Groenland : les relations avec Copenhague, principal enjeu des élections législatives

Les Groenlandais se rendent mardi aux urnes pour élire leurs députés. Alors que le monde entier se focalise sur l'intérêt des États-Unis pour l'île arctique, les électeurs sont davantage préoccupés par les relations avec Copenhague.

EURACTIV.com
Parties hold debate ahead of elections in Greenland
Des personnes assistent au débat électoral à GUX à Nuuk, au Groenland, le 8 mars 2025. Les élections législatives auront lieu le 11 mars 2025. [[EPA-EFE/Mads Claus Rasmussen DENMARK OUT]]

Les Groenlandais se rendent mardi aux urnes pour élire leurs députés. Alors que le monde entier se focalise sur l’intérêt des États-Unis pour l’île arctique, les électeurs sont davantage préoccupés par les relations avec Copenhague.

Les 56 000 habitants de l’île autonome du Groenland, sous souveraineté danoise, ne sont certainement pas habitués à voir des journalistes du New York Times, de Deutsche Welle, de Fox News et d’Euractiv arpenter les rues de Nuuk.

Cela a changé lorsque Donald Trump Jr. a effectué une visite surprise dans la capitale en janvier, suivie des remarques incendiaires de son père sur l’acquisition de la nation inuite — allant même jusqu’à refuser d’exclure le recours à la force militaire pour l’obtenir.

Les responsables groenlandais ont rejeté à maintes reprises les avances américaines, un sondage de janvier ayant révélé que pratiquement aucun Groenlandais ne souhaite que le pays fasse partie des États-Unis.

En effet, contrairement à ce que la couverture médiatique internationale des affaires groenlandaises pourrait laisser croire, les élections d’aujourd’hui ne sont pas un référendum sur l’indépendance ou l’adhésion du Groenland aux États-Unis.

Il s’agit de redéfinir les liens avec Copenhague. Cela est apparu clairement lors du dernier débat de samedi entre les chefs de parti à Nuuk, où les États-Unis ont à peine été mentionnés, contrairement au Danemark.

Mécontentement vis-à-vis de Copenhague

La campagne électorale a mis en évidence un mécontentement croissant vis-à-vis du Danemark, aggravé par une polémique cinématographique qui a touché un point sensible des relations entre le Danemark et le Groenland. La controverse a renforcé le sentiment que le Groenland est le partenaire le moins important dans une supposée union d’égaux.

Au mois de février, la chaîne publique danoise DR (Danmarks Radio) a diffusé Greenland’s White Gold, un documentaire sur une mine de cryolite danoise aujourd’hui fermée.

Le reportage affirmait que l’exploitation de la mine avait généré environ 54 milliards d’euros pour l’entreprise et l’État danois. Pour les Groenlandais, c’était l’occasion pour les Danois de réfléchir aux ressources extraites de leur ancienne colonie.

Cependant, après une série de déclarations des experts du documentaire critiquant ce chiffre, la DR a finalement retiré le programme. Un sondage a révélé que 36 % des Groenlandais ont estimé que le documentaire avait eu un impact sur leur intention de vote le jour des élections.

Un seul sondage d’opinion a été réalisé depuis que le Premier ministre groenlandais Múte B. Egede a convoqué les élections en février, et celui-ci révèle que le parti de gauche, la Communauté du peuple (IA), est en tête.

Le parti est actuellement au pouvoir dans le cadre d’une coalition avec le parti social-démocrate Siumut, détenant 21 des 31 sièges. Les deux partis soutiennent l’indépendance, mais insistent sur le fait qu’elle devrait se faire progressivement, à mesure que le Groenland réduit sa dépendance à l’égard de l’aide annuelle de 500 millions d’euros du Danemark.

Au total, sur les six partis en lice, cinq souhaitent l’indépendance du Danemark, mais seulement à un moment donné. Même les plus ardents partisans de l’indépendance, Naleraq et Demokraatit, préconisent de rester dans le royaume danois pour l’instant.

Légalement, en vertu de la loi danoise de 2009 sur l’autonomie du Groenland, le pays peut déclarer son indépendance vis-à-vis de Copenhague après un référendum sur l’île.

Cependant, 85 % des Groenlandais accordent la priorité au bien-être, à l’éducation et à la santé, selon une enquête menée par Verian pour le journal local Sermitsiaq.

Ainsi, bien que les Groenlandais soient frustrés par Copenhague, la résolution des problèmes sociaux passe avant la séparation.

Comme l’a résumé un journaliste groenlandais à Euractiv : « La meilleure chose à faire est de menacer de rester », car le fait de maintenir le Danemark dans l’incertitude quant aux intentions à long terme du Groenland renforce la position de négociation de ce dernier.

(sn)