Européennes : sursaut écologiste attendu dans les pays baltes
Alors que l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie se préparent à voter lors des élections européennes des 8 et 9 juin, les sondages prévoient l’élection de quatre eurodéputés écologistes lettons et lituaniens, contre un seul pour les deux pays lors de la précédente législature.
Alors que l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie se préparent à voter lors des élections européennes des 8 et 9 juin, les sondages prévoient l’élection de quatre eurodéputés écologistes lettons et lituaniens, contre un seul pour les deux pays lors de la précédente législature.
Ces élus rejoindraient le groupe des Verts/ALE au Parlement européen. Au total, 27 sièges reviennent aux pays baltes au sein de l’hémicycle.
Si, à première vue, cette augmentation semble significative, les experts soulignent que l’idéologie politique des partis écologistes baltes diffère de celle de leur groupe europarlementaire.
« L’écologie politique n’est pas mise en avant dans les pays baltes », explique à Euractiv la journaliste indépendante spécialiste de cette région Marielle Vitureau.
D’après un sondage du Parlement européen daté du printemps 2024, portant sur les préoccupations et les priorités des citoyens avant les élections européennes, les actions contre le changement climatique sont la priorité pour seulement 6 à 14 % des Baltes.
Ce faible intérêt pour les questions environnementales se traduit par les modestes scores des partis écologistes aux élections nationales.
Aux élections parlementaires de 2020 en Lituanie, le parti Vert Lietuvos Žaliųjų Partija (LŽP) a reçu 1,7 % des voix et l’année dernière, aux élections nationales en Estonie, le parti écologiste Erakond Eestimaa Rohelised (EER) n’a lui obtenu que 0,96 % des voix.
En ce qui concerne la Lettonie, les écologistes du Latvijas Zaļā partija (LZP), plus conservateur sur l’échiquier politique, font partie de la coalition Apvienotais saraksts (AS) et ont obtenu cinq députés après les élections d’octobre 2022.
La protection de l’environnement, un combat historique
Cependant, les préoccupations environnementales n’ont pas toujours été aussi absentes du débat public dans les pays baltes.
En Lettonie, les mouvements écologistes nés dans les années 60 en opposition à la construction de barrages sur la plus grande rivière du pays, la Daugava, ont gagné en importance tant la cause environnementale se couplait à une résistance au pouvoir soviétique.
Sous Mikhail Gorbatchev, le Club de Protection de l’Environnement (Vides aizsardzības klubs), créé au milieu des années 1980, a été le premier à soulever un certain nombre de questions cruciales, telles que la protection de la mer Baltique, la déforestation et la préservation de la diversité naturelle.
Les oppositions au pouvoir soviétique pour les projets de construction de métro à Riga, ou d’une centrale nucléaire dans la région de Kurzeme, ont été le moteur des futurs mouvements indépendantistes lettons.
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De nouvelles préoccupations
Lorsque les pays baltes se sont libérés de la tutelle de Moscou et ont retrouvé leurs souverainetés, les priorités n’étaient plus à la protection de l’environnement.
« Les armes et le beurre — la sécurité et le développement économique dominent les préoccupations des électeurs », résume pour Euractiv, le professeur à l’Institut des relations internationales et des sciences politiques de l’Université de Vilnius, Ramūnas Vilpišauskas.
Le rattrapage du retard économique après l’entrée dans l’Union européenne en 2004, récemment couplé par des préoccupations en termes de sécurité, du fait d’un voisin instable qui a unilatéralement envahi l’Ukraine, font passer au second plan la cause environnementale dans ces trois pays.
De plus, la forte influence des partis agrariens sur la scène politique lituanienne et lettone, arrivés tous les deux en seconde positions aux dernières élections nationales (le parti lituanien Lietuvos valstiečių ir žaliųjų sąjunga, LVŽS : 18 % et le parti letton Zaļo un Zemnieku savienība, ZZS : 12,58 %), font que l’écologie est souvent vue à travers un prisme agricole plus sceptique.
Un second éveil écologiste ?
Malgré cela, des partis sociaux-démocrates et écologistes sont apparus ces dernières années, correspondant davantage à leurs homologues des pays scandinaves ou d’Europe de l’Ouest.
Marielle Vitureau attribue cette évolution à une jeunesse balte plus progressiste et attachée à la défense de valeurs sociétales telles que l’écologie et les droits des minorités sexuelles.
Selon elle, les jeunes Lettons, Lituaniens et Estoniens ne s’identifient plus aux partis traditionnels qui se disent « socialistes », souvent issus des anciens partis communistes et qui défendent les minorités russes dans la région.
Cette tendance se traduit par exemple en Lettonie où le parti Progresīvie (Les progressistes), fondé en 2017, siège actuellement au gouvernement et est en passe de remporter son premier eurodéputé ce week-end, selon les derniers sondages.