François Hollande remonte en selle et veut mettre la finance au pas

Jugé peu efficace dans ses réactions ces deux dernières semaines, le candidat socialiste à l’élection présidentielle veut montrer qu’il est force de proposition. Démonstration avec la régulation financière et la crise européenne.

EURACTIV.fr
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Jugé peu efficace dans ses réactions ces deux dernières semaines, le candidat socialiste à l’élection présidentielle veut montrer qu’il est force de proposition. Démonstration avec la régulation financière et la crise européenne.

Certains le croyaient sonné par les événements, se disaient même étonnés de ses réactions malhabiles au lendemain de l’annonce fracassante du référendum grec, finalement mort-né. Devant la presse, le 9 novembre, François Hollande a voulu se ressaisir, ponctuant son discours de propositions jusqu’ici étouffées par les critiques immédiates sur le gouvernement.

A l’issue d’une rencontre – la deuxième depuis fin août – avec des économistes de renom comme Elie Cohen, Jean-Hervé Lorenzi ou Thomas Piketty, le candidat à la présidentielle s’est prononcé pour une régulation franche de la finance mondiale.

Première cible, les hedge funds, ces fonds vers lesquels les investisseurs se tournent pour se prémunir contre certains risques (variation des taux de change par exemple). Afin de mieux les encadrer, le candidat soumet une solution ferme  : interdire leur utilisation « lorsqu’ils sont l’objet d’une spéculation». Il va même plus loin, en réclamant l’établissement d’une « liste noire » des hedge funds avec lesquels les banques n’auraient plus le droit de travailler.

Assureur ou spéculateur ?

Mais la mise en pratique est loin d’être acquise. « Il faudrait pouvoir faire la distinction entre le moment où ces fonds ont une activité d’assurance et celui où ils ont une activité spéculative. Dans certains cas, c’est possible. On le voit avec les titres grecs où les hedge funds achètent des CDS (credit default swaps, ndlr) pour se protéger contre un risque qu’ils ne portent pas. Dans d’autres cas, c’est impossible », explique Benjamin Carton, économiste au Centre d’études prospectives et d’informations internationales. Une méthode « plus adroite » consiste selon lui à mieux « réguler les titres », afin que leur échange se fasse de manière transparente, donne lieu à la diffusion d’information et offre la possibilité au régulateur d’interdire certaines opérations.

Car obtenir des audits sur les agissements des hedge funds, dont la plupart sont situés dans les paradis fiscaux, relèverait de la gageure. Mais le candidat a dans sa botte une autre solution  : interdire aux banques de traiter avec les établissements situés dans ces espaces économiques peu regardants. Là encore, la faisabilité est mise en doute. « Si une banque ne peut pas contracter directement avec un paradis fiscal, elle le fera par des intermédiaires. On l’a vu avec le fonds Madoff, relève Benjamin Carton. Il faudrait donc pouvoir éviter l’activité indirecte et empêcher qu’une banque européenne ne puisse contracter avec une banque américaine qui contracte dans un hedge funds, lui-même situé dans un paradis fiscal ! »

Au lendemain d’un G20 très laborieux, où les questions de politique monétaire et de taxation financière sont restées en suspens, François Hollande imagine une architecture institutionnelle plus efficace. Les objectifs de Nicolas Sarkozy « étaient à ce point nombreux qu’aucun n’a été atteint », a déploré le député de Corrèze, dont le schéma repose sur trois instances. La régulation financière tomberait dans l’escarcelle du G8, qui rassemble « les pays affectés par la spéculation », le G20 s’attèlerait aux déséquilibres commerciaux, pendant que le FMI aurait la charge de la réforme du système monétaire international. Une coordination pourrait être assurée par « un organisme qui serait le réceptacle » de ces trois domaines (finance, monnaie, commerce), a suggéré le candidat, sans plus de précisions.

Convaincre l’Allemagne

Les deux semaines qui se sont écoulées depuis le sommet européen du 26 octobre lui ont permis de muscler son argumentaire sur les eurobonds. La Banque centrale européenne n’ayant pas vocation à intervenir pour sauver un pays de la faillite et le Fonds européen de stabilité financière étant, selon lui, sous-calibré, les eurobonds offrent à l’UE une alternative viable. Reste à convaincre l’Allemagne. Mais le pays « ne pourra pas tenir très longtemps », assure le candidat. L’emprunt européen fait désormais consensus au sein du SPD, des Verts, et d’une partie de la droite. Et s’il ne s’y résout pas, le gouvernement allemand risque d’être confronté à des revendications sur la monétisation de la dette par la BCE, prévient François Hollande.

Cette option, qui consiste à faire marcher la planche à billets pour dévaluer la monnaie, hérisse l’Allemagne, qui tire les leçons de son histoire économique en soutenant mordicus la stabilité monétaire. Dans cette configuration, les eurobonds seraient donc perçus comme un moindre mal. « Je pense que nous avons les moyens de convaincre nos amis allemands », confirme le candidat socialiste. A condition, toutefois, que la France ne badine pas avec le redressement de ses comptes publics. L’occasion de tacler son adversaire officieux  : « Dois-je rappeler que c’est Nicolas Sarkozy en 2007 », devant les ministres européens des Finances, qui a annoncé qu’il ne respecterait pas « les engagements du programme de stabilité de (son) prédécesseur ? » 

S’il cherche à se construire l’étoffe du candidat crédible aux yeux du partenaire allemand, François Hollande regrette cependant l’empreinte profonde que la chancelière a laissée dans la gestion de la crise, en balayant d’un revers de main la vision française d’un fonds européen de stabilité financé sans limite grâce à la BCE. En un mot, « c’est l’Allemagne qui fixe l’agenda, la procédure et le règlement ».