GDF-Suez : nouveau géant de l’énergie européenne
Après dix-huit mois de tergiversations, le mariage entre les groupes Suez et GDF est officiel. La nouvelle entreprise issue de cette fusion figure parmi les leaders européens et mondiaux de l’énergie.
Après dix-huit mois de tergiversations, le mariage entre les groupes Suez et GDF est officiel. La nouvelle entreprise issue de cette fusion figure parmi les leaders européens et mondiaux de l’énergie.
Contexte :
Suez et GDF vont fusionner à parité presque parfaite. L’accord a été officialisé dimanche 2 septembre.
L’opération se fera sur la base d’un échange d’action : 0,9545 action Gaz de France pour une action Suez, soit 21 actions Gaz de France pour 22 actions Suez.
Pour parvenir à ce résultat, le groupe Suez a du se résigner à transformer en filliale son pôle Environnement, en vendant 65% des actions de cette branche de son activité en bourse.
La nouvelle capitalisation boursière du groupe Gaz de France-Suez sera supérieure à 90 milliards d’euros. Quant à son chiffre d’affaires annuel à venir, il devrait être compris entre 60 et 70 milliards d’euros.
Gérard Mestrallet, PDG de Suez, devient PDG du groupe rebaptisé Gaz de France-Suez et Jean-François Cirelli, son homologue chez GDF, sera vice-président et directeur général délégué.
Enjeux :
Cette fusion réalisée sous le contrôle du gouvernement français, actionnaire majoritaire de GDF, donne naissance à un des leaders européens et mondiaux de l’énergie.
La Commission européenne avait donné son accord à ce projet, mardi 14 novembre 2006, estimant que les engagements pris par les deux groupes suffisaient à préserver la concurrence sur le marché énergétique européen.
Premier distributeur de gaz en Europe
Le groupe est désormais numéro un dans le domaine du gaz liquéfié, dont il détient 25% des parts de marché mondiales. De plus, GDF-Suez est premier distributeur de gaz en Europe, dispose du plus grand réseau gazier de l’Union et figure au second rang pour le stockage et les terminaux méthaniers.
Cette opération permet de compléter les compétences des deux anciennes entreprises. Suez disposait d’un large parc de production d’énergie, mais peinait à élargir son portefeuille de clients. C’est maintenant chose faite avec les 11 millions de clients de GDF.
Quant à ce dernier, spécialiste du gaz, il envisageait déjà son ouverture vers le marché de l’électricité. Avec la libéralisation du marché de l’énergie en Europe, de nouvelles opportunités se créent. Suez, cinquième électricien européen, lui offre une chance de diversification.
GDF-Suez pourra donc, une fois la fusion officiellement réalisée, proposer des offres combinées électricité et gaz.
Marché européen de l’énergie
Les trois géants de l’énergie européenne que sont Gazprom (Russie), EDF et E.ON (Allemagne), ont donc aujourd’hui un nouveau concurrent, présent sur de nombreux marchés en Europe : Italie, Espagne, Belgique et pays de l’Est.
Cette fusion creuse, de plus, l’écart entre les quatres groupes figurant dans le peloton de tête et les entreprises telles que Iberdrola (Espagne) ou Enel (Italie). Un tel écart pourrait peut-être amener d’autres groupes à fusionner, afin d’éviter de se faire racheter par les plus puissants.
Un poids plus fort dans les négociations
Cette opération ne permettra pas directement de renforcer l’indépendance énergétique de la France. GDF ne produit lui-même que 10% de son gaz, le reste lui étant fourni par Gazprom (Russie), Statoil (Norvège), Sonatrach (Algérie) et Gasunie (Pays-Bas).
Mais les perspectives pour le nouveau groupe, beaucoup plus puissant, peuvent laisser espérer un développement des sources d’approvisionnement.
GDF-Suez sera en effet en mesure de négocier avec ses partenaires, en particulier avec le russe Gazprom, qui sous contrôle du Kremlin, utilise l’arme énergétique à des fins de politique internationale. Dans son discours aux ambassadeurs prononcé la semaine dernière, Nicolas Sarkozy avait même dénoncé l’attitude « brutale » de la Russie à ce niveau.
Positions :
Une « très belle opération » vient d’être réalisée, a déclaré le premier ministre François Fillon sur France Inter, lundi 3 septembre. Celle-ci va « nous permettre de structurer le marché de l’énergie en Europe (…). Le secteur public aura environ 40% du nouveau groupe : 40% de GDF et Suez, je pense que c’est mieux que 70 ou 80% de GDF tout seul ».
Le gouvernement a cherché, mais « n’a pas trouvé » de meilleure solution pour GDF. Un rapprochement entre GDF et EDF avait été envisagé. Mais Bruxelles aurait alors exigé que l’entreprise électrique se sépare d’une partie de son parc de centrales nucléaires.
Interrogé par EURACTIV France, Jean-Marie Chevalier, Directeur au Cambridge Energy Research Associates (CERA, Bureau de Paris)*, considère que le groupe naissant possède « des qualités de taille. L’avantage de GDF-Suez réside dans un bon équilibrage dans les différentes énergies : gaz, électrique, thermique, nucléaire. Il dispose d’un large panel, contrairement à EDF par exemple, dont 90% de l’activité est la production d’électricité. Et ils sont effectivement leader mondial dans le domaine du gaz liquéfié, dont la demande ne fait que croître ».
« On parle d’indépendance énergétique mais ce n’est pas le fond du problème dans une économie mondialisée. Nous n’allons pas produire notre propre énergie si celle-ci est 20% plus chère. La vraie réponse est comment régler et gérer la dépendance énergétique. Il y a deux choses à faire : multiplier les types d’énergies et les sources d’approvisionnement », poursuit-il.
Sur l’avenir du marché européen de l’énergie, Jean-Marie Chevalier estime que la fusion de GDF et Suez n’est qu’une étape : « Il y aura dans le futur d’autres fusions comme celle-ci. Le secteur de l’énergie est en pleine mutation, les choses bougent. Tout est imaginable en terme de rapprochements ».
*Jean-Marie Chevalier est également professeur de Sciences Economiques à l’Université Paris Dauphine, où il dirige le Centre de Géopolitique de l’Energie et des Matières Premières et le DEA Économie Industrielle. Son dernier livre, publié en 2004 (éditions Gallimard), s’intitule Les Grandes Batailles de l’énergie.