Giorgia Meloni à Paris après des mois de discordes avec la France
La Première ministre italienne Giorgia Meloni sera reçue à l’Élysée par le président Emmanuel Macron mardi (20 juin), pour évoquer les questions européennes et les relations franco-italiennes, après des mois de tensions entre les gouvernements des deux pays.
La Première ministre italienne Giorgia Meloni sera reçue à l’Élysée par le président Emmanuel Macron mardi (20 juin), pour évoquer les questions européennes et les relations franco-italiennes, agitées par des tensions en matière d’immigration notamment.
En marge d’un déplacement au Bureau international des Expositions pour défendre la candidature de Rome pour l’exposition universelle de 2030, la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni rencontrera le président français Emmanuel Macron au palais de l’Élysée. Il s’agit de la première visite en France de Mme Meloni, alors que les relations avec la France ont été souvent tendues depuis sa nomination à la tête de l’exécutif italien.
Dès le lendemain des élections législatives italiennes de septembre 2022, la ministre française chargée de l’Europe Laurence Boone avait déclaré, à EURACTIV France et La Repubblica, que la France serait « attentive au respect des valeurs européennes » de la part de l’Italie, désormais dirigée par l’extrême droite.
Cela avait suscité la colère de Mme Meloni en personne, qui avait dénoncé une « menace inacceptable d’ingérence » et demandé un « démenti » de la part du gouvernement français, avant même d’être nommée Première ministre. Le démenti n’arriva jamais, mais plutôt une promesse de travailler ensemble, au-delà des divergences politiques.
Emmanuel Macron, premier chef d’État à rencontrer Giorgia Meloni
La première rencontre de Giorgia Meloni avec un chef d’État étranger fut celle avec Emmanuel Macron, en raison d’un hasard d’agenda. Le président français effectuait une visite au Vatican, prévue de longue date. Mme Meloni ayant été officiellement investie pour constituer son gouvernement la veille de son arrivée, M. Macron ne pouvait éviter de la rencontrer, mais non sans embarras. L’Élysée était d’ailleurs resté très discret sur le sujet, ayant laissé implicitement entendre que la demande d’entretien était plutôt venue des autorités italiennes.
La première vraie crise diplomatique s’est produite quelques semaines après l’entrée en fonction du gouvernement italien, en novembre 2022, à propos des migrants transportés par le navire Ocean Viking, de l’ONG SOS Méditerranée, accueillis par la France après un bras de fer avec l’Italie.
La France jugeait alors que l’Italie n’avait pas rempli son obligation de secours. « La France regrette très profondément que l’Italie ait pris le parti de ne pas se comporter comme un État européen responsable », avait déclaré le ministre français de l’Intérieur Gérald Darmanin.
La France avait répondu, en représailles, par une suspension des relocalisations de 3 500 réfugiés arrivés en Italie et avait appelé les autres pays concernés — l’Allemagne en particulier — à en faire de même.
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Depuis, les questions migratoires ont continué de parasiter les relations entre la France et l’Italie. « Madame Meloni, choisie par les amis de Madame Le Pen est incapable de régler les problèmes migratoires [pour] lesquels elle a été élue », a réitéré M. Darmanin début mai, en ravivant les tensions avec l’exécutif italien.
En réponse, le ministre des Affaires étrangères et vice-premier ministre Antonio Tajani (Forza Italia/PPE) avait annulé une visite à Paris pour rencontrer son homologue française, Catherine Colonna, vexé par « les insultes » de M. Darmanin, jugées « inacceptables ».
Le président du parti d’Emmanuel Macron et président du groupe Renew Europe au Parlement européen, Stéphane Séjourné, lui avait emboîté le pas, en dénonçant la politique « injuste, inhumaine et inefficace » de Mme Meloni en matière d’immigration.
Des tentatives de rabibochage
Une rencontre entre les chefs de la diplomatie des deux pays, Catherine Colonna et Antonio Tajani, a finalement eu lieu fin mai, à Rome, dans la recherche d’un apaisement des deux parties, pour « mener un dialogue constructif », selon les mots du ministre italien des Affaires étrangères.
En dépit de tous ces différends, M. Macron et Mme Meloni se montrent plutôt en phase sur le soutien à l’Ukraine, face à la guerre menée par la Russie, bien qu’en février dernier elle avait été tenue à l’écart d’un dîner de travail organisé à Paris entre le président français, le chancelier allemand Olaf Scholz et le président ukrainien Volodymyr Zelensky – ce qu’elle avait qualifié d’ « inapproprié ».
Le « soutien commun à l’Ukraine » sera à l’agenda, a indiqué la présidence de la République, et M. Macron et Mme Meloni « profiteront de cet entretien pour préparer le [prochain] Conseil européen », des 29 et 30 juin à Bruxelles, et « le sommet de l’OTAN qui se tiendra à Vilnius ».
Les « relations bilatérales » entre les deux pays doivent aussi être évoquées, donc possiblement ces différents points de crispation.
Quoi qu’il en soit, l’Italie demeure un partenaire particulier pour la France, en raison, d’une part, des nombreux liens entre les deux pays fondateurs de l’UE, et, d’autre part, des divergences politiques entre le camp centriste et libéral-progressiste d’Emmanuel Macron et celui conservateur et nationaliste de Giorgia Meloni.