Giorgia Meloni à la croisée des chemins après la défaite de l'extrême droite française
La défaite du Rassemblement national de Marine Le Pen au second tour des élections législatives a placé la Première ministre italienne d’extrême droite, Giorgia Meloni, face à un dilemme : adopter une approche « pragmatique » ou céder à ses « penchants identitaires », comme l’a souligné un analyste.
La défaite du Rassemblement national de Marine Le Pen au second tour des élections législatives a placé la Première ministre italienne d’extrême droite, Giorgia Meloni, face à un dilemme : adopter une approche « pragmatique » ou céder à ses « replis identitaires », comme l’a souligné un analyste.
« Elle devra décider si elle poursuit dans la voie du repli identitaire ou si elle maintient une approche pragmatique, dans un esprit de dialogue avec la future majorité européenne », a déclaré à Euractiv Leo Goretti, responsable du programme de politique étrangère à l’Institut italien des affaires internationales (IAI).
Pour l’expert, l’approche pragmatique est « le choix le plus judicieux et logique », mais rien n’est garanti pour autant.
Par le passé, la Première ministre italienne a connu ce que l’analyste qualifie de « replis identitaires », des moments où une attitude plus radicale et identitaire l’a étonnamment emporté sur le pragmatisme, comme son abstention au Conseil de l’UE lors du vote sur Ursula von der Leyen il y a quelques semaines.
Avant les élections européennes, Giorgia Meloni affirmait que sa mission était d’unir les partis de droite européens et un rapprochement avec la candidate d’extrême droite française, Marine Le Pen, était envisagé.
Cependant, en deux semaines, la situation a radicalement changé : un front uni des partis de droite dure a été formé par le Hongrois Viktor Orbán, tandis que Mme Le Pen a été massivement battue lors des élections françaises.
Le groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) de Giorgia Meloni était le troisième plus important au Parlement européen, dépassant les libéraux Renew, jusqu’à la formation du nouveau groupe d’extrême droite « Patriotes pour l’Europe », lundi dernier (8 juillet), qui a repoussé les CRE à la quatrième place.
En pratique, le soutien de la cheffe des CRE à la réélection d’Ursula von der Leyen n’est pas nécessaire puisque la coalition pro-UE (PPE, S&D, Renew), potentiellement avec l’appui des Verts, devrait assurer à la présidente sortante de la Commission européenne une majorité solide.
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Le récit du « gouvernement stable »
Face à la défaite de Marine Le Pen, Giorgia Meloni a tenté de retourner la situation en sa faveur : « Nous étions habitués à une époque où l’Italie avait un gouvernement très instable dans une Europe où les gouvernements étaient très stables. Aujourd’hui, nous assistons à une Italie avec un gouvernement très stable dans une Europe avec des gouvernements très instables, ce qui devrait nous rendre fiers », a-t-elle déclaré mardi (9 juillet)
De même, Tommaso Foti, chef du parti Fratelli d’Italia au Parlement, a souligné que Giorgia Meloni pouvait conserver sa position de « seule dirigeante de droite à avoir gagné dans un grand pays européen ».
« L’absence d’un homologue en France peut être bénéfique pour Giorgia Meloni, étant donné que Marine Le Pen était un profil potentiellement compétitif face à Giorgia Meloni au niveau européen », a noté Leo Goretti.
Selon Tomasso Foti, un gouvernement potentiellement allié en France, dirigé par le Rassemblement national, aurait pu « mettre en lumière les agendas conflictuels de gouvernements de droite radicale de différents pays ».
L’approche « pragmatique »
D’autres, comme Nicola Procaccini, coprésident des CRE, suggèrent que le groupe pourrait être le « pont » entre le PPE et les « Patriotes pour l’Europe » d’extrême droite.
« Notre objectif est d’agir en tant que médiateurs entre le PPE et les partis de droite », a-t-il déclaré dimanche dernier.
Par ailleurs, Antonio Tajani, membre influent du PPE et partenaire de coalition de Giorgia Meloni en Italie, insiste pour que sa famille de centre-droit s’engage avec les CRE plutôt qu’avec les Verts.
Plusieurs dirigeants du PPE ont tenté d’apaiser la Première ministre italienne lors du dernier Conseil de l’UE, en soulignant l’importance de l’Italie, qui devrait être prise en compte. Cependant, la majorité pro-UE a exclu Giorgia Meloni des discussions sur les top jobs de l’UE.