Frappes israéliennes sur l’Iran : l’UE appelle à la retenue
N'ayant plus d'influence dans la région, les Européens en sont réduits à attendre les décisions de Washington.
Alors que l’attaque israélienne visant plusieurs sites militaires et nucléaires se poursuit en Iran, les dirigeants européens appellent à la retenue. Mais faute de puissant levier politique dans la région, ces derniers semblent réduits à un rôle d’observateur, misant sur Washington pour éviter l’embrasement.
Israël a lancé ce vendredi 13 juin une attaque contre une douzaine de sites iraniens, dont des installations nucléaires, une offensive que l’Iran a qualifiée de « déclaration de guerre ».
La réponse des « E3 » — France, Royaume-Uni et Allemagne, les trois signataires européens de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015, aujourd’hui caduc — a dans un premier temps été prudente.
Après s’être entretenu avec Benyamin Netanyahou, le chancelier allemand Friedrich Merz a convoqué une réunion du cabinet de sécurité allemand et a exhorté les deux parties à « s’abstenir de toute mesure susceptible de conduire à une nouvelle escalade », tout en affirmant le droit d’Israël à se défendre.
« L’objectif doit rester que l’Iran ne développe pas d’armes nucléaires », a affirmé le chancelier.
De son côté, le Premier ministre britannique Keir Starmer a appelé au calme, avertissant que l’escalade « ne sert personne dans la région ».
Le président français Emmanuel Macron n’avait pas encore commenté les frappes vendredi matin, mais l’Élysée a convoqué un Conseil de sécurité nationale.
Le ministère français des Affaires étrangères a appelé à la désescalade et souligné ses préoccupations concernant les ambitions nucléaires de l’Iran, faisant référence à une récente résolution de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) qui accusait l’Iran de ne pas respecter ses obligations de transparence.
La veille, les trois pays avaient présenté une résolution affirmant que l’Iran ne respectait toujours pas ses obligations de divulguer ses activités d’enrichissement de matières pouvant être utilisées à des fins nucléaires.
En réaction aux efforts de l’agence de surveillance nucléaire de l’ONU, Téhéran avait menacé d’accélérer l’enrichissement d’uranium dans ses installations nucléaires.
Le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, a proposé de se rendre en Iran pour évaluer la situation.
L’une des frappes aurait touché le principal site d’enrichissement du pays, à Natanz.
L’Europe attend Donald Trump
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, António Costa, ont souligné qu’« une solution diplomatique est plus urgente que jamais ».
La Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kaja Kallas, a déclaré aux journalistes qu’elle s’était entretenue avec son homologue israélien Gideon Sa’ar dans la matinée.
Bruxelles considère la situation au Moyen-Orient comme « dangereuse » et se tient prête à soutenir tout effort diplomatique visant à apaiser les tensions, a ajouté Kaja Kallas.

[Agence de presse West Asia via Reuters]
N’ayant plus guère d’influence dans la région, les dirigeants européens se tournent désormais vers Washington.
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a déclaré vendredi à l’AFP qu’il était « crucial » que les alliés d’Israël agissent rapidement pour apaiser les tensions.
Dans le même temps, les dirigeants du G7, qui se réunissent au Canada ce week-end, devraient être briefés par la partie américaine dans le cadre de discussions plus larges sur la situation au Moyen-Orient.
Selon des diplomates européens, les États-Unis restent un acteur indispensable du dossier iranien, le rôle de l’Europe étant marginal.
Ellie Geranmayed, du Conseil européen des relations étrangères (ECFR), a déclaré que l’Europe devait éviter de se laisser entraîner dans une confrontation, protéger son personnel sur place et soutenir les efforts visant à sécuriser les sites nucléaires et les inspecteurs.
Les Européens doivent veiller à se coordonner avec Washington et les États du Golfe et « s’efforcer de préserver la voie diplomatique avec l’Iran, notamment en maintenant à court terme un canal de communication secret pour désamorcer les conflits », a déclaré Ellie Geranmayed.
« Les acteurs européens devraient proposer leur aide à l’AIEA et à l’Iran afin de prévenir tout danger pour les inspecteurs européens sur le terrain et d’éviter le risque de contamination radioactive qui pourrait résulter de nouvelles frappes israéliennes », a-t-elle ajouté.
Nick Alipour, Laurent Geslin et Magnus Lund Nielsen ont contribué à la rédaction de cet article.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]