Fret ferroviaire : la SNCF aura besoin de l'Etat, plaide son PDG
Le PDG de la SNCF Jean-Pierre Farandou a indiqué lundi (18 septembre) qu'il aurait « besoin de l'Etat » pour que son pôle fret puisse rebondir après la cession forcée à des concurrents d'une partie importante de son activité pour contenter Bruxelles.
Le PDG de la SNCF Jean-Pierre Farandou a indiqué lundi (18 septembre) qu’il aurait « besoin de l’Etat » pour que son pôle fret puisse rebondir après la cession forcée à des concurrents d’une partie importante de son activité pour contenter Bruxelles.
« J‘ai besoin de l’Etat, pour faire en sorte que la nouvelle société (…) ait des conditions économiques qui puissent lui donner de vraies perspectives, à la fois de vivre et de se développer », a estimé M. Farandou.
S’exprimant à l’Assemblée nationale devant la commission d’enquête sur la libéralisation du fret ferroviaire, le dirigeant a évoqué des aides à l’exploitation du fret et à la rénovation du réseau – « la mère des batailles », selon lui -, « de manière assez solide, massive et rapide ».
La Commission européenne s’intéresse au soutien dont a bénéficié Fret SNCF (la principale société de fret ferroviaire du groupe SNCF) sur la période 2007-2019, et en particulier à l’annulation de sa dette de 5,3 milliards d’euros. Celle-ci a été intégrée à la dette de la holding du groupe SNCF lorsque ce dernier a été refondé, début 2020, en application de la dernière réforme ferroviaire.
Bruxelles pourrait déclarer ces aides illégales car non conformes aux règles de l’UE en matière d’aides d’Etat, ce qui provoquerait automatiquement la faillite de Fret SNCF, incapable de les rembourser.
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Regrets sur l’écotaxe
Pour éviter une telle situation, le gouvernement a proposé à Bruxelles un « scénario de discontinuité » consistant à liquider Fret SNCF. La société doit être remplacée par une nouvelle filiale du groupe public, qui abandonnera à des concurrents les « trains dédiés » – des trains de marchandises réguliers, sur 23 axes – qui représentent actuellement 30 % du trafic et 20 % du chiffre d’affaires de Fret SNCF, et occupent 10 % de ses cheminots.
« Il n’y a ni sabordage, ni abandon, ni résignation sur la situation ou l’avenir du fret ferroviaire, y compris public », avait assuré mercredi (13 septembre) devant la même commission le ministre délégué aux Transports Clément Beaune.
S’il est résigné, Jean-Pierre Farandou se veut également volontariste. « Je souhaite qu’il y ait un pôle fret dans notre groupe, qui puisse se développer », a-t-il affirmé.
Son prédécesseur Guillaume Pepy a noté que le dernier plan d’aide de Fret SNCF, autorisé par Bruxelles en 2005, « s’est fracassé sur l’arrivée de la concurrence ». La filiale avait, a-t-il raconté aux députés, des « pieds de plomb », avec des coûts de production élevés, une organisation inadéquate, l’absence de culture clients et les effets nocifs pour les trafics de la « gréviculture (sic) ».
« Nous avons assumé une solidarité complète à l’égard de l’activité du fret », et notamment les pertes, la dette, et la restructuration « assez brutale » de la filiale qui n’a pas gagné d’argent avant 2021.
M. Pepy a regretté que l’ambitieux plan de relance du fret ferroviaire présenté par Jean-Louis Borloo en 2009 n’ait pas été suivi d’effets.
Plus tard, le brutal abandon par Ségolène Royal en 2014 de l’écotaxe, qui devait frapper les poids lourds, « a été un vrai coup de massue sur la tête », selon lui. « Nous avions bâti toute notre stratégie sur le fait qu’il y allait avoir l’écotaxe, votée en 2009. (…) On a eu du mal à s’en remettre parce qu’elle était un élément essentiel pour rééquilibrer le rail et la route ».
M. Farandou a formulé le même regret, rappelant qu’elle devait rapporter environ 1 milliard d’euros par an. « Je suis bien sûr intellectuellement favorable à la reprise des idées de type écotaxe », a relevé le patron de la SNCF.
La commission doit entendre mardi la Première ministre Elisabeth Borne, ministre des Transports de 2017 à 2019.