Friedrich Merz critiqué pour sa position sur l’avenir de l’industrie sidérurgique allemande

Les doutes émis par le candidat à la chancellerie allemande Friedrich Merz (CDU) sur la production d’acier respectueuse de l’environnement ont suscité de vives réactions de la part des syndicats et des opposants politiques, mais son équipe affirme que ses propos ont été déformés.

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Dans le cadre du système d’échange des quotas d’émission (SEQE), l’acier et les autres industries à forte intensité d’émissions de carbone sur le continent devront cesser leur production émettrice de CO2 d’ici 2039. [Getty Images/Sean Gallup]

BERLIN — Les doutes émis par le candidat à la chancellerie allemande Friedrich Merz (Union chrétienne-démocrate d’Allemagne, CDU) sur la production d’acier respectueuse de l’environnement ont suscité de vives réactions de la part des syndicats et opposants politiques. Son équipe affirme que ses propos ont été déformés.

S’exprimant lors d’une conférence des comités d’entreprise à Bochum en Allemagne ce lundi, Friedrich Merz, dont le parti de centre droit CDU est en tête des sondages pour les élections fédérales anticipées du 23 février, a remis en question les efforts déployés par le pays pour atteindre la neutralité climatique dans son vaste secteur industriel.

« Personnellement, je ne crois pas que le passage rapide à des aciéries fonctionnant à l’hydrogène sera une réussite », a-t-il déclaré.

La transition d’une production d’acier à base de charbon à une production d’acier à base d’hydrogène, connu sous le nom d’« acier vert » ou « acier propre », est la principale stratégie pour décarboner l’industrie sidérurgique allemande. Celle-ci est le plus grand émetteur industriel de CO2 du pays.

Mais le président de la CDU a remis en question la viabilité économique de la production d’acier vert en Allemagne : « d’où est censé venir l’hydrogène ? », a-t-il fait remarquer. Il a également souligné les coûts plus élevés de l’acier vert par rapport à l’acier traditionnel.

La position de Friedrich Merz, initialement citée par le magazine allemand Stern en ces termes : « Je ne crois pas à l’acier vert », a inquiété les syndicats.

Un porte-parole du responsable politique allemand a expliqué que ce dernier avait été « mal cité ». Le magazine Stern a ensuite publié un rectificatif.

Des années en perspective

Ceux qui ne croient pas en l’acier vert « promeuvent la fin de l’industrie sidérurgique en Allemagne — avec des conséquences fatales bien au-delà de l’industrie elle-même », a réagi Jürgen Kerner, directeur adjoint du syndicat industriel IG Metall.

La décision de passer à une production industrielle neutre sur le plan climatique a été « prise en Europe il y a des années », a-t-il souligné, arguant que les entreprises de toute l’Allemagne travaillent déjà à la mise en œuvre de l’objectif climatique.

Le gouvernement de coalition actuel, composé des socialistes, des verts et jusqu’à récemment des libéraux, a accordé des subventions massives de 7 milliards d’euros aux sidérurgistes pour qu’ils construisent des sites de production écologiques dans les régions sidérurgiques traditionnelles, telles que Duisbourg dans la Ruhr occidentale, le sud-ouest de la Sarre, et Salzgitter dans le nord de l’Allemagne.

Le gouvernement consacre également des milliards d’euros à un « réseau central de l’hydrogène » visant à transporter l’hydrogène, en particulier depuis le nord du pays, vers les centres industriels du pays.

La région d’origine de Friedrich Merz, le Sauerland, proche de la Ruhr, abrite de nombreuses entreprises de transformation de l’acier, dont beaucoup s’approvisionnent auprès du sidérurgiste ThyssenKrupp à Duisbourg.

L’année dernière déjà, ThyssenKrupp a provoqué un choc chez les travailleurs en annonçant la suppression de 5 000 emplois et la vente d’une autre entreprise employant 6 000 personnes, malgré ses projets subventionnés de décarbonation de la production.

Le secteur est également soumis à une pression massive de la part des concurrents mondiaux, en particulier de la Chine.

Les emplois vont disparaître

Les opposants politiques ont eux aussi réagi rapidement à l’article du Stern, reprochant au candidat à la chancellerie de susciter l’incertitude quant aux perspectives de l’industrie.

« Les métallurgistes comptent sur les engagements et le soutien. Si cela est remis en cause, des emplois disparaîtront », a déclaré sur X Lars Klingbeil, co-président du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD).

Le ministre de l’Économie, Robert Habeck (Verts), a qualifié la déclaration de Friedrich Merz de « gifle » pour les métallurgistes.

« Personne ne devrait croire que [dans les années 2030] l’acier produit avec du charbon a encore une chance sur le marché mondial », a-t-il déclaré, ajoutant que « toutes les grandes économies », y compris les États-Unis et la Chine, ont établi des plans pour décarboner l’acier.

Pas de plan de décarbonation

Dans le cadre du système d’échange des quotas d’émission (SEQE), l’acier et les autres industries à forte intensité d’émissions de carbone devront cesser leur production émettrice de CO2 d’ici 2039 en Europe.

Mais pour la moitié de la production d’acier primaire en Europe, il n’existe actuellement aucun plan de décarbonation de la production, avait averti Judith Kirton-Darling du syndicat IndustriAll lors d’un entretien avec Euractiv l’année dernière.

La Commission européenne souhaite créer de meilleures conditions pour les investissements dans l’« acier propre » en créant une demande sûre dans ce que l’on appelle les « marchés pilotes ».

Les grands utilisateurs d’acier, tels que l’industrie automobile ou le secteur de la construction, pourraient ainsi être contraints d’acheter des quotas minimums d’acier à faible teneur en carbone.

Des propositions pour de tels marchés sont attendues dans le cadre du Pacte pour une industrie propre que la Commission européenne devrait présenter en février.

Les économistes avertissent cependant depuis longtemps que la production d’acier vert en Allemagne a peu de chances d’être compétitive par rapport à la production dans d’autres régions d’Europe ou du monde. L’Allemagne a en effet des conditions moins favorables que d’autres pour les énergies renouvelables, telles que l’énergie solaire ou l’hydroélectricité.

Selon les calculs de ThyssenKrupp, rapportés par le journal allemand FAZ, les coûts énergétiques représenteront 50 % du prix de l’acier vert, alors qu’ils ne représentent que 5 % du coût de l’acier traditionnel.

[Édité par Alice Bergoënd]