Gérald Darmanin demande à la Police de « reprendre le travail », Olivier Faure veut sa démission
Le ministre de l’Intérieur a demandé aux policiers de « reprendre le travail » après que des centaines d’entre eux ont cessé leur activité en protestation à l'incarcération d’un de leur collègue, soupçonné d’avoir roué de coups un jeune.
Le ministre de l’Intérieur a soutenu les policiers en leur demandant de « reprendre le travail » après que des centaines d’entre eux ont cessé leur activité en protestation à l’incarcération d’un de leur collègue, soupçonné d’avoir roué de coups un jeune. Les critiques sur l’atteinte à la séparation des pouvoirs ont fusé.
L’évènement se serait produit début juillet, lorsqu’un jeune homme a été passé à tabac en marge des émeutes à Marseille, avec de graves séquelles. Le principal suspect, un policier, a été placé en détention provisoire le 20 juillet dernier.
Ses collègues ont dénoncé ce traitement en cessant le travail. Étant donné que les forces de l’ordre ont interdiction de faire grève, certains ont recouru à des arrêts maladie ou à une « grève du zèle », ou encore se sont mis en service minimum, afin de ralentir l’activité.
Faute de personnel, plusieurs commissariats ont dû refuser l’accès aux usagers venus pour des situations non urgentes.
D’abord cantonnée à la ville de Marseille et aux Bouches du Rhône, le mouvement s’est étendu à d’autres territoires de France, dans le Sud du pays et en Île-de-France notamment. Les syndicats de police évoquaient plusieurs centaines de policiers à l’arrêt rien que dans les Bouches du Rhône, sans que cela soit vérifiable par des chiffres officiels.
Jeudi soir (27 juillet), le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a indiqué, lors d’une rencontre avec des syndicats de police, que « moins de 5 % » des policiers avaient arrêté le travail.
« Les policiers ne réclament pas l’impunité, ils réclament le respect » et « ne réclament pas d’être au-dessus des lois », a-t-il ajouté.
Alors qu’il était silencieux depuis une semaine, et par ailleurs en déplacement en Nouvelle-Calédonie à 16 000 kilomètres de Paris, le « premier flic de France » apporte ainsi son soutien aux forces de police, dont il dit comprendre la fatigue et la colère.
Ces propos interviennent après ceux du directeur général de la Police nationale, Frédéric Veaux, qui a déclaré, dans un entretien accordé au Parisien dimanche (23 juillet), qu’ « avant un éventuel procès, un policier n’a pas sa place en prison ».
Séparation des pouvoirs
Cette prise de position et l’absence de réaction de l’exécutif avaient suscité des interrogations, voire une indignation, de la part d’un certain nombre de responsables politiques, notamment de gauche.
Le président Emmanuel Macron avait fini par déclarer, interviewé lundi (24 juillet), que « nul n’est au-dessus des lois », tout en apportant son soutien aux policiers fortement mobilisés depuis des mois. Il s’était toutefois refusé à commenter les propos du patron de la Police nationale en tant que tels.
Pour Sandra Regol, vice-présidente du groupe Ecologiste à l’Assemblée nationale, le président s’est borné à rappeler « des évidences » et s’inquiète du fait que « des hauts fonctionnaires se retrouvent à piétiner le principe de l’indépendance de la justice ».
« On est dans une situation pas du tout normale », a-t-elle expliqué. Interrogé par le HuffPost, l’avocat et ancien ministre de l’Intérieur socialiste, Bernard Cazeneuve, considère qu’au nom de la « séparation des pouvoirs », « il ne peut y avoir de commentaires des décisions de justice de la part de ceux qui exercent des responsabilités à Beauvau ».
Le Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure demande même, ce vendredi (28 juillet), la démission du « triumvirat » composé de Gérald Darmanin, Frédéric Veaux et Laurent Nunez (préfet de police de Paris). « Tous les trois défient les règles républicaines », selon le député, qui se demande si « il y a encore un pilote à l’Elysée », un président « encore capable d’être le garant de l’indépendance de la Justice ».
Dans un communiqué diffusé vendredi, deux organisations de magistrats ont indiqué que « les réactions du président de la République et du garde des Sceaux avaient été de nature à rappeler les principes de l’Etat de droit ». Or, selon la Conférence nationale des Premiers présidents et la Conférence nationale des Procureurs généraux, la position du chef de la Police et du ministre de l’Intérieur, « ne peut que renforcer l’inquiétude des magistrats quant à la dégradation de l’Etat de droit ».
Vers des mesures en protection de la police
Le dialogue entre le ministre de l’Intérieur et les syndicats de police de jeudi soir avait pour objectif de calmer la colère montante au sein des forces de l’ordre.
Un dialogue « encourageant » selon les syndicalistes. « On demande juste que le traitement du dossier soit fait en fonction du statut du policier, qui n’est pas celui d’un citoyen lambda », a expliqué Linda Kebbab, déléguée nationale Unité SGP Police-FO, vendredi (28 juillet). D’après elle, le traitement de l’usage des armes par les magistrats, et leur appréciation, n’a pas à être le même pour un policier que pour un autre citoyen.
Gérald Darmanin a appelé les policiers à « reprendre le travail », car le mouvement de protestation « met en difficulté les plus fragiles ».
Selon les syndicats de police, le ministre a consenti à l’idée de mettre en œuvre une protection fonctionnelle du policier, mais aussi juridictionnelle et familiale, ainsi qu’à garantir l’anonymat d’un policier lorsqu’il est mis en cause. Une mission de l’Inspection générale de l’administration doit remettre des propositions en septembre.