Grèce : Les raisons du blocage allemand

Viscéralement attachée à la stabilité monétaire et budgétaire, l’Allemagne est encore aujourd’hui très réticente à aider la Grèce. L’importante élection dans un land allemand le 9 mai prochain explique également la position de Berlin.

EURACTIV.fr
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Viscéralement attachée à la stabilité monétaire et budgétaire, l’Allemagne est encore aujourd’hui très réticente à aider la Grèce. L’importante élection dans un land allemand le 9 mai prochain explique également la position de Berlin.

Debout sur le frein, l’Allemagne résistait encore et toujours, lundi 26 avril, à l’octroi d’un emprunt européen à la Grèce. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a ainsi rejeté le versement d’une aide immédiate, réclamant qu’Athènes présente un solide plan de réduction de son déficit. « Le gouvernement n’a pas pris de décision », a-t-il déclaré au cours d’une conférence de presse à Luxembourg. « Offrir de l’argent trop tôt empêcherait la Grèce de faire son travail avec l’application et la discipline requises », a-t-il poursuivi. 

A moins de deux semaines d’élections capitales dans l’un des Länder les plus importants d’Allemagne, la Rhénanie du Nord-Westphalie, le gouvernement cherche à donner des gages à l’opinion, très réticente à voir la Grèce renflouée par l’argent allemand. En cas de déclenchement du mécanisme, Berlin pourrait allouer à Athènes un peu moins de 8,4 milliards d’euros, et serait ainsi le premier contributeur du prêt grec. La France, quant à elle, accorderait à Athènes 6,3 milliards. 

Mais pour le directeur adjoint de l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg, Henrik Uterwedde, les débats électoraux ne sont que la partie émergée de l’iceberg, et traduisent un mouvement plus profond. Il souligne l’« attachement viscéral » des Allemands aux notions de stabilités monétaire et budgétaire. « C’est presqu’une obsession chez nous », ajoute-t-il. 

Gagner du temps

Conséquence : l’aide à la Grèce fait le lit des arguments populistes. Un peu plus tôt, au cours du week-end, le tabloïd Bild n’hésitait pas à titrer : « Ils veulent notre argent! » « Ce qui m’inquiète le plus, c’est que ces arguments sont également présents dans une certaine partie de la classe politique », juge le chercheur. « Mais ils ne tiennent compte, ni du contexte économique ni du contexte politique. » 

« Un pays comme l’Allemagne, dont le modèle est basé sur les exportations, doit faire attention à ce que la zone euro soit stable», avertit M. Uterwedde, pour qui, il est de l’intérêt allemand de débloquer rapidement l’aide à la Grèce. « C’est notre affaire, qu’on le veuille ou non », résume-t-il.

Le chercheur estime également que l’« excès de rigueur allemand » est du à la volonté de Berlin de ne pas créer un « précédent » en accordant trop rapidement de l’argent à Athènes. « Le gouvernement allemand joue sur cet argument de « dernier ressort », analyse-t-il. Mais à terme, cette méthode pourrait être contre-productive, juge Henrik Uterwedde. Car après avoir affiché tant de réticences, l’Allemagne finira par payer, et donnera ainsi des arguments aux sceptiques. « Le gouvernement ferait mieux de faire de la pédagogie », juge-t-il.

Car Henrik Uterwedde n’a aucun doute : Berlin n’opposera pas son veto au déclenchement du mécanisme UE/FMI. Mais le gouvernement va tenter de gagner du temps en faisant durer l’évaluation de la situation grecque par les experts le plus longtemps possible. « Il fera tout pour que le vrai déblocage se fasse après les élections » du 9 mai, ajoute-t-il.

Dernière raison des réticences allemandes : la menace de plusieurs économistes de porter plainte devant la Cour constitutionnelle allemande pour empêcher le versement d’une aide à la Grèce. « Le gouvernement fait un calcul juridique pour éviter d’être mis en défaut par la Cour », juge le chercheur. 

« Un peu chaotique »

Sur les marchés, le taux des obligations grecques à 10 ans a battu un nouveau record, lundi 26 avril, dépassant ainsi les 9% pour la première fois depuis 2009, après une légère baisse vendredi 23, après que la Grèce a officiellement fait appel au mécanisme d’aide.

Entre les 27, c’est la cacophonie. Le ministre italien des Affaires étrangères Franco Frattini s’est dit « préoccupé » par la « rigidité » allemande à l’égard de la Grèce. A Paris, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso et le président Nicolas Sarkozy se sont quant à eux prononcés pour « une action rapide et résolue contre la spéculation qui vise la Grèce afin d’assurer la stabilité de la zone euro ». « La rapidité s’impose, mais nous devons tous ménager les processus de l’État de droit et de la démocratie », a pour sa part estimé la ministre française Christine Lagarde à New York, tout en admettant que le processus était « un peu chaotique ». 

A Athènes, les experts européens et du FMI poursuivent leurs rencontres, pour examiner le détail des nouvelles réformes en 2011 et 2012. Le ministre des Finances Georges Papaconstantinou a annoncé, lundi 26 avril, que son pays proposerait des « mesures concrètes » pour réduire son déficit de manière « draconnienne », à l’issue de ces discussions. Le même jour, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, a affirmé, après une réunion avec le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schaüble, que le plan d’aide à la Grèce serait finalisé d’ici début mai et comprendrait des objectifs ambitieux en termes de consolidation budgétaire et de réforme structurelle.

L’équipe, constituée par des experts de la Commission européenne, du FMI et de la BCE, rencontre depuis le mercredi 21 avril les responsables des différentes administrations publiques grecques. Lundi 26, ils se sont par exemple entrenus avec des haut fonctionnaires du ministère de la Santé hellénique.