Festival de Cannes : des spécialistes de l'audiovisuel perplexes après les annonces de la Commission européenne
Réagissant au discours du Commissaire européen au marché intérieur au Festival de Cannes, des parties prenantes du secteur culturel expriment leur perplexité et incompréhension quant aux annonces.
Réagissant au discours du commissaire européen au marché intérieur au Festival de Cannes jeudi (18 mai), des parties prenantes du secteur culturel expriment leur perplexité et incompréhension quant aux annonces.
Parmi les « stars » présentes au Festival, un invité singulier, Thierry Breton, commissaire européen au marché intérieur a pris la parole pour présenter les priorités de la Commission européenne concernant la compétitivité du marché des médias et de l’audiovisuel.
Le secteur audiovisuel emploie quasiment un demi-million de personnes au sein de l’Union européenne, selon les chiffres publiés dans le European Media Industry Outlook, rendu public pour l’occasion.
C’est la seconde apparition de M. Breton au festival, bien que sa présence puisse être contre-intuitive. En effet, bien que la Commission européenne doit veiller à l’intégrité du marché unique, elle n’a qu’une compétence de soutien en ce qui concerne la culture. De plus, le Festival de Cannes n’a pas d’agenda européen affiché.
M. Breton s’est donc exprimé sur une ligne de crête où il ne peut à la fois que proposer des actions d’appui et tenter d’être percutant en parlant de l’UE à des acteurs venus des quatre coins du monde.
Le commissaire au marché intérieur résume ses priorités pour le secteur dans un tweet : « préserver la propriété intellectuelle », « renforcer l’investissement » et « accélérer l’innovation & les nouvelles technologies ».
Préserver la propriété intellectuelle
M. Breton a commencé par évoquer les nouvelles tendances qui frappent le marché audiovisuel, citant le déplacement des téléspectateurs vers les plateformes de vidéos à la demande.
Il déplore que les plateformes américaines Netflix, AmazonPrime, Disney+ aient mis en place une politique de rachats des droits de propriété intellectuelle européenne agressive.
« Atout stratégique majeur » du marché audiovisuel européen, cette tendance « doit nous interpeller », assure M. Breton.
Cette prise de position a été critiquée par un professionnel du secteur, qui évolue dans les milieux associatifs de l’audiovisuel, et parle à EURACTIV sous couvert d’anonymat.
Ce dernier aurait préféré une position plus ferme de M. Breton sur le sujet des droits d’auteurs et de la propriété intellectuelle. Le marché audiovisuel a en effet cela de particulier dans l’Union européenne qu’il reste très fragmenté. Or, c’est cette fragmentation, qu’il faut préserver, selon la personne interrogée.
Le droit d’auteur est territorialisé, et libéraliser le marché, pour créer un marché unique, aboutirait, toujours selon la même source, à la fermeture des petites et moyennes entreprises de production, de distribution et de cinémas indépendants.
La crainte est qu’une libéralisation n’aboutisse à une domination des acteurs américains, qui sont les seuls à disposer des budgets pour se positionner dans un marché élargi.
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Renforcer l’investissement
M. Breton a ensuite listé les initiatives de la Commission européenne en faveur du secteur.
Il a notamment évoqué le programme Creative Europe Media, dont l’objectif est d’apporter des subventions aux producteurs et distributeurs des films européens. Doté d’un budget d’1,4 milliard d’euros, il s’est félicité que ce budget « a augmenté de 80% depuis [sa] prise de poste ».
Il a également évoqué le plan de relance européen, NextGenerationEU, annonçant qu’un milliard d’euros avaient déjà été dépensés dans le secteur audiovisuel, et a conseillé aux spectateurs de continuer à exploiter les dernières enveloppes budgétaires disponibles.
Mais, il n’y a « jamais eu de parole écrite, ni de recommandation écrite de la part de la Commission européenne pour demander aux États membres de dépenser l’argent du plan de relance dans le secteur culturel et créatif », réplique la source interrogée par EURACTIV.
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Accélérer l’innovation et les nouvelles technologies
M. Breton a conclu sa prise de parole en évoquant les sujets d’innovation.
Il a d’abord présenté une Coalition industrielle de réalité virtuelle et augmentée, organe de consultation regroupant toutes les parties prenantes du secteur audiovisuel, dont l’objectif sera de définir une stratégie européenne.
En effet, selon ses chiffres, le marché mondial sur le segment de la réalité virtuelle et augmentée devrait passer de 27 milliards d’euros en 2022 à 800 milliards en 2030.
M. Breton a ensuite évoqué le Media Data Space : projet industriel de mise en commun et d’exploitation de données, afin, toujours selon lui, « de renforcer la créativité et la compétitivité » du secteur.
La même personne du système associatif de l’audiovisuel juge cette troisième priorité comme « décorrélée des besoins du secteur ». En parlant métavers et nouvelles technologies, M. Breton a « oublié l’essentiel des besoins des acteurs du secteur ».
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Le débat du panel de discussion ne reprend pas les annonces
À la suite du discours de M. Breton, des experts du secteur sont montés sur scène pour continuer le débat, souvent avec des prises de position décorrélées des annonces du commissaire.
Pierre-Antoine Capton co-fondateur et PDG de Mediawan, groupe audiovisuel français, a exhorté les acteurs du secteur à apprendre « à se faire confiance », pour créer un « modèle européen » de l’audiovisuel.
Il a présenté son groupe Mediawan comme un exemple à suivre et définit « la richesse du groupe » comme son ADN européen et a suggéré aux spectateurs de s’en inspirer pour « travailler collectivement » et ainsi créer une « différence incroyable » vis-à-vis des acteurs américains et mondiaux.