Giorgia Meloni joue les équilibristes entre Donald Trump et l’Europe
Alors que l’Europe débat de la possibilité d’envoyer des troupes en Ukraine, la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, se retrouve dans une situation géopolitique précaire.
ROME — Alors que l’Europe débat de la possibilité d’envoyer des troupes en Ukraine, la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, se retrouve dans une situation géopolitique précaire, tiraillée entre le maintien de son lien privilégié avec le président américain, Donald Trump, et l’engagement de l’Italie envers les ambitions sécuritaires de l’Union européenne (UE).
Cette position s’est manifestée dans la réponse de Giorgia Meloni — ou plutôt dans son absence de réponse — à la proposition du président français de créer une force européenne de maintien de la paix en Ukraine. Alors qu’Emmanuel Macron a plaidé pour une présence militaire européenne plus forte et évoqué l’idée avec Donald Trump à Washington, Giorgia Meloni s’est abstenue de commenter.
Des sources du gouvernement italien ont écarté d’emblée cette perspective, et le sous-secrétaire de la Première ministre, Gianbattista Fazzolari, a affirmé qu’un tel plan « n’est pas la solution la plus efficace. Une autre question est celle d’une mission internationale sous l’égide de l’ONU dans un contexte de paix ».
Le vice-Premier ministre Antonio Tajani a fait écho à cette mise en garde, bien que son homologue, Matteo Salvini, se soit déclaré fermement opposé à toute forme d’armée européenne commune.
« Si nous mettons une Ursula von der Leyen à la tête d’une armée européenne commune, elle tiendra vingt minutes avant d’abandonner. Je suis donc absolument contre une telle hypothèse », a-t-il réagi.
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Silence stratégique ou hésitation tactique ?
Mais des diplomates au fait des discussions mettent en garde contre le fait de prendre de telles déclarations pour argent comptant.
Stefano Stefanini, ancien conseiller diplomatique du président italien, représentant permanent de l’Italie auprès de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et chef de mission adjoint à l’ambassade d’Italie à Washington, met en garde contre le fait de les prendre pour argent comptant.
« Je n’accorderais pas trop de poids à ce que disent actuellement les ministres italiens concernant le déploiement des forces européennes en Ukraine », explique-t-il à Euractiv.
Si un cessez-le-feu est conclu et que des nations européennes, telles que l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni, prennent la tête des engagements en matière de sécurité, « l’Italie aurait du mal à rester en retrait, notamment parce que cela deviendrait une question de prestige européen et international ».
Selon l’ambassadeur, il est actuellement impossible d’estimer le nombre de soldats qui pourraient participer à une éventuelle mission, bien qu’il soit convaincu que l’Italie apporterait une contribution proportionnelle à celle des autres nations participantes.
Selon les estimations publiées par le quotidien La Repubblica, l’Italie pourrait déployer entre 3 000 et 4 000 soldats si elle devait participer à une telle mission.
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Le silence calculé de Giorgia Meloni
Autrefois partisane affichée de Kiev, la Première ministre italienne est restée remarquablement silencieuse face aux récents événements majeurs, du sommet de Paris aux dernières remarques de Donald Trump. Son silence calculé en ce moment crucial a attiré l’attention.
Selon Stefano Stefanini, cela reflète un dilemme stratégique : « Giorgia Meloni se trouve dans une position où elle ne veut pas abandonner ou contredire sa position antérieure sur l’Ukraine, mais elle ne peut pas non plus se permettre de s’opposer à Donald Trump ».
« Cet exercice d’équilibre ne fera que devenir plus difficile. »
Giorgia Meloni a été déstabilisée par les récents commentaires de Donald Trump sur l’Ukraine, explique-t-il. Cependant, il pense qu’elle a raison de garder ses préoccupations pour elle, car « il ne sert à rien de miner sa crédibilité auprès de Donald Trump ».
Tester les loyautés géopolitiques de l’Italie
Pour l’instant, le numéro d’équilibriste de Giorgia Meloni tient la route, mais le véritable test viendra si Donald Trump se détourne définitivement de l’Ukraine, surtout s’il tente de contraindre le président Volodymyr Zelensky à accepter un accord défavorable à Kiev. Dans un tel scénario, la neutralité prudente de Giorgia Meloni deviendrait intenable.
Stefano Stefanini se dit convaincu que, face à un choix difficile entre s’aligner sur les États-Unis ou se ranger du côté de l’Europe et de l’Ukraine, Giorgia Meloni choisira finalement cette dernière option.
« Si Donald Trump imposait un accord que Volodymyr Zelensky rejette, Giorgia Meloni n’aurait d’autre choix que de s’aligner sur l’Europe. Le coût de toute autre décision serait trop élevé. »
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(AM)