Groenland : l’Europe affiche son unité mais renvoie la crise dans le giron de l’OTAN
Face aux déclarations de Donald Trump sur une possible prise de contrôle américaine du Groenland, les capitales européennes ont opté pour une stratégie de retenue. Tout en affirmant leur soutien au Danemark, elles ont évité toute confrontation directe avec Washington et ont fermement replacé le débat dans le cadre de l’OTAN, écartant toute escalade militaire.
« Le Groenland fait partie du Danemark, et toute modification de son statut relève de la seule décision des Groenlandais et des Danois », a insisté la Commission européenne, reflétant une position qui a trouvé un écho dans toutes les capitales européennes depuis la résurgence des ambitions américaines.
Cette réponse collective met en lumière un dilemme stratégique pour l’Europe. Les dirigeants ont rapidement exprimé leur solidarité avec Copenhague, mais ont tout aussi rapidement transféré la question vers l’Alliance atlantique de l’OTAN, affichant une unité politique tout en évitant un affrontement direct avec les États-Unis.
L’Allemagne a été l’un des premiers pays à présenter explicitement cette question comme relevant de l’Alliance. Le ministre des Affaires étrangères Johann Wadephul a déclaré que le Groenland faisant partie du royaume danois, il relevait de la défense collective de l’OTAN, ajoutant que toute modification de son dispositif de sécurité devrait être discutée au sein de l’Alliance. Le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a tenu des propos similaires, qualifiant le territoire de « question relevant de l’OTAN » qui doit être traitée en interne.
La France, quant à elle, est discrètement revenue sur ses précédentes déclarations concernant les options militaires. Alors que le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot avait évoqué l’année dernière l’idée de déployer des troupes européennes au Groenland si les intérêts sécuritaires étaient menacés, une source du gouvernement français a déclaré que Paris avait simplement examiné les scénarios d’urgence avec le Danemark, sans demander de soutien. « Rien n’a été exclu », a affirmé la source, ajoutant que la doctrine de la France n’avait pas changé.
La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a adopté un ton plus direct. Elle a averti qu’une intervention militaire américaine contre le Groenland porterait atteinte aux fondements de l’ordre sécuritaire d’après-guerre. « Si les États-Unis décident d’attaquer militairement un autre pays de l’OTAN, tout s’arrêterait, y compris l’OTAN et donc la sécurité d’après-guerre », a-t-elle déclaré, exhortant Washington à abandonner toute discussion sur l’annexion.
Pour l’instant, la réponse de l’Europe s’est limitée à des assurances politiques. Les gouvernements nordiques, ainsi que Berlin, Paris et Londres, ont soutenu diplomatiquement le Danemark, mais sans signaler d’engagements militaires concrets.
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Le président américain a justifié son intérêt pour le Groenland en soulignant l’activité croissante de la Russie et de la Chine dans la région de l’Arctique.
Si l’OTAN a refusé d’évaluer directement les affirmations de Donald Trump à ce sujet, l’Alliance a confirmé que le Kremlin maintenait une présence navale dans la région et qu’elle surveillait les navires de recherche et les garde-côtes chinois, ainsi que la coopération croissante entre Moscou et Pékin.
Pourtant, la prudence des messages européens trahit une réalité plus profonde. Lorsqu’un président américain menace ouvertement le territoire d’un allié de l’OTAN, l’instinct de l’Europe n’est pas de défier Washington frontalement, mais de gérer les retombées — ce qui rappelle que même si elle vante son autonomie stratégique, le continent manque encore d’alternatives crédibles à la puissance américaine.
Thomas Møller-Nielsen, Robert Hodgson, Aurélie Pugnet et Laurent Geslin ont contribué à la rédaction de cet article.