Face aux tensions avec Trump, les dirigeants de l’UE veulent conclure un accord commercial avec l’Inde

Après plus de vingt ans de discussions, l’UE s’apprête à conclure un accord commercial majeur avec l’Inde. Un timing jugé particulièrement opportun par les dirigeants européens, alors que les relations commerciales avec les États-Unis se tendent à nouveau.

EURACTIV.com
Prime Minister Narendra Modi Holds Delegation Level Talks With European Commission Chief Ursula von der Leyen
Le Premier ministre indien Narendra Modi et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. [Getty Images/Sonu Mehta_Hindustan Times]

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, António Costa, devraient finaliser l’accord mardi 27 janvier à New Delhi, lors d’un sommet UE-Inde avec le Premier ministre indien Narendra Modi.

La signature de ce texte — sous réserve d’un règlement des derniers différends liés à la politique climatique — intervient dans un contexte de fragmentation croissante du commerce mondial. Face aux menaces protectionnistes récemment ravivées par Donald Trump, l’UE cherche à diversifier ses partenariats économiques et à réduire sa dépendance vis-à-vis de Washington.

« Nous montrons à un monde fracturé qu’une autre voie est possible », déclarait dimanche 25 janvier Ursula von der Leyen à propos de la coopération avec l’Inde.

L’accord ouvrirait aux entreprises européennes l’accès à un marché de près de 1,5 milliard de consommateurs. L’Inde, plus grande démocratie du monde, est désormais perçue à Bruxelles comme un partenaire stratégique clé, tant sur le plan économique que géopolitique.

Les négociateurs européens reconnaissent que ce texte, autrefois qualifié de « mère de tous les accords » en raison de l’ampleur du marché indien, a été particulièrement ardu à conclure.

L’art de la négociation

Selon des informations relayées par Reuters, l’Inde devrait accepter une réduction substantielle des droits de douane sur les voitures européennes, qui pourraient passer de 110 % à environ 40 %.

Une telle baisse constituerait une bouffée d’oxygène pour des constructeurs comme Volkswagen ou Renault, actuellement confrontés à des difficultés. D’autres secteurs industriels — notamment les composants automobiles, la chimie et les plastiques — pourraient également bénéficier des nouvelles conditions d’accès au marché indien. L’accord devrait en outre améliorer les perspectives pour les exportations européennes de vins et spiritueux.

« C’est une très bonne nouvelle pour les producteurs, compte tenu de la taille du marché et des droits d’accise actuellement en vigueur », assure un diplomate européen à Euractiv.

En contrepartie, l’UE faciliterait l’accès de plusieurs secteurs indiens à son marché, notamment le textile, la joaillerie, les produits pharmaceutiques, les machines et les services informatiques. Mais l’UE n’obtiendra pas tout ce qu’elle souhaite.

New Delhi et Bruxelles se sont affrontées sur les engagements en matière de durabilité dans le cadre de l’accord.

Si les droits de l’Homme et les engagements pris dans le cadre de l’accord de Paris devraient être inclus dans l’accord, ils ne seront probablement pas désignés comme des « éléments essentiels », explique un diplomate européen à Euractiv. Cela signifie qu’une violation ne permettrait pas de suspendre l’accord, contrairement à l’accord UE-Mercosur.

New Delhi a également réclamé des exemptions aux politiques climatiques européennes, notamment au mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), une demande que Bruxelles a refusée.

La question reste néanmoins ouverte. « Les deux parties travaillent d’arrache-pied pour relever les défis qui subsistent », confiait Ursula von der Leyen au Times of India ce week-end.

Certains secteurs sensibles ont été exclus de l’accord, en particulier l’agriculture. Les produits laitiers resteront hors du champ du texte, tout comme les dispositions visant à protéger les produits alimentaires traditionnels via les indications géographiques.

Sur ce dernier point, les discussions ont été reportées dans l’attente d’une réforme de la législation indienne sur les indications géographiques.

Une fois signé, l’accord devra encore être ratifié par le Parlement européen avant d’entrer en vigueur.

Sofia Sanchez Manzanaro a contribué à la rédaction de cet article.