Guerre commerciale : l'UE menace de taxer automobiles et avions américains

L'UE a menacé jeudi 8 mai d'imposer des droits de douane sur 95 milliards d'euros d'importations américaines en cas d'échec des négociations pour mettre fin à la querelle commerciale lancée par Donald Trump.

/ AFP / EURACTIV.com
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Les nouveaux droits de douane proposés par la Commission toucheraient les avions, les voitures, mais également certains alcools américains, tels que le bourbon, et des produits alimentaires. [Getty Images/Julia Beverly]

L’UE a menacé jeudi 8 mai d’imposer des droits de douane sur 95 milliards d’euros d’importations américaines en cas d’échec des négociations pour mettre fin à la querelle commerciale lancée par Donald Trump.

Bruxelles avait déjà menacé d’imposer des sanctions sur 21 milliards d’euros de produits américains, mais la nouvelle annonce pourrait avoir un impact sur 95 milliards d’euros supplémentaires d’exportations américaines vers l’Europe. Néanmoins, les deux ripostes envisagées par l’UE restent bien inférieures aux 380 milliards d’euros de produits européens déjà touchés par les droits de douane américains.

Au cours des derniers mois, l’UE a été frappée à trois reprises par des droits de douane de l’administration américaine : 25 % sur l’acier et l’aluminium, annoncés mi-mars, 25 % sur les automobiles, puis 20 % sur tous les autres produits européens, en avril.

Cette dernière surtaxe a été suspendue jusqu’en juillet pour tenter de rechercher une issue négociée au différend commercial. Mais des droits de douane « universels » de 10 % restent tout de même appliqués sur la plupart des biens exportés outre-Atlantique par les Vingt-Sept.

Les surtaxes européennes restent quant à elles suspendues aux négociations en cours et ne seront appliquées qu’en cas d’échec des discussions.

« Ce n’est pas nous qui avons commencé », a rappelé un haut fonctionnaire de la Commission suite à l’annonce de mercredi.

« Il n’est pas possible de dire aujourd’hui ce que nous ferons, nous nous concentrons sur un résultat négocié. Si nous avons des droits de douane nuls en juillet, nous partirons tous en vacances. Nous devons nous préparer à une situation où certains droits de douane seront toujours en vigueur », a-t-il ajouté.

Le responsable de la Commission a ajouté qu’il pensait que la taxe américaine de 10 % pourrait être négociée, mais que ses droits de douane de 25 % sur l’acier, l’aluminium et les voitures européens resteraient probablement en vigueur.

Les nouveaux droits de douane proposés par la Commission toucheraient les avions, les voitures, mais également certains alcools américains, tels que le bourbon, et des produits alimentaires.

Ainsi, quelque 1,3 milliard d’euros d’exportations d’alcool, 8,5 milliards d’euros d’exportations d’avions, 7,2 milliards d’euros d’équipements électriques et 6,4 milliards d’euros d’exportations agroalimentaires seraient visés, a précisé le fonctionnaire.

Le paquet comprend également des restrictions potentielles à l’exportation de ferraille et de produits chimiques pour un montant de 4,4 milliards d’euros.

Ces produits ont été choisis parce qu’ils sont considérés comme essentiels pour les industries américaines, mais ne constituent « pas un marché aussi important pour nos exportations », a déclaré le deuxième responsable de la Commission.

Différend commercial avec Boeing

L’exécutif européen a annoncé avoir ouvert « une consultation publique » sur une longue liste de produits fabriqués aux États-Unis qui seraient potentiellement touchés par des droits de douane européens. Les entreprises européennes ont un mois pour se prononcer sur cette liste avant que la Commission ne prenne une décision, probablement en juillet, sur leur imposition.

Les droits de douane que l’UE menace d’imposer à l’entreprise américaine Boeing pourraient raviver un différend commercial qui oppose depuis des décennies le constructeur américain et son rival européen, Airbus. En 2021, Washington et Bruxelles avaient convenu de suspendre les droits de douane sur les deux entreprises jusqu’en 2026.

« Boeing est tout à fait invité à faire part de ses commentaires sur cette liste », a commenté un deuxième responsable de la Commission.

Plainte auprès de l’OMC

Par ailleurs, la Commission a annoncé jeudi qu’elle déposerait une plainte officielle auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) contre les droits de douane sur les voitures et les droits « réciproques » imposés par Donald Trump. Ces taxes « violent de manière flagrante les règles fondamentales de l’OMC », estime l’exécutif européen.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a toutefois assuré qu’elle restait « pleinement engagée » dans la recherche de solutions négociées avec Washington.

« Nous pensons qu’il est possible de conclure de bons accords au bénéfice des consommateurs et des entreprises des deux côtés de l’Atlantique. Dans le même temps, nous continuons à nous préparer à toutes les éventualités », a-t-elle déclaré dans un communiqué.

Cette annonce fait suite à des informations selon lesquelles la Commission européenne s’apprêtait à imposer des droits de douane sur 100 milliards d’euros de produits américains si Washington maintient les surtaxes visant les exportations de l’UE au terme des négociations en cours.

La Commission a suspendu le mois dernier le paquet de mesures de rétorsion sur 21 milliards d’euros de produits américains après que le président américain a annoncé une « pause » de 90 jours sur la plupart des droits de douane réciproques.

Les exportateurs européens pourraient être soumis à des droits de douane sur 97 % de leurs exportations vers les États-Unis, soit 549 milliards d’euros de marchandises, si Donald Trump met à exécution sa promesse d’imposer des droits de douane supplémentaires sur les produits pharmaceutiques, les semi-conducteurs et le bois, a déclaré cette semaine le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]