Grippe aviaire : le risque de transmission aux humains augmente

Dans un nouveau rapport, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (CEPCM) et l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) affirment que l’augmentation des mutations de la grippe aviaire constitue une menace croissante pour la transmission de la maladie aux humains en Europe.

EURACTIV.com
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Le 6 janvier, le ministère de la Santé de Louisiane a annoncé le décès d’un patient hospitalisé pour la grippe aviaire H5N1, une première dans le pays. [Uli Deck/picture alliance via Getty Images]

Dans un nouveau rapport, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) et l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) affirment que l’augmentation des mutations de la grippe aviaire constitue une menace croissante pour la transmission de la maladie aux humains en Europe.

Le risque pour la population générale est toujours considéré comme « faible », mais l’agence sanitaire a découvert 34 mutations génétiques potentielles qui pourraient accroître la possibilité de transmission de la grippe aviaire de l’animal aux humains.

Cette découverte remet en question la capacité de l’Union européenne (UE) à faire face à de nouvelles épidémies.

« L’évolution de la situation mondiale nous oblige à rester vigilants et à nous assurer que l’Europe est prête à répondre à la menace de la grippe aviaire », a souligné Pamela Rendi-Wagner, directrice de l’ECDC.

Selon Bernhard Url, directeur exécutif par intérim de l’EFSA, « en 2024, les virus de la grippe aviaire ont étendu leur portée, infectant des espèces qui n’étaient pas touchées auparavant », ajoutant que la collaboration et le partage de données avec d’autres acteurs étaient cruciaux.

Depuis l’annonce de l’épidémie dans les troupeaux laitiers américains l’année dernière, plus de 944 troupeaux dans 16 États ont été contaminés.

Pas de frontières

Lundi, l’Agence britannique de sécurité sanitaire a confirmé un rare cas humain de grippe aviaire en Angleterre. Le patient, infecté par le génotype DI.2, qui circule actuellement chez les oiseaux au Royaume-Uni, avait eu un « contact étroit et prolongé » avec plusieurs oiseaux infectés.

Bien que ce cas soit différent de celui qui s’est propagé de l’animal aux humains aux États-Unis l’année dernière, les scientifiques affirment que le monde n’est plus qu’à quelques sous-types près de la propagation de la grippe aviaire entre les humains.

Le ministre britannique de la Santé publique, Andrew Gwynne, a déclaré que le Royaume-Uni avait récemment augmenté par précaution son stock de vaccins contre la grippe aviaire.

Cette évolution n’est pas de bon augure.

De l’autre côté de l’Atlantique, la nouvelle administration américaine a récemment interrompu la communication de toutes les agences fédérales de santé sur les nouveaux sous-types de grippe aviaire. Robert Francis Kennedy Jr, le candidat au ministère américain de la Santé et des Services sociaux, n’a d’ailleurs pas assisté à la première réunion pour discuter de la préparation à l’urgence en matière de grippe aviaire.

Le 6 janvier, le ministère de la Santé de Louisiane a annoncé le décès d’un patient hospitalisé pour la grippe aviaire H5N1, une première dans le pays.

Selon un porte-parole, la Commission suit la situation « de très près », y compris toute évolution génétique potentielle du virus. « Trois contrats de passation de marchés conjoints pour l’achat de vaccins contre la pandémie de grippe sont déjà en place ».

L’un d’eux est conclu entre l’Autorité européenne de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire (HERA) et la société pharmaceutique CSL Seqirus, au nom de 15 États membres de l’UE.

Le contrat, annoncé en juin dernier, couvre actuellement 665 000 doses, avec la possibilité d’acheter 40 millions de doses supplémentaires au cours des quatre prochaines années.

Edoardo Colzani, responsable des virus respiratoires à l’ECDC, indique que le vaccin régulier contre la grippe saisonnière et d’autres antiviraux pourraient être envisagés, conformément aux « recommandations nationales ». À ce stade, la vaccination contre le virus H5 devrait être considérée comme une mesure complémentaire.

« À l’heure actuelle, les preuves sont insuffisantes pour recommander la vaccination contre la grippe zoonotique dans tous les États membres de l’UE/EEE », affirme Edoardo Colzani.

Les Finlandais ont déjà demandé l’utilisation des vaccins pour la vaccination volontaire des personnes travaillant en contact étroit avec des animaux.

Mise à l’épreuve

Pour de nombreux experts de la santé, la grippe aviaire est un terrain d’essai pour l’approche tant vantée « One Health » (« Une seule santé »), qui considère que la santé animale, humaine et environnementale sont étroitement liées.

Le rapport présente cinq scénarios dans lesquels la grippe aviaire pourrait se propager : via des foyers présumés chez des animaux, sauvages ou domestiques, via des cas humains, ou via les eaux usées ou l’environnement.

L’ECDC a exhorté la Commission à adopter une approche « coordonnée » de l’initiative One Health en investissant dans des tests génétiques pour détecter de nouveaux sous-types, dans une surveillance rigoureuse des exploitations agricoles, dans la sensibilisation des groupes à haut risque (par exemple, les travailleurs du secteur de la volaille) et dans la formation du personnel de santé afin qu’il puisse reconnaître les symptômes de cette grippe.

Mais avec le nouveau commissaire européen à la Santé, Olivér Várhelyi, et la création d’une commission Santé (SANT) à part entière — elle relevait auparavant de la commission sur l’Environnement (ENVI) — l’avenir de One Health et des maladies zoonotiques est en suspens.

« Je me demande s’il sera capable d’assurer un meilleur avenir pour le secteur européen de la santé, les patients et les animaux », confie à Euractiv l’eurodéputée des Verts Tilly Metz, qui n’a pas soutenu la candidature du commissaire hongrois.

Selon Nicolás González Casares, eurodéputé espagnol du groupe des Socialistes et Démocrates au Parlement européen (S&D), la séparation des commissions SANT et ENVI ne serait pas un « problème » pour l’initiative One Health. Au contraire, il y voit une opportunité de se concentrer sur les questions de santé, négligées par le passé.

(AB)