Européennes : Marine Le Pen lance son offensive avec Matteo Salvini et tacle discrètement Giorgia Meloni
En saluant les efforts de Matteo Salvini lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, Marine Le Pen cible de nouveau la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni, dont le pays fait face à un afflux de migrants important depuis plusieurs jours.
Marine Le Pen, leader du Rassemblement national (RN), était à Pontida dans le nord de l’Italie dimanche (17 septembre) au rendez-vous de rentrée traditionnel du parti de Matteo Salvini, la Lega, son principal allié du groupe Identité et Démocratie (ID) au Parlement européen.
Les deux ont affiché leur unité à quelques mois des élections européennes du 9 juin prochain. « Cette année nous engage […] dans le même combat : le combat pour nos libertés, pour nos peuples, pour nos patries », a déclaré Marine Le Pen en ouverture de son discours.
Elle souhaite que les élections à venir soient l’occasion, entre autres, de protéger « nos peuples contre la submersion migratoire aujourd’hui organisée. »
Il faut défendre « nos peuples, comme l’a fait si brillamment Matteo [Salvini] avec courage et pugnacité quand il avait le pouvoir de le faire […], en faisant baisser de façon spectaculaire le nombre de migrants », a-t-elle lancé, se remémorant du temps où M. Salvini était ministre de l’Intérieur (2018-2019) et chargé de la question migratoire.
À l’époque, assure-t-elle, « l’Europe entière regardait vers l’Italie avec admiration face à tant de détermination », dont Matteo Salvini et la Lega faisaient preuve.
« Que ce moment revienne »
« Nous attendons que ce moment revienne pour l’Italie, mais aussi pour la France », a poursuivi Mme Le Pen. S’exprimant au passé, la leader du RN laisse entendre que cela n’est aujourd’hui plus le cas avec Giorgia Meloni à la tête du gouvernement italien.
Malgré les promesses de campagne de Mme Meloni d’établir un « blocus naval », l’Italie fait face à une vague migratoire importante depuis le début de l’année et encore plus depuis quelques jours.
Sans mentionner nommément Giorgia Meloni ou d’autres dirigeants depuis la scène de Pontida, Mme Le Pen a fustigé « ceux qui prétendent, pour expliquer le maintien des choses en l’état, ou pour justifier leur lâcheté, qu’il n’y a pas d’autre alternative ».
Selon elle, les militants et les dirigeants de la Lega ont « montré que la volonté politique peut tout » et qu’ils « incarnent la volonté politique dont l’Europe a besoin ».
Ce n’est pas la première fois que Mme Le Pen évoque la « volonté politique » pour s’en prendre à Giorgia Meloni. En juin dernier déjà, Marine Le Pen avait eu des mots sévères envers Mme Meloni. Jugeant que la Première ministre italienne était « entravée » par la situation budgétaire de son pays, elle avait toutefois indiqué que, selon elle, « tout est question de volonté politique ».
Dès lors, Mme Le Pen avait considéré que Mme Meloni était contrainte à devoir faire des « concessions » à Bruxelles, en matière d’immigration par exemple, afin de pouvoir toucher les fonds du plan de relance européen destiné à l’Italie.
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Matteo Salvini est « le seul choix » pour les Italiens
Marine Le Pen en a donc conclu que voter pour Matteo Salvini et la Lega « est le bon choix, et même que c’est le seul choix », excluant donc le parti Fratelli d’Italia de Mme Meloni de l’équation.
Samedi (16 septembre), Marine Le Pen s’était montrée plus explicite encore, à Beaucaire, dans le sud de la France, pour la rentrée de son parti. Elle s’était dite « interloquée par ceux qui en appellent à l’Union européenne alors qu’ils se disent patriotes », rapporte l’édition de dimanche du quotidien Le Parisien. Or, c’est précisément ce qu’a fait Giorgia Meloni en invitant Mme von der Leyen à Lampedusa dimanche.
Toujours selon Le Parisien, l’eurodéputé et président du RN, Jordan Bardella, aurait, de son côté, été « déçu » par la politique de Giorgia Meloni s’il avait été Italien.
La triple candidate à l’élection présidentielle française s’est en revanche montrée très offensive envers Ursula von der Leyen, qu’elle a qualifiée d’« immigrationniste » au micro de BFMTV. La présidente de la Commission, qui était à Lampedusa dimanche avec Mme Meloni, « impose cette localisation de migrants dans nos pays contre la volonté des peuples européens et le peuple français aura la possibilité de dire “non” le 9 juin prochain », le jour des élections européennes.
Enjeux politiques de leadership à l’extrême droite
En Italie, la Lega de Matteo Salvini perd du terrain face à la montée spectaculaire du parti de Giorgia Meloni.
Alors qu’aux européennes de 2019 il avait engendré plus de 34 % et obtenu l’élection de 29 eurodéputés, Matteo Salvini ne devrait parvenir à en garder que 9, d’après les récentes projections d’Europe Elects pour Euractiv. Au contraire, Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni pourrait passer de six élus en 2019 à 27 en 2024.
En France, le Rassemblement national de Marine Le Pen est en progression et en tête des intentions de vote. Il devrait dès lors pouvoir prétendre au leadership du groupe ID. Cependant, il pourrait perdre quelques points au profit de la deuxième liste d’extrême droite lancée en France, celle du parti Reconquête! d’Éric Zemmour.
Cette liste, menée par Marion Maréchal, nièce de Marine Le Pen, est aujourd’hui créditée de 6 % à 7 % d’intentions de vote et espère pouvoir intégrer, avec 5 ou 6 eurodéputés, le groupe des Conservateurs et réformistes européens (CRE), chapeauté par Mme Meloni.