Green Deal européen : la « prochaine phase » sera industrielle, selon Ursula von der Leyen
Le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) entre dans une nouvelle phase axée sur la politique industrielle, a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors de son discours annuel sur l’état de l’Union ce mercredi.
Le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) entre dans une nouvelle phase axée sur la politique industrielle, a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors de son discours annuel sur l’état de l’Union ce mercredi (13 septembre).
Lancé en décembre 2019, le Pacte vert, qualifié de « nouvelle stratégie de croissance » européenne, a contribué à placer l’agenda climatique de l’UE au centre de l’économie, a expliqué Mme von der Leyen devant le Parlement européen à Strasbourg.
« Alors que nous entrons dans la prochaine phase du Pacte vert européen, une chose ne changera pas : nous continuerons à soutenir l’industrie européenne tout au long de cette transition », a-t-elle ajouté, précisant que c’est exactement ce sur quoi la prochaine phase se concentrera.
Le discours très attendu sur l’état de l’Union est le dernier de Mme von der Leyen, dont le mandat à la tête de la Commission européenne prendra fin le 31 octobre 2024. À Bruxelles, les observateurs ont cherché des indices, dans son discours, sur le futur d’un éventuel second mandat.
La présidente de la Commission a répondu à leurs attentes en évoquant un paquet législatif proposé au début de l’année, qui comprend la loi sur une industrie « zéro net » (NZIA) et la loi sur les matières premières critiques (CRMA).
Ce paquet a été élaboré en réponse aux inquiétudes croissantes concernant le déclin de la compétitivité de l’industrie européenne. Face à la Chine, notamment, dans des domaines comme la production de panneaux solaires. Face aux États-Unis également, concernant le système américain de subventions prévu par la loi sur la réduction de l’inflation (inflation reduction act, IRA, en anglais). L’UE craint qu’il porte préjudice aux entreprises européennes.
L’UE souhaite également s’assurer un accès aux matières premières dont elle a besoin pour assurer sa transition écologique.
« Nous devons terminer ce travail », a déclaré la présidente de l’exécutif, ajoutant que la stratégie européenne se concentrera sur le développement d’une « approche pour chaque écosystème industriel » — un processus qui, selon elle, débutera « ce mois-ci » avec « une série de dialogues sur la transition propre avec l’industrie ».
« De l’éolien à l’acier, des batteries aux véhicules électriques, notre ambition est très claire : l’avenir de notre industrie des technologies propres doit se construire en Europe », a-t-elle déclaré.
Dans ce contexte, Mme von der Leyen a annoncé le lancement d’un « train de mesures européennes sur l’énergie éolienne » qui « mettra l’accent sur les compétences, l’accès aux financements et la stabilité des chaînes d’approvisionnement », accélérera davantage l’octroi des permis et « améliorera les systèmes d’enchères dans l’ensemble de l’UE ».
Si la concurrence mondiale est bénéfique pour les entreprises, elle doit également être équitable, a souligné la présidente, dénonçant les « comportements prédateurs » de certains pays ou l’exclusion d’entreprises européennes de certains marchés étrangers — sans toutefois nommer explicitement Pékin.
« Nous n’avons pas oublié combien notre industrie solaire avait pâti des pratiques commerciales déloyales de la Chine », a-t-elle déclaré, avertissant que la même chose risquait maintenant de se produire avec les voitures électriques en provenance de Chine, dont « le prix est maintenu artificiellement bas par des subventions publiques massives ».
En réponse, la présidente de la Commission européenne a annoncé le lancement d’une enquête anti-subventions sur les véhicules électriques en provenance de Chine.
« L’Europe est ouverte à la concurrence. Pas à un nivellement par le bas », a-t-elle souligné.
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Réactions
Le discours de Mme Von der Leyen a été bien accueilli par l’industrie des énergies renouvelables et de l’électricité. Walburga Hemetsberger, PDG du groupe industriel SolarPower Europe, a déclaré que l’Europe devrait faire tout ce qui est en son pouvoir pour conserver son avantage concurrentiel.
« Cette promesse doit se traduire par des actes. Les développeurs de projets solaires sont confrontés à des vents contraires liés à l’inflation. Les fabricants européens d’énergie solaire risquent la faillite », a-t-elle commenté.
« Cela signifie que nous avons besoin d’une action continue et décisive pour soutenir les réseaux, accélérer l’octroi des permis, développer la main-d’œuvre dans le secteur de l’énergie solaire et résoudre de toute urgence la crise actuelle de la chaîne d’approvisionnement en énergie solaire », a ajouté Mme Hemetsberger.
De son côté, le secrétaire général d’Eurelectric, l’association européenne du secteur de l’énergie, a salué l’accent mis sur le renforcement des chaînes d’approvisionnement européennes et la résolution des obstacles réglementaires auxquels est confrontée l’industrie éolienne.
Il a toutefois demandé que davantage soit fait en ce qui concerne la mise en place des infrastructures nécessaires à la transition vers des énergies propres et renouvelables, estimant qu’il s’agit là d’une « condition préalable cruciale ».
Le Bureau européen de l’environnement (BEE) a déclaré que le discours camouflait des reculs, des retards et des promesses non tenues.
« Dans un discours truffé de chiffres et de promesses tenues, Ursula von der Leyen a délibérément passé sous silence les retards et la dilution de l’ambition qui, dossier après dossier, ont érodé la crédibilité de sa promesse initiale de Green Deal », a déclaré Patrick ten Brink, secrétaire général de l’ONG.
Greenpeace EU a également critiqué la présidente de la Commission européenne. Son directeur Jorgo Riss déclarant qu’« une grande partie de notre continent a souffert pendant l’été, soit d’incendies, soit d’inondations, soit des deux à la fois, et la politique de Mme von der Leyen nous condamne à subir encore la même chose ».
« Elle n’a aucun plan pour mettre fin aux combustibles fossiles ou à l’agriculture industrielle, les deux plus grandes menaces qui pèsent sur les systèmes de survie de la planète », a-t-il conclu.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet et Paul Messad]