confiscation de toutes les denrées alimentaires des ménages et de la restriction des mouvements de population, a contribué au fait que cette famine sans précédent a entraîné la mort de millions d’Ukrainiens et de Kazakhs par manque de nourriture.

Depuis 2006, l’Ukraine et 15 autres pays ont reconnu l’Holodomor comme un génocide du peuple ukrainien perpétré par le gouvernement soviétique.

« Des millions de personnes sont mortes dans ce pays [qui] disposait pourtant de terres de la plus haute qualité et de la possibilité de produire des aliments sans engrais », a souligné le commissaire, mettant en garde contre les conséquences potentielles des actions de la Russie.

Dans le cadre des efforts déployés pour soutenir l’Ukraine, la Commission a défini un programme d’aide d’urgence de l’UE doté de 330 millions d’euros afin de garantir l’accès aux biens et services essentiels et de protéger la population.

Dans le même temps, la communication de l’exécutif européen sur la sécurité alimentaire dans le contexte de la guerre, publiée mercredi 23 mars, indique qu’« il convient d’accorder une attention particulière aux personnes les plus vulnérables, y compris les réfugiés d’Ukraine ».

« Nous ne laisserons pas l’Ukraine faire cavalier seul face à l’agression russe », a soutenu le commissaire européen à l’Agriculture, précisant que la « priorité de l’UE est de veiller à ce que les Ukrainiens aient suffisamment de nourriture, de carburant et d’eau ».

La Commission entend également aider les Ukrainiens à continuer à planter et à cultiver des céréales et des oléagineux, dont ils ont grand besoin pour leur propre consommation, ainsi qu’à faciliter les exportations vers le reste du monde.

S’exprimant lors du Conseil européen de l’agriculture lundi 21 mars, le ministre ukrainien de l’Agriculture, Roman Leshchenko, a expliqué que les entreprises alimentaires ukrainiennes qui distribuent gratuitement de la nourriture aux civils étaient sur le point de s’effondrer, leurs réserves devant être épuisées dans un ou deux mois.