Gangs criminels : malgré les propositions des réseaux sociaux, les ministres nordiques de la Justice restent sur leur faim

Les ministres de la Justice des pays nordiques ont demandé aux entreprises de réseaux sociaux de prendre des mesures plus concrètes pour lutter contre le rôle des plateformes dans les activités des gangs, à la suite d’une réunion à Copenhague ce lundi 9 décembre.

/ EURACTIV.com
Justice Ministers of Nordic countries give media briefing
La criminalité des gangs suédois s’étend de plus en plus à ses voisins nordiques, en particulier au Danemark, à la Norvège et à la Finlande, ce qui a entraîné une augmentation des incidents violents dans la région. [EPA-EFE/MARTIN SYLVEST DENMARK OUT]

Les ministres de la Justice des pays nordiques ont demandé aux entreprises de réseaux sociaux de prendre des mesures plus concrètes pour lutter contre le rôle des plateformes dans les activités des gangs, à la suite d’une réunion insatisfaisante qui s’est tenue à Copenhague ce lundi 9 décembre.

En septembre dernier, les ministres ont demandé conjointement un plan d’action aux entreprises technologiques afin d’empêcher les gangs de recruter des jeunes pour commettre des crimes violents, y compris des meurtres. Ce plan a été présenté lors de la réunion de lundi, à laquelle ont participé des représentants de Meta, TikTok, Google et Snapchat, mais les ministres n’ont pas été convaincus.

« Le cadre qui a été présenté est un petit pas dans la bonne direction, mais il me manque des actions plus concrètes », estime le ministre danois de la Justice, Peter Hummelgaard Thomsen.

« Les très grandes entreprises technologiques affirment qu’elles suppriment les contenus qui violent leurs directives, mais la triste réalité est que, par exemple, il y a encore des vidéos sur YouTube qui glorifient les gangs illégaux et la violence contre la police — des vidéos qui sont en ligne depuis trois ans. »

Les applications de messagerie cryptée Telegram et Signal avaient également été invitées aux réunions, mais n’ont pas répondu, ce qui a fortement déplu au ministre suédois de la Justice, Gunnar Strömmer.

Ce dernier a toutefois fait remarquer que le recrutement commençait souvent sur des plateformes ouvertes « auxquelles tous nos enfants » ont accès, et pas seulement sur des applications cryptées.

La mise en place d’une limite d’âge n’est pas exclue

Gunnar Strömmer a également appelé les entreprises à prendre des mesures concrètes, affirmant qu’il suffit actuellement de faire défiler du contenu pendant quelques minutes sur diverses plateformes pour y trouver du contenu inapproprié.

Il n’a pas exclu la possibilité d’introduire une limite d’âge pour l’accès aux réseaux sociaux. Par ailleurs, la pression s’est déjà accrue au niveau de l’Union européenne (UE) pour mettre en place des outils de vérification de l’âge.

Après la réunion, TikTok et Snapchat ont déclaré à l’agence de presse suédoise TT qu’ils travaillaient avec acharnement pour supprimer les contenus inappropriés et qu’ils espéraient poursuivre leur coopération avec les autorités policières de différents pays.

La responsabilité de TikTok

« TikTok doit évaluer et atténuer les risques systémiques dans le cadre du DSA [le règlement sur les services numériques] », a déclaré la commissaire européenne finlandaise Henna Virkkunen, responsable de la technologie, lors d’une réunion du Conseil le 6 décembre dernier.

TikTok est tenu de rendre compte à la Commission de l’application du DSA. La Commission a engagé une procédure formelle en février, axée notamment sur la protection des mineurs.

La semaine dernière, la plus haute juridiction roumaine a ordonné le report des élections présidentielles après avoir constaté l’existence d’une campagne de désinformation sur TikTok, et la Commission a ordonné à l’entreprise de conserver les données et les preuves relatives à ces élections.

En outre, TikTok a finalement fermé son programme de récompense TikTok Lite en août, après avoir suspendu « volontairement » les fonctionnalités de récompenses fin avril dernier. La Commission avait ouvert en avril une deuxième série de procédures formelles en vertu du DSA.

Les gangs suédois

Le sujet des gangs criminels et de leur processus de recrutement est particulièrement important pour la Suède et les pays voisins.

La criminalité des gangs suédois s’étend de plus en plus à ses voisins nordiques, en particulier au Danemark, à la Norvège et à la Finlande, ce qui a entraîné une augmentation des incidents violents dans la région.

Les gangs criminels suédois recrutent de plus en plus de mineurs, qu’ils exploitent comme passeurs, guetteurs ou même auteurs de crimes violents, ce qui a conduit les autorités suédoises à envisager des mesures interadministratives globales pour attaquer le problème à la source.

Ces gangs s’appuient sur des plateformes sociales comme TikTok et Snapchat pour romantiser la vie des gangs et attirer des jeunes vulnérables dans leurs réseaux.

Au début de l’année, les autorités scandinaves se sont réunies pour renforcer la coopération régionale contre la violence des gangs, reconnaissant la nature transnationale de ces activités criminelles tout en dissimulant à peine leur exaspération à l’égard de la Suède.

La Suède affiche l’un des taux de violence armée par habitant les plus élevés de l’Union européenne, avec 55 fusillades mortelles parmi 363 incidents l’année dernière, soit bien plus que le total combiné de six fusillades mortelles entre le Danemark, la Norvège et la Finlande.

[Édité par Anna Martino]