Gaz : l’Allemagne dans la tourmente pour la surtaxe imposée à ses voisins

La tentative de Berlin de faire payer une partie de la facture de ses achats frénétiques de gaz en 2022 par d’autres pays de l’UE a été sévèrement condamnée par ses voisins. La question pourrait être résolue lundi (4 mars) lors d’une réunion des ministres de l’Énergie de l’Union.

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Le vice-chancelier allemand Robert Habeck et la commissaire européenne à l’Énergie Kadri Simson, à Berlin, en 2022. [EPA-EFE/JULIEN WARNAND]

La tentative de Berlin de faire payer une partie de la facture de ses achats frénétiques de gaz en 2022 par d’autres pays de l’UE a été sévèrement condamnée par ses voisins. La question épineuse pourrait être résolue lundi (4 mars) lors d’une réunion des ministres de l’Énergie de l’Union.

En 2022, l’Allemagne a vu son principal fournisseur de gaz, la Russie, restreindre ses exportations. Pris de panique, le gouvernement s’est alors lancé dans des achats frénétiques, investissant dans le gaz à un moment où les prix étaient très élevés, en prévision d’une crise qui n’a finalement jamais eu lieu.

Pour compenser ces pertes, estimées à environ 10 milliards d’euros, Berlin a chargé l’entreprise intermédiaire chargée de superviser ses marchés gaziers, le Trading Hub Europe (THE), de prélever une taxe additionnelle sur les ventes de gaz pour que les consommateurs en supportent le coût. Et les voisins de l’Allemagne ont également été touchés, puisque le gaz importé par les gazoducs allemands se voit imposer cette surtaxe, qui s’élève à 1,86 € par MWh, soit une augmentation d’au moins 5 % des prix de gros.

Les États membres mécontents

Une alliance de cinq pays dirigée par la République tchèque a soulevé cette question le 20 février dernier, comme l’a rapporté le Financial Times. Ces derniers estiment que la surtaxe allemande est non seulement « injuste », mais qu’elle constituait également un obstacle à l’abandon du gaz russe pour eux en rendant les alternatives plus coûteuses.

L’alliance a également précisé que cette mesure devrait être un point de discussion de la prochaine réunion des ministres de l’Énergie de l’UE lundi.

« Nous sommes en dialogue avec la Commission européenne et les pays sur ce sujet », a déclaré le ministère allemand de l’Économie et de l’Action climatique, soulignant que la « mesure allemande a apporté une contribution décisive à la sécurité de l’approvisionnement européen et à la stabilisation des prix ».

Les pays lésés, notamment la Hongrie, l’Autriche, la Pologne et la Slovaquie, affirment pour leur part que la mesure visant à « récupérer les coûts liés au stockage du gaz en Allemagne » constitue « un défi important pour le marché européen du gaz », selon une note qui a circulé et a pu être consultée par Euractiv.

En outre, « l’augmentation des coûts de transit affecte de manière disproportionnée la région d’Europe centrale et de l’est », la forçant à « dépendre plus fortement des importations de gaz en provenance de Russie », peut-on lire dans la note.

Ces pays, pour la plupart enclavés, ajoutent que leur incapacité à construire des terminaux GNL aggrave leur situation, tandis que les frais de transit allemands limitent leur capacité à accéder au gaz norvégien et au GNL de l’Europe du Nord.

Berlin risque de se faire tancer par la commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson, qui se penchera sur la question à huis clos. Étant donné le déficit de 7,5 milliards d’euros qui reste à combler, Berlin n’est pas près d’abandonner sa surtaxe.

Le ministère allemand souligne que « les installations de stockage bien remplies ont contribué de manière significative à stabiliser les prix et à apaiser les marchés », ce qui « n’a pas seulement profité à l’Allemagne, mais aussi à d’autres pays européens ».

L’Autriche, enclavée entre l’Allemagne et l’Italie, est peut-être la plus touchée. D’un côté, Berlin rend le transit plus cher qu’ailleurs, tandis que de l’autre Rome prévoit une mesure similaire à partir d’avril, avec une taxe qui s’élèverait à 2,19 euros par MWh.

« Cela augmente le coût des achats de gaz auprès de sources non russes et rend la diversification encore plus difficile », explique Christoph Dolna-Gruber, expert autrichien en énergie.

Les Tchèques s’inquiètent eux aussi de cette tendance. « Cette évolution pourrait entraîner une nouvelle perturbation du marché européen du gaz et rendre plus difficiles la coopération et l’intégration entre les États », a déclaré le ministère de l’Économie du pays.

Mais comme la taxe allemande est probablement vouée à disparaître, si Bruxelles fait de Berlin un exemple, il est possible que celle envisagée par l’Italie ne voit jamais le jour.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]