France et Allemagne se congratulent sur l'Union bancaire

Les contours de la nouvelle union bancaire restent flous, mais Wolfgang Schaüble et Pierre Moscovici, les ministres des finances allemands et français, s'en réjouissent. Les priorités de réforme pour l'économie européennes en 2014 ne manquent pas.

EURACTIV.fr
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Les contours de la nouvelle union bancaire restent flous, mais Wolfgang Schaüble et Pierre Moscovici, les ministres des finances allemands et français, s'en réjouissent. Les priorités de réforme pour l'économie européennes en 2014 ne manquent pas.

Les ministres des Finances de la France et de l'Allemagne se sont félicités jeudi 19 décembre à Paris de leur tandem renouvelé, après la formation d'une grande coalition en Allemagne, tout en vantant les mérites de l'accord trouvé sur l'Union bancaire, qui doit encore être validé par le Conseil européen.

Les ministres des Finances sont en effet parvenus à un accord dans la nuit du mercredi au jeudi.

Une solution pour le futur lointain

Le dispositif destiné à éviter aux États de renflouer leurs banques en faillite repousse néanmoins dans le lointain la mise en place de ses principaux outils, et reste peu ambitieux dans son ampleur.

Ainsi le Mécanisme de Résolution Unique représente un fonds qui sera abondé par les banques, et dont le montant devrait atteindre 55 à 60 milliards d'euros, mais dans….10 ans. En attendant, ce sont encore des fonds nationaux qui pourvoiront aux manquements éventuels des banques. Lesquels, et combien : le flou demeure.

La France a milité pour la mise en place d'un « filet de sécurité » ou « backstop », dont le montant est encore à définir. Ce filet devrait permettre au fonds du MRU de se refinancer, le cas échéant. Cette assurance serait nécessaire, selon Bercy, en cas de faillite d'une banque importante.

Et selon les estimations du Fonds Monétaire International, un fonds dont le montant reste inférieur à 100 milliards d'euros aurait du mal à affronter la faillite d'une banque moyenne.

Un projet pour une zone euro forte

Pierre Moscovici a tenté de souligner le volant politique de l'accord, dans lequel « France et Allemagne ont du faire des concessions » a-t-il assuré.

« Celà semble difficile à comprendre, mais il s'agit d'un grand projet politique qui permet de briser le cercle vicieux entre banques et Etats" a insisté le ministre français, en soulignant que les contribuables seraient moins sollicités (à partir de 2025) en cas de grave problème financier au sein de la zone euro.

« Nous voulons que l'Europe et que la zone euro soient fortes » a assuré le ministre français. De son côté, Wolfgang Schauble s'est félicité d'être parvenu à maintenir l'euro, ce qui n'a pas toujours été évidents, jugeant que l'essentiel de la crise était derrière nous.

« L'Irlande a mené à terme son programme, le Portugal en sortira en 2014, et l'évolution de la Grèce est plus positive que prévu" a indiqué le ministre allemand.

La question du financement de l'économie en suspens

Les ministres ont en revanche peu développé l'impact pour l'économie de la zone euro. Selon Moscovici, le mécanisme de résolution unique doit permettre de réduire la fragmentation bancaire, c'est -à-dire de s'orienter vers une harmonisation des taux d'intérêt dans la zone euro.

Or on en est loin. Les dettes des différents pays se traitent à des niveaux soit très faibles (comme en France et en Allemagne) soit très élevés (comme en Italie ou en Grèce). La fragmentation existe et impacte lourdement les pays les moins bien lotis, qui peinent à payer les intérêts de leur dette et à relancer leur économie, tout en subissant le dynamisme-tout relatif- de leurs voisins.

En France, le service de la dette est paradoxalement aidé par l'importance même de la dette, qui rend l'Europe entière solidaire de son financement

Du pain sur la planche

Évoquant les projets communs, les deux ministres ont évoqué l'importance des discussions en cours sur la Taxe sur les Transactions Financières, un enjeu plus politique que celui de l'union bancaire.

A la veille des élections européennes, la pression des citoyens européens en faveur d'une taxe Tobin à l'européenne est forte, mais les pays peinent à s'accorder sur le sujet. La France refuse notamment d'étendre l'assiette de la taxe à toutes les opérations, y compris les opérations dites intraday, qui sont réalisées pour « assurer la liquidité des titres; c'est-à-dire s'assurer qu'acheteurs et vendeurs trouveront toujours une contrepartie.

>>Lire la position du ministre délégué à l'aide au développement, Pascal Canfin, sur le sujet

Autre sujet évoqué par Pierre Moscovici, la mise en place d'un budget propre à la zone euro devrait faire partie des avancées de 2014. Un sujet que le ministre allemand n'aura pas relevé.