Fusion TF1-M6 : le « statu quo n'est pas possible », selon le directeur du groupe Bouygues

Le directeur du groupe Bouygues, maison-mère de TF1, a défendu le projet de fusion devant les sénateurs mercredi (1 décembre), alors que l'avènement d'un mastodonte de l'audiovisuel suscite de grandes inquiétudes en matière de concurrence et de concentration des médias.

Euractiv France
Paris,,April,11,2019.,Building,Of,The,French,Television,Channel
Le nouveau groupe regrouperait 10 chaînes - même s'il devra vraisemblablement en céder, puisque la loi française ne permet pas à un groupe télévisé français de détenir plus de sept fréquences -, environ un tiers de l'audience et plus de 70% du marché publicitaire de la télévision française, ce qui lui conférait un poids non négligeable face à ses concurrents. [Durstjaz/Shutterstock]

Le directeur du groupe Bouygues, maison-mère de TF1, a défendu le projet de fusion devant les sénateurs mercredi (1 décembre), alors que l’avènement d’un mastodonte de l’audiovisuel suscite de grandes inquiétudes en matière de concurrence et de concentration des médias.

C’est un projet très sensible sur lequel l’Autorité de la Concurrence (AdlC) et la future Autorité de régulation de la communication audiovisuelle (Arcom), encore connue sous le nom de Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), devront se prononcer.

TF1 et M6, les deux premiers groupes de télévision privés français, ont annoncé en mai dernier vouloir fusionner pour peser davantage face aux plateformes américaines comme Netflix, Amazon Prime ou encore Disney+ et pour mieux s’adapter aux nouvelles habitudes de consommation de l’audiovisuelle en France.

Dans les faits, Bertelsmann, propriétaire de RTL Group, souhaite céder 30% de ses parts dans M6 au groupe Bouygues, qui deviendrait alors majoritaire à la tête de ce nouveau géant de l’audiovisuel.

Mais ce mariage n’est pas au goût de tous, puisque le nouveau groupe regrouperait 10 chaînes – même s’il devra vraisemblablement en céder, puisque la loi française ne permet pas à un groupe télévisé français de détenir plus de sept fréquences -, environ un tiers de l’audience et plus de 70% du marché publicitaire de la télévision française, ce qui lui conférait un poids non négligeable face à ses concurrents.

Le « statu quo n’est pas possible », s’est justifié le directeur du groupe Bouygues, Olivier Roussat, interrogé mercredi (1 décembre) par les sénateurs de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication et de la commission des affaires économiques.

Il a défendu le rapprochement des deux chaînes historiques pour contrer la place grandissante qu’occupent les plateformes de streaming dans la production et la diffusion de contenus audiovisuels.

Pour lui, il s’agit de « regrouper [leur] forces pour être capable d’acheter des contenus », alors que les distributeurs privilégieraient de plus en plus les plateformes comme Netflix, qui offrent un marché international et qui permettent de s’affranchir des négociations individuelles entre ayant droit et diffuseurs nationaux, et d’« offrir une offre de streaming » adaptée aux nouveaux modes de consommation culturelle.

Les marchés pertinents

L’aval de l’AdlC est très attendu puisque c’est le gendarme de la concurrence française qui devra trancher si cette fusion ne donnera pas lieu à une situation quasi monopolistique, notamment sur le marché publicitaire.

Pour ce faire, elle devra d’abord définir les marchés pertinents, soit les marchés retenus pour évaluer la future position, trop dominante ou non, du futur géant.

M. Roussat a indiqué être « relativement serein » face à cette question, plaidant pour que l’AdlC prenne suffisamment en compte le poids des GAFAM lorsqu’il s’agit du secteur de la publicité en ligne.

Il a par ailleurs précisé qu’il espérait ce feu vert d’ici à octobre 2022, pour une fusion qui interviendrait au plus tard début 2023.

Sujet sensible

Au vu des enjeux économiques et politiques, le sujet fait couler beaucoup d’encre en France.

Côté gouvernement, ce projet est vu d’un bon œil. « Cette fusion ne m’inquiète pas », avait déclaré la ministre de la Culture Roselyne Bachelot sur Franceinfo fin août.

Le CSA, qui doit rendre son avis début 2022, a quant à lui indiqué, par la voix de son président, Roch-Olivier Maistre, qu’il trouvait « naturel » et « compréhensible » que les acteurs du paysage audiovisuel français se « mettent en ordre de marche » pour « développer leur capacité d’investissement et une sorte de souveraineté culturelle ».

Il est pour l’heure difficile de présager la position de l’antitrust français mais le récent non-renouvellement d’Isabelle de Silva à sa tête a créé un sentiment de suspicion autour des possibles réserves que pourrait avoir eu l’autorité indépendante.

« Je relève que la présidente de [l’Adlc], une personnalité qui faisait l’unanimité en France et à l’international, n’a pas été reconduite » a jugé bon de souligner Sophie Primas, présidente de la commission des affaires économiques, devant ses collègues législateurs.

Et d’ajouter : « Espérons que [son remplaçant] puisse instruire ce dossier en toute indépendance ».

Le 15 novembre dernier, le journal Les Échos révélait par ailleurs que le groupe Iliad, maison mère de Free, avait écrit à la Commission européenne pour que ses services se penchent sur ce dossier, estimant que l’opération est d’ampleur européenne.

L’information a été confirmée à EURACTIV par le groupe.