François Bayrou penche à gauche pour garder la tête sur les épaules
Quelques heures avant son discours de politique générale devant les députés de l'Assemblée nationale, et alors que la France insoumise (LFI) va déposer une motion de censure, le Premier ministre François Bayrou tente d'arracher la neutralité d'une partie de la gauche, pour éviter de chuter aussi rapidement que son prédécesseur.
PARIS – Quelques heures avant son discours de politique générale devant les députés de l’Assemblée nationale, et alors que la France insoumise (LFI) va déposer une motion de censure, le Premier ministre François Bayrou tente d’arracher la neutralité d’une partie de la gauche, pour éviter de chuter aussi rapidement que son prédécesseur.
Pour ne pas connaître le triste sort de son prédécesseur Michel Barnier, destitué après quelques mois à Matignon, et pour ne pas dépendre du Rassemblement national (RN), François Bayrou connaît les termes de l’équation.
Il lui faut faire éclater la bancale coalition du Nouveau Front populaire (NFP), montée dans l’urgence après la dissolution de l’Assemblée nationale en juin dernier, et s’assurer de la non-censure d’une partie de la gauche, du Parti socialiste (PS) bien sûr, mais aussi des écologistes et du Parti communiste (PC).
D’intenses discussions ont été menées la semaine dernière par le gouvernement, sous l’auspice du ministre de l’Économie Eric Lombard, réputé proche du premier secrétaire du PS Olivier Faure.
« Nous ne sommes pas au courant des termes des négociations, ce qui nous paraît sage pour ne pas hystériser le débat », glissait hier un député du Mouvement démocrate (Modem).
« Le compte n’y est pas encore », avertissait par ailleurs Olivier Faure dimanche. Il faut dire que les exigences de la gauche sont longues comme le bras : augmentation du budget de l’Assurance-maladie, annulation de la suppression de 4000 postes dans l’Éducation nationale, déblocage de 7 milliards d’euros pour la transition écologique, etc.
Et surtout l’abrogation ou la suspension de la loi d’avril 2023, qui doit progressivement repousser le départ de l’âge à la retraite à 64 ans.
Le détricotage de l’une des mesures symboliques des précédents gouvernements d’Emmanuel Macron hérisse le poil de certains des fidèles du président, comme la ministre d’État de l’Éducation Elisabeth Borne. Celle-ci expliquait à l’époque où elle était Première ministre que l’âge de départ à la retraite à 64 ans n’était « pas négociable ».
De quoi aussi crisper à droite les Républicains (LR), alors que le président du Sénat Gérard Larcher tentait ce week-end de rappeler que ni une « abrogation » ni une « suspension » de la réforme des retraites n’était envisageable.
Une petite fenêtre pour François Bayrou
Depuis la chute du gouvernement Barnier et alors que la France n’a toujours pas de budget pour l’année 2025, le Premier ministre François Bayrou semble cependant disposer d’une petite fenêtre de tir.
Les Républicains peuvent compter, malgré leur faible représentation à l’Assemblée nationale, sur plusieurs ministres au sein du gouvernement, dont l’influent Bruno Retailleau à l’Intérieur. Ils ne prendront donc pas le risque de censurer l’exécutif.
De leur coté, dans l’optique de nouvelles élections anticipées à l’été 2025, voire de la présidentielle de 2027, les socialistes cherchent à apparaitre comme un parti de gouvernement responsable.
De nombreux cadres du mouvement ne seraient d’ailleurs pas contre de mettre à distance les sorties vindicatives de LFI, qui réclame à corps et à cris la démission d’Emmanuel Macron, quitte pour ce faire à enterrer pour de bon le NFP.
Dans un entretien pour Le Monde, le patron des députés socialistes à l’Assemblée nationale, Boris Vallaud, précisait le 13 janvier « ne pas changer d’alliance », mais expliquait que des désaccords « irréconciliables » existaient avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon.
Et de poser la question : « Si nous obtenons des changements concrets, qui aura été le plus fidèle aux électeurs de gauche ? »
Dès le début des années 2000, François Bayrou soulignait être favorable à une alliance de la « droite républicaine » et de la « gauche réaliste », affirmant sa volonté de faire émerger « le bloc central de la société française » en « faisant éclater la gauche ».
Trois fois candidat à la présidentielle, avant que l’espace politique qu’il entendait créer ne se reconstitue autour d’Emmanuel Macron en 2017, il a aujourd’hui l’occasion de confronter aux réalités du terrain les conseils qu’il a longtemps distillé dans les médias.
Sa première urgence sera de faire en quelques semaines adopter le budget 2025, mais aussi de lancer la reconstruction de Mayotte et de faire face à la crise du monde agricole. Du moins s’il dispose d’assez de temps pour s’emparer réellement de ces dossiers.