Fin des moteurs à combustion en 2035 : les diplomates européens vent debout contre le blocage de Berlin
Les diplomates de l’UE ont réagi avec surprise et agacement face au refus de l’Allemagne de soutenir l’interdiction de la vente de nouvelles voitures à moteur à combustion d’ici à 2035 — une décision qui a conduit à un report du vote d’approbation de la loi.
Les diplomates de l’Union européenne ont réagi avec surprise et agacement face au refus de l’Allemagne, à la dernière minute, de soutenir l’interdiction de la vente de nouvelles voitures à moteur à combustion d’ici à 2035 — une décision qui a conduit à un report du vote d’approbation de la loi.
L’Allemagne avait initialement accepté de nouvelles règles visant à renforcer les normes d’émission de carbone pour les voitures, notamment une réduction de 100 % des émissions de CO2 pour les nouvelles voitures et camionnettes à partir de 2035 — ce qui revient à interdire de facto les moteurs à combustion. Elle a toutefois indiqué ne pas pouvoir voter en faveur de l’accord dans sa forme actuelle.
Le ministre allemand des Transports, Volker Wissing, fait pression sur la Commission européenne pour qu’elle présente une proposition autorisant les carburants de synthèse. Ces carburants, fabriqués à partir d’électricité et neutres en carbone s’ils utilisent du CO2 prélevé dans l’atmosphère, pourraient être utilisés dans les véhicules à moteur à combustion vendus après 2035.
L’Italie a également opéré un revirement, indiquant aux journalistes que le pays, dirigé par le parti de droite Fratelli d’Italia (Frères d’Italie), ne pouvait plus soutenir le texte, qui avait été négocié sous l’administration du précédent Premier ministre italien Mario Draghi.
Combinés aux refus de soutenir la loi de la Pologne et de la Bulgarie, les quatre nations forment désormais une « minorité de blocage », compromettant ainsi l’adoption de la législation.
La Suède, qui assure actuellement la présidence du Conseil de l’UE, a annoncé vendredi (3 mars) que le vote des ambassadeurs de l’UE serait repoussé, sans préciser la date du nouveau vote.
Coreper I decided to postpone the decision on the 2035 car emissions target from 7 March to a later Council meeting. Coreper will revert to the issue in due time.
— Daniel Holmberg (@danielholmberg) March 3, 2023
Les diplomates de l’UE contactés par EURACTIV ont critiqué le changement soudain de l’Allemagne, s’interrogeant sur la raison pour laquelle il a eu lieu si tard dans le processus législatif.
« C’est comme si l’Allemagne venait de découvrir qu’elle fabriquait des voitures », a confié un diplomate européen à EURACTIV.
D’aucuns ont également exprimé des inquiétudes quant à la décision de revenir sur des accords internes antérieurs, qui pourrait créer un dangereux précédent pour les futures législations européennes.
Toutefois, certains se sont réjouis du report du vote visant à entériner la loi.
« La Pologne n’est pas d’accord avec le fait d’accroître [la] charge pesant sur les citoyens », a déclaré un second diplomate européen. « La législation européenne devrait inciter les constructeurs automobiles à proposer des véhicules “zéro émission” au prix le plus bas possible pour les citoyens et les constructeurs devraient être incités à alléger la charge qui pèse sur les consommateurs. »
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La présidente de la Commission se veut rassurante
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a rendu visite au chancelier allemand, Olaf Scholz, ce week-end dans la ville de Meseberg.
Commentant le refus de l’Allemagne de soutenir l’interdiction de vente des nouvelles voitures à moteurs à combustion d’ici à 2035, elle a déclaré que les problèmes rencontrés pouvaient être résolus.
« Il faut que cela soit en adéquation avec nos objectifs climatiques sur lesquels il existe un accord », a-t-elle indiqué dimanche (5 mars).
Le commissaire européen à l’Action pour le climat, Frans Timmermans, qui n’a pas participé à la rencontre en Allemagne, s’est déjà prononcé contre l’utilisation des carburants de synthèse dans les voitures individuelles.
« Nous ne devrions pas utiliser [les carburants de synthèse] pour le transport routier, sous quelque forme que ce soit », avait indiqué le vice-président de la Commission aux journalistes lors d’un événement de presse le 14 février, invoquant les grandes quantités d’énergie renouvelable nécessaires à leur création.
Réactions de tous bords
Les responsables politiques de l’ensemble du Parlement européen ont été prompts à réagir à la nouvelle du report du vote final.
Le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, qui a longtemps fait campagne contre l’interdiction des moteurs à combustion, s’est félicité du possible échec de la loi.
« Le groupe PPE a toujours voté contre une telle interdiction et appelle les États membres à faire de même. L’interdiction empêchera l’innovation, provoquera la perte de milliers d’emplois et conduira au déclin d’une industrie européenne essentielle », a déclaré l’eurodéputé Jens Gieseke.
À l’inverse, les députés écologistes ont réagi avec colère, fustigeant l’idée d’utiliser les carburants de synthèse pour alimenter les voitures individuelles.
« Faire un plein de carburant de synthèse dans sa voiture, c’est comme se doucher avec du champagne — trop cher et inefficace », a déclaré l’eurodéputée allemande Anna Deparnay-Grunenberg. « Il est illusoire de penser que nous pouvons simplement continuer à faire comme avant simplement si le carburant devient plus respectueux de l’environnement. »
Bien que les partisans de la suppression de l’interdiction placent l’initiative comme étant dans l’intérêt des acheteurs de voitures, le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC), une organisation de défense des consommateurs, a dénoncé la lenteur de l’adoption de la loi.
« Il est frustrant d’assister à ces querelles politiques de dernière minute concernant une décision fondamentale du Pacte vert pour l’Europe [Green Deal] », déplore Dimitri Vergne, responsable des questions de durabilité au BEUC.
« Le passage aux voitures à batterie électrique est une évidence, car c’est l’option la plus rentable pour réduire les coûts de conduite pour les consommateurs, tout en réduisant les émissions de CO2 du transport routier », a-t-il poursuivi.
Kira Taylor et Jonathan Packroff ont contribué à la rédaction de cet article.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]