Grève générale : la colère des français mise à l'épreuve

Une grève générale devrait paralyser une partie du pays mardi 18 octobre), dans le cadre d’une démonstration de force des syndicats qui sera observée de près. Reste à savoir s’il s’agit du point de départ d’un mouvement d'ampleur, à l’image de celui des « gilets jaunes ».

/ Euractiv France
French left parties call for a rally against rising prices
En France, l’inflation a augmenté de 5,8 % en octobre en glissement annuel, les factures d’énergie sont en hausse et le coût des produits alimentaires devrait atteindre 12 % d’ici la fin de l’année, selon l’organisme officiel de statistiques français. Dans ce contexte, les syndicats français ont choisi de faire ce qu’ils savent faire le mieux : la grève. [EPA-EFE/MOHAMMED BADRA]

Une grève générale devrait paralyser une partie du pays mardi (18 octobre), dans le cadre d’une démonstration de force des syndicats qui sera observée de près. Reste à savoir s’il s’agit du point de départ d’un mouvement d’ampleur, à l’image de celui des « gilets jaunes ».

En France, l’inflation a augmenté de 5,8 % en octobre sur les 12 derniers mois, les factures d’énergie sont en hausse et le coût des produits alimentaires devrait atteindre 12 % d’ici la fin de l’année, selon l’INSEE. Dans ce contexte, les syndicats français ont choisi de faire ce qu’ils savent faire le mieux : la grève.

Les raffineries et dépôts de pétrole font l’objet de blocages par les travailleurs depuis le 27 septembre, ceux-ci réclamant une augmentation des salaires de 10 %. Nombreux sont ceux qui ont critiqué les fournisseurs d’énergie TotalEnergies et Esso-ExxonMobil en raison de leurs « superprofits », et qui réclament leur juste part de bénéfices records : TotalEnergies a dépassé les 10,37 milliards d’euros au premier semestre 2022.

Une grève générale, allant au-delà des secteurs des carburants et de l’énergie, a été annoncée jeudi dernier (13 octobre) en fin de journée après que le gouvernement a décidé de réquisitionner le personnel en grève pour obliger la distribution de carburant dans les stations-service.

Une « connerie », selon le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez. En septembre, il avait déclaré à EURACTIV lors d’un entretien exclusif qu’il « alert[ait le gouvernement] sur la situation sociale tendue » — mais le gouvernement n’a rien fait, affirme le syndicaliste.

Depuis la semaine dernière, plus de cinq syndicats différents ont appelé à une grève générale, qui devrait toucher le plus durement la fonction publique, l’énergie et les transports mardi (18 octobre).

Le retour des « gilets jaunes »  ?

Pour certains, une telle mobilisation témoigne d’une colère croissante à l’égard du gouvernement, jugé inapte pour répondre à la crise.

La marche organisée dimanche (16 octobre) par Jean-Luc Mélenchon « contre la vie chère et l’inaction climatique », et son soutien assumé à la grève générale de mardi, suggèrent que les partis de gauche restent mobilisés.

« Le gouvernement a sous-estimé la colère dans les raffineries et en général dans le pays, […] on n’a pas pris au sérieux cette grève », a déclaré M. Martinez à la radio lundi.

La présidente du Rassemblement National, Marine Le Pen, a elle aussi affirmé que « la situation est catastrophique », en raison notamment des prix du carburant.

Mais plutôt qu’une baisse de la TVA de 20 % à 5,5 % sur un ensemble de sources d’énergie, dont le carburant, la Première ministre annonçait dimanche (16 octobre) le prolongement jusqu’à la mi-novembre de la « ristourne » de 30 et 20 centimes des pouvoirs publics et de TotalEnergies sur les prix des carburants à la pompe.

Mais cette « ristourne » n’est pas une mesure adaptée, car elle n’a pas de consistance pour le temps long, selon Nicolas Goldberg, Senior energy manager chez Colombus Consulting. 

D’abord, elle « enferme dans une consommation fossile » déclare-t-il à EURACTIV France, alors que, selon lui, « ce sont les alternatives qu’il faut cibler! » avec l’argent public. 

Il ajoute que cette mesure « coûte chère et est non ciblée ». Or, pour Camille Defard, chercheuse en politique européenne de l’énergie près l’Institut Delors, c’est justement le caractère non ciblé de la taxe carbone qui, fin 2018, a déclenché le mouvement des gilets jaunes. 

Inégalité des politiques publiques plutôt qu’inflation

« En réalité, la cause du mouvement des gilets jaunes était l’inégalité dans les politiques publiques, avant la baisse du pouvoir d’achat », déclare-t-elle pour EURACTIV France. 

Dans les faits, la ristourne du gouvernement profite en effet aux utilisateurs qui consomment le plus, soit ceux qui roulent le plus et ceux dont le véhicule consomme le plus. 

Cela a conduit certains observateurs à établir un parallèle entre la situation actuelle, qui a commencé avec l’augmentation des coûts de l’énergie, et le mouvement des gilets jaunes, qui a émergé pour la première fois fin 2018 suite à une augmentation de la taxe sur les carburants.

Néanmoins, la chercheuse précise que, pour le moment « elle ne voit pas se créer de solidarité européenne des mouvements sociaux, même si certains réseaux d’associations sont en train de se mettre en place ». ​​

Un sondage d’opinion publié dimanche a en outre révélé qu’un « arc de protestation » allant de l’extrême gauche à l’extrême droite se développe peu à peu, sans pour autant avoir des revendications communes.

Deux heures d’attentes

Néanmoins, une fatigue s’installe. Selon une enquête d’opinion révélée lundi, 38 % des personnes interrogées reprochent à la CGT de ne pas être assez clémente, tandis que 34 % estiment que la faute incombe à TotalEnergies.

En outre, les syndicats en grève ne représentent qu’une minorité de travailleurs. Le syndicat majoritaire, la CFDT, a conclu un accord avec TotalEnergies pour une augmentation de salaire de 7 %, réduisant ainsi la dynamique.

En parallèle, les files d’attente s’allongent aux stations essences, dépassant parfois les deux heures, tandis que les coûts des litres de gazole et de sans plomb 95 ont augmenté de 12 et 7,3 centimes d’euros la semaine dernière selon les chiffres officiels.

Une grève générale mardi dans les transports publics (y compris les lignes ferroviaires à courte et longue distance) devrait encore alourdir les temps de trajets.

[Davide Basso a contribué à cet article]