Friedrich Merz et Donald Trump : une première rencontre sans vagues

Friedrich Merz a évité toute confrontation publique lors de sa première rencontre avec Donald Trump. Le chancelier allemand a su préserver une atmosphère sereine malgré les tensions commerciales entre l’UE et les États-Unis, ainsi que des divergences sur le dossier ukrainien.

AFP / EURACTIV Allemagne
US President Trump meets German Chancellor Merz at the White House
Friedrich Merz, chancelier allemand, et Donald Trump, président américain. [EPA-EFE/CHRIS KLEPONIS]

Contrairement à certains de ses homologues avant lui, Friedrich Merz a évité toute confrontation publique lors de sa première visite à la Maison-Blanche jeudi 5 juin. Reçu dans un climat cordial par le président américain Donald Trump, le chancelier allemand a su préserver une atmosphère sereine malgré les tensions commerciales persistantes entre l’Union européenne et les États-Unis, ainsi que des divergences sur le dossier ukrainien.

Très attendue par Berlin, cette première entrevue entre les deux dirigeants avait suscité quelques inquiétudes. Donald Trump s’est en effet déjà illustré par des sorties musclées contre certains chefs d’État lors de rencontres bilatérales, notamment avec les présidents ukrainien et sud-africain. Cette fois, la discussion publique s’est déroulée sans vagues.

L’échange a été largement dominé par Donald Trump, le président américain ayant laissé peu de place à son interlocuteur allemand. Néanmoins, lorsqu’il s’est adressé directement à lui, il a multiplié les compliments, saluant à la fois la victoire électorale récente de Friedrich Merz (Union chrétienne-démocrate, CDU/centre droit) et la qualité de son anglais.

Friedrich Merz avait de son côté choisi d’offrir à Donald Trump un cadeau symbolique : l’acte de naissance du grand-père de ce dernier, Frederick Trump, né « Friedrich » en Allemagne en 1869.

Durant l’échange, Donald Trump n’a pas résisté à l’envie d’égratigner l’ancienne chancelière Angela Merkel (CDU), critiquant sa politique migratoire libérale. Friedrich Merz, arrivé à la tête du pays le mois dernier, a quant à lui déjà annoncé sa volonté de durcir la politique migratoire allemande.

Alors que Friedrich Merz évoquait le Débarquement de Normandie du 6 juin 1944 comme un tournant décisif ayant permis la libération de l’Europe, établissant un parallèle avec le rôle que les États-Unis pourraient jouer aujourd’hui face à la guerre en Ukraine, Donald Trump l’a interrompu : « Ce n’était pas une journée agréable pour votre pays ». Le chancelier allemand a esquivé la pique avec calme, rappelant que cet évènement a, « en fin de compte, permis de libérer [son] pays de la dictature nazie ».

 

Le président américain n’a pas abordé le sujet controversé de l’attitude de l’Allemagne à l’égard du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) — une discussion que redoutaient certains à Berlin.

Selon le New York Times, un responsable de la Maison-Blanche avait pourtant déclaré avant la rencontre entre les deux hommes que le président républicain « soulèverait probablement » la question. Des responsables de l’administration Trump, dont le vice-président J.D. Vance, avaient précédemment critiqué la marginalisation de l’AfD dans la politique allemande, alors même que le parti est arrivé en deuxième position lors des législatives de février. Ils y voient un signe de détérioration de la liberté d’expression.

Dépenses de défense

Donald Trump a salué jeudi les efforts de Berlin en matière de défense.

Pour rappel, Friedrich Merz s’est engagé en début de mandat à « mettre à disposition toutes les ressources financières nécessaires » pour faire de l’armée allemande l’armée la plus puissante d’Europe.

« Je sais qu’à présent, vous dépensez davantage d’argent pour la défense, beaucoup plus d’argent, et c’est une bonne chose », a déclaré Donald Trump, qui n’a de cesse de réclamer plus d’efforts de la part des alliés de l’OTAN.

Le chancelier a promis de satisfaire d’ici début 2030 l’exigence américaine d’une augmentation des dépenses de défense et de sécurité des pays de l’Alliance, à 5 % de leur PIB.

Tensions commerciales

Sur le volet économique, Friedrich Merz — à la tête de la première économie européenne — avait pour ambition de défendre à Washington les intérêts de l’UE dans les négociations commerciales sur les droits de douane.

À quelques semaines d’une éventuelle hausse des droits de douane américains à 50 % sur les produits européens, Berlin redoute un impact sévère sur une économie allemande déjà à la peine.

Donald Trump est resté très évasif dans le Bureau ovale, même s’il a déclaré que l’Europe et les États-Unis « aboutiraient, espérons-le, à un accord commercial ». Il a suggéré que l’énergie pourrait en faire partie, s’attribuant le mérite d’avoir « stoppé » le projet de gazoduc Nord Stream 2, désormais abandonné.

Ukraine-Russie : « il vaut mieux les laisser se battre »

Friedrich Merz a également profité de son tête-à-tête avec le président américain pour appeler à un engagement plus fort des États-Unis pour mettre fin à la guerre russe en Ukraine.

Donald Trump a toutefois semblé indiquer qu’il n’était pas disposé à imposer des sanctions plus sévères à Moscou pour le moment, contrairement à ce qu’espéraient les dirigeants européens.

« J’ai fait cette analogie hier lorsque j’ai parlé au président [Vladimir] Poutine… parfois, vous voyez deux jeunes enfants se battre comme des fous… et vous essayez de les séparer, mais ils ne veulent pas être séparés », a-t-il déclaré.

« Parfois, il vaut mieux les laisser se battre pendant un moment, puis les séparer. »
Au moment opportun, il pourrait se montrer « très, très, très dur » envers les deux pays, car « il faut être deux pour danser le tango », a-t-il ajouté.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]