Evitons de nous servir de la cybercriminalité comme d’une barrière commerciale
Les gouvernements pourraient se servir des attaques informatiques pour introduire des mesures de protection commerciale, ont déclaré à EURACTIV des sources du secteur. L’UE s’apprête à ouvrir un nouveau centre de lutte contre la cybercriminalité à La Haye.
Les gouvernements pourraient se servir des attaques informatiques pour introduire des mesures de protection commerciale, ont déclaré à EURACTIV des sources du secteur. L’UE s’apprête à ouvrir un nouveau centre de lutte contre la cybercriminalité à La Haye.
John Suffolk, chargé de la cybersécurité chez Huawei, a déclaré à EURACTIV : « Il est possible que les cyberattaques soient utilisées pour lever des barrières commerciales. Je pense que chacun d'entre nous devrait se montrer très prudent à cet égard. J'ai fait part de mon avis au gouvernement et au secteur privé, c'est mon opinion personnelle, je pense que nous empruntons un chemin dangereux. »
M. Suffolk a par le passé travaillé comme conseiller et responsable de l'information pour le gouvernement britannique.
Vinton Cerf, l'un des pionniers de l'Internet qui travaille aujourd'hui chez Google, est du même avis. Il a souligné que certains tentaient d'établir des règles d'opération qui deviendraient des barrières commerciales.
Nouveau centre pour la lutte contre la cybercriminalité
Les deux hommes ont exprimé leur inquiétude alors que la commissaire aux affaires intérieures, Cecilia Malmström, a appelé le secteur privé à s'investir dans la lutte contre la cybercriminalité lors d'un forum organisé par Microsoft la semaine dernière (31 mai). Les intervenants n'ont eu de cesse de mettre en garde le public contre la menace grandissante que représente la criminalité en ligne.
En mars dernier, Mme Malmström a proposé de créer un Centre européen de lutte contre la cybercriminalité au sein d'Europol.
Ce centre rassemblerait l'expertise européenne en matière de cybercriminalité, préviendrait les Etats membres en cas de menace, identifierait les nouvelles infractions en ligne, les réseaux organisés et les grands criminels du cyberespace.
Scott Charney, vice-président en charge du Trustworthy Computing Group de Microsoft, a expliqué lors du forum : « Il y a 15 ans, les logiciels malveillants et les spams constituaient la plupart des menaces en matière de cybercriminalité, mais aujourd'hui, ce n'est plus le cas et nous devons élaborer une stratégie de sécurité dans ce domaine. »
Pas au programme de l'UE
Les gouvernements ont récemment adopté une stratégie pour prévenir la cybercriminalité et y répondre. Ils doivent à présent ajouter des éléments de détection et d'endiguement à cette approche, a expliqué M. Charney.
Il a affirmé que la cybercriminalité en était à un point d'inflexion suite au passage au cloud computing et à l'émergence de l'« Internet des objets ».
Lors du même forum, Mme Malmström a déclaré qu'un sondage de l'Eurobaromètre révèlerait bientôt que trois quarts des Européens pensent être de plus en plus menacés par la cybercriminalité.
« Le secteur privé pourrait contribuer au partage d'informations sur les risques encourus de nombreuses manières et créer un réseau pour identifier ces risques », a-t-elle expliqué.
Lorsqu'EURACTIV lui a demandé ce qu'elle pensait du fait que la cybercriminalité puisse être utilisée comme un prétexte pour lever des barrières commerciales, Mme Malmström a répondu : « Ce n'est pas absolument pas au programme. »