François Hollande milite pour un sommet d’urgence de la zone euro

Le Président français compte proposer à ses partenaires européens la tenue d’un sommet des États membres de la zone euro pour relancer une croissance toujours atone.

EURACTIV.fr
Le Président françois Hollande à la conférence des ambassadeurs – août 2014 – ©Présidence de la république
Le Président françois Hollande à la conférence des ambassadeurs - août 2014 - ©Présidence de la république

Le Président français compte proposer à ses partenaires européens la tenue d’un sommet des États membres de la zone euro pour relancer une croissance toujours atone.

Agir, et vite, en faveur de la croissance en Europe. Le Président François Hollande a proposé jeudi  28 août la tenue d’un sommet de la zone euro. Objectif, lancer rapidement une nouvelle initiative de croissance au niveau européen et définir un rythme de réduction des déficits publics qui tiendra compte du risque de déflation.

En réunissant les 18 chefs d’États et de gouvernements de la zone euro, François Hollande espère mettre un coup d’accélérateur à la reprise, qui tarde à venir.  

Pour le chef de l’État, cette réunion, dont il demandera la convocation lors du Conseil européen de samedi 30 août à Bruxelles, devra conjurer le spectre de « l’interminable stagnation » qui menace l’économie européenne.

« Je proposerai qu’un sommet de la zone euro puisse être réuni dans les meilleurs délais pour prendre les décisions nécessaires », a-t-il déclaré lors de la conférence annuelle des ambassadeurs de France à Paris.

Reprise trop faible

Cette initiative intervient après la remise en cause de la politique économique du président par Arnaud Montebourg, qui a démissionné après avoir accusé le gouvernement d’imposer un rythme trop élevé de réductions des dépenses publiques.

« C’est la position que je défendrai lors des prochains Conseils européens : une nouvelle initiative de croissance, une pleine utilisation des flexibilités dans le rythme de réduction des déficits dans le respect des règles européennes, mais avec tout ce qu’elles permettent », a dit le chef de l’État.

>>Retrouvez : la vidéo du discours de François Hollande

« Parce que la reprise est trop faible, parce que l’inflation est trop basse, parce que l’euro est trop cher, et parce que l’Europe est menacée par une longue et peut-être une interminable stagnation si nous ne faisons rien », a dit le président.

Cette proposition vise entre autres à permettre aux États membres d’avancer plus rapidement sur la mise en œuvre d’un plan de relance sans être bloqués par les pays réfractaires à davantage d’intégration, comme le Royaume-Uni.

« J’ai plaidé, et je continuerai de le faire – des discussions vont avoir lieu puisque certains pays veulent se désengager de l’Union européenne – pour qu’il y ait une union différenciée. Que ceux qui veulent aller plus vite, plus loin, notamment dans le cadre de la zone euro, puissent avoir une organisation qui puisse être adaptée à cette exigence d’agir » a expliqué le Président Hollande.

La question des déficits reste taboue

A  l’issue d’une rencontre avec son homologue allemand, le ministre français des Finances, Michel Sapin Michel Sapin a précisé que le sommet de la zone euro demandé par François Hollande ne porterait pas sur un nouveau délai pour ramener les déficits à 3% du PIB.

« Un certain nombre de chiffres montrent qu’il y a une vraie difficulté en Europe, quelle qu’en soit l’origine, les questions géopolitiques, ça compte effectivement et dans certains pays d’Europe plus peut-être encore que dans d’autres, la question de la croissance elle-même, la question de l’équilibre global, c’est de tout cela dont le président de la République souhaite parler, pas du tout d’une demande de délai, je vous le dis tout de suite », a-t-il déclaré.

Priorité à la relance

François Hollande a également apporté son soutien au plan de relance de 300 milliards d’euros annoncé par le futur président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

« Nous ferons en sorte que ce plan-là soit mis en œuvre dans les meilleurs délais », a dit François Hollande, qui a appelé jusqu’à présent en vain l’Allemagne à infléchir sa politique économique en relançant la demande.

L’harmonie franco-allemande semble régner sur le volet de l’investissement. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a également affirmé que Berlin était en faveur du plan de relance proposé par Jean-Claude Juncker, lors de la conférence avec son homologue français Michel Sapin à Paris.

« Lorsque nous disons que l’Allemagne cherche à renforcer les investissements en Europe, il n’y a pas de contradiction avec ce que dit le président François Hollande » a soutenu Wolfgang Schäuble.

Les deux ministres ont d’ailleurs prévu de préparer des propositions communes sur le plan d’investissement, dont les contours et les modalités ne sont pas encore connus.

Parmi les secteurs stratégiques qui devraient bénéficier en priorité du plan de relance européen, les ministres des Finances français et allemand ont notamment cité le numérique, l’énergie et des infrastructures de transport. « Nous travaillons sur toutes les facettes du plan d’investissement européen » a rappelé Michel Sapin.

>>Lire : La France rêve d’un New Deal géant pour l’Europe

L’ensemble des ministres des Finances des 28 États membres va d’ailleurs se retrouver les 12 et 13 septembre prochain à Milan pour un conseil Ecofin informel, qui sera consacré au plan de relance. Les 4 ministres français et allemands en charge du portefeuille de l’Économie et de celui des finances ont d’ailleurs pris date en amont du conseil Ecofin pour accorder leurs violons.

Fervente partisane du plan de relance, la France avait cependant soumis des propositions plus ambitieuses à Jean-Claude Juncker dans sa « feuille de route » pour la prochaine Commission européenne, en suggérant un plan d’investissement d’un montant de 1200 milliards d’euros.

« La somme de 300 milliards donne déjà une véritable capacité d’action » a affirmé Michel Sapin.

Pragmatique, le ministre allemand a quant à lui rappelé l’expérience récente de l’initiative pour l’emploi des jeunes (IEJ). Décidée par les chefs d’États et de gouvernement européen en juin 2013, cette rallonge budgétaire de 6 milliards d’euros devait permettre aux vingt-huit de renforcer leur lutte contre le chômage des moins de 25 ans, qui touche durement de nombreux pays européens.

« On se demandait alors si ces 6 milliards d’euros seraient suffisants pour lutter efficacement contre le chômage des jeunes » a rappelé le ministre. « Quand on voit aujourd’hui les montants qui ont été appelés par les États membres, on se dit que l’Union européenne peut gagner en efficacité » a-t-il poursuivi, faisant référence aux faibles sommes effectivement dépensées, faute d’une mise en place rapide de la part des États.